Les ordinateurs


Les ordinateurs font jaser. Nous les rendons responsables du chômage qui frappe nos sociétés. Comme ils travaillent en temps supplémentaire sans rechigner, ils sont plus efficaces et moins coûteux que nous les humains. Nuit et jour, ils traitent une multitude de transactions, mettent à jour les dossiers, trient l'information qui nous concerne. Ils sont avec leurs collègues satellites le fer de lance de la mondialisation et de la conquête spatiale.

À cause de leur fantastique mémoire bientôt auto-renouvelable et de leur vitesse, les ordinateurs servent plusieurs maîtres indistinctement : technocrates désireux de ficher l'humanité; financiers pour qui la planète est un immense marché; scientifiques à l'affût de percée révolutionnaire; utopistes rêvant d'un monde meilleur. Ils ont leurs criminels : les hackers. Big Brother n'est pas très loin dans notre esprit.

L'opération S.O.S. 2000, dans laquelle seront investis des milliards de dollars pour les empêcher de mettre le chaos dans nos sociétés, illustre combien humains et ordinateurs vivent désormais en symbiose qu'on parle des grands secteurs industriels, des services publics (eau, électricité), institutions financière , transports sans oublier les militaires. Cette opération se déroule d'ailleurs dans un climat de quasi-panique. Le 5 mai dernier, lors d'une entrevue accordée à l'agence Reuters, la tête dirigeante de la CIA s'inquiétait de ce que plusieurs pays ne soient pas prêts à affronter le 1er janvier 2000.

Et puis, l'économiste en chef de la firme d'investissements Deutsche Morgan Grenfell, Edward Yardeni, avertissait récemment les pays du G8 du danger de récession mondiale qui guette le monde, une récession comparable selon lui au premier choc pétrolier du fait des problèmes que vont connaître les systèmes de technologie de l'information. Voici ce qu'il disait lors de ce colloque de l'Institut de stratégie économique :

La récession pourrait être aussi sévère que celle de 1973-1974 causée par la crise du pétrole. L'information est aussi vitale que le pétrole pour faire tourner nos économies d'aujourd'hui. Si l'information devient difficile à obtenir, les transactions financières et commerciales, i.e. la substance même du produit intérieur brut, vont se réduire nécessairement.

Alors que pointent à l'horizons de multiples applications qui nous rapprochent de plus en plus de formes élaborées d'intelligence cybernétique, nous vous proposons cette citation tirée de l'ouvrage de Arthur C. Clarke : 2010 : odyssée deux l'échange est entre l'astronaute Braïlovski et le Dr Chandra, le "père" de Hal, alors que l'équipage du Alexeï Leonov ébauche des façons de s'assurer que Hal obéira bien - cette fois-ci - aux ordres qui lui seront donnés. On songe notamment à le déconnecter à la moindre manifestation de résistance :

"Bon Dieu, Chandra. Ce n'est qu'une machine" dit Braïlovski.

"Comme nous tous, M. Braïlovski. Ce n'est qu'une question de degré. Que notre métabolisme soit basé sur le carbone ou la silice ne fait pas de différence fondamentale, les uns et les autres méritent d'être traités avec respect" répond le Dr Chandra.


Mai 1998



retour