L'ouvrage du philosophe Pierre Lévy intitulé "Qu'est-ce que le virtuel" est sorti déjà depuis quelques temps. Sa lecture n'est pas facile comme en témoigne cette phrase prise au hasard alors que l'auteur parle de la virtualisation :
...la virtualisation fluidifie les distinctions institués, augmente les degrés de liberté, creuse un vide moteur. Si la virtualisation n'était que le passage d'une réalité à un ensemble de possibles, elle serait déréalisante. Mais elle implique autant d'irréversibilité dans ses effets, d'indétermination dans son processus et d'invention dans son effort que l'actualisation. La virtualisation est un des principaux vecteurs de la création de la réalité (p. 16)
Ce n'est donc pas un livre facile à lire, on ne l'emporte pas à la plage et on en digère quelques paragraphes par ci par là.
Il faut dire, pour la défense de l'auteur, qu'au-delà de la sophistication du langage - qui crée une barrière parfois infranchissable entre le lecteur moyen et l'auteur - ses idées sur le virtuel, sur le cyberespace comme créateur d'une nouvelle communauté, en fait d'une nouvelle société, sont fascinantes. C'est un ouvrage qui ouvre des horizons fascinants pour qui prend la peine et le temps de le lire vraiment.
Le but de l'auteur est d'aider ses concitoyens à naviguer dans ce nouveau monde "déterritorialisé" où les points de référence ont changé. Il veut sécuriser et montrer comment le cyberespace est à créer un nouveau monde, un nouveau modèle de société véritablement participative.
Il prend le biais de l'étude de l'impact des technosciences sur notre société (automobile ou informatique par exemple) pour présenter les changements qui seront suscités par la virtualisation de la société. Il analyse la virtualisation du corps humain, du texte et de l'économie en présentant comment le cyberespace modifie nos perceptions et nos comportements.
Son chapitre sur l'évolution du travail est particulièrement intéressant alors qu'il voit apparaître des fournisseurs d'espaces, des architectes de communautés virtuelles, des vendeurs d'instruments de transaction et de navigation (p. 62).
Il aborde le rôle de l'information, du savoir, de la culture (le cyberespace ou comment faire croître en culture l'humanité (p. 129), de la connaissance dans ce nouveau monde où chacun de nous devient un diffuseur de savoir.
Pierre Lévy est optimiste : le cyberespace est en train de créer une nouvelle intelligence collective à laquelle chacun de nous sera appelé à participer.Afin de compléter cette vision, nous vous suggérons une autre réflexion, celle de James Burke, journaliste, professeur, essayiste, animateur de télévision sur la chaîne Discovery.
James Burke analyse l'effet de changements technologiques comme l'informatique ou la science nucléaire sur la société. Le cyberespace est, selon lui, une source majeure de changement, en fait la création d'un nouveau type de société comme il l'expliquait d'ailleurs dans une entrevue publiée dans Internet World en décembre 1996.
Il conçoit le cyberespace comme la source future de la connaissance, du savoir : I'd like to believe the web is the way we'll get our basic education in the next century. Plus encore, le cyberespace sera à l'origine du premier individu totalement informé ou ayant accès à un maximum d'information: There has never been a fully informed, fully empowered, fully accessed individual ever before. We don't know what such an entity might be.
James Burke plaide pour une participation active de chacun de nous au développement d'un cyberespace qui fera certes place au commerce et aux affaires mais qui ne sera pas que cela : We should try to grow the Web to the point where commercialism is only a small part of it compared with the kind of activities that will not need commercial backing.
Au moment où le Web vit de profonds changements alors que tendent à disparaître des sites non-commerciaux, incapables de soutenir la cadence du développement imposé par les nouveaux marchands, les réflexions de Pierre Lévy et James Burke sonnent juste.
Monique Dumont
Août 1997
![]() ![]() |
![]() ![]() |
![]() ![]() |