L'Institut de Médecine de la Reproduction de Montréal

Signe des temps, génétique et procréation se conjuguent ensemble.

Des couples, à cause d'antécédents familiaux ou afin d'évaluer les risques d'anormalité, ont de plus en plus recours à des services diagnostiques et de conseil génétique dans le but de réduire un tel risque.

Offrant déjà à des couples infertiles des services dans le domaine de la procréation médicalement assistée, l'Institut de Médecine de la Reproduction de Montréal a créé récemment Biogénétique inc., la première entreprise privée de services cliniques, diagnostiques et de recherche en génétique humaine au Canada.

Sa mission: mettre à la disposition des couples une gamme appropriée de services diagnostiques et de conseils génétiques visant à contourner, à défaut de réduire, leur risque de transmettre un handicap génétique significatif à leurs enfants.

MetaFuturs s'est entretenu avec le Dr Pierre Miron, spécialiste de l'obstétrique, de la gynécologie et de l'endocrinologie de la reproduction et de l'infertilité afin d'en savoir davantage sur l'Institut, fondée en 1990. Cet entretien a eu lieu le 26 avril 1996.

Naissance de l'Institut

MetaFuturs = Comment cette idée de fonder un Institut spécialisé dans les techniques de reproduction est-elle née ?

Dr Miron = Après cinq années de démarches infructueuses auprès du centre hospitalier Maisonneuve-Rosemont et du gouvernement du Québec ! Spécialistes attachés au Département d'obstétrique-gynécologie de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, nous constations qu'il y avait alors une demande pour un service de fécondation in vitro (FIV).

Les conditions de pratique laissaient beaucoup à désirer : alors qu'un accouchement avait lieu dans une pièce, à proximité, nous recevions des couples qui vivaient une situation difficile d'infertilité et nous pratiquions des inséminations ! Grâce à l'inititative de Madame Nicole Lafleur, infirmière-chef à la salle d'accouchement, on a alors pu disposer d'un espace approprié, environ 10 pieds carrés. Mais ce n'était pas suffisant.

Nous avons donc entrepris des démarches auprès de la direction du centre hospitalier et du gouvernement. Invoquant des raisons budgétaires, notre demande a été refusée. Nous avions alors deux solutions. Tout laisser tomber et être tenté de nous expatrier. J'avais alors reçu des offres de Boston. Ou alors créer quelque chose d'innovateur.

Le financement

MetaFuturs = On vous refusait alors tout financement. Comment avez-vous trouvé l'argent nécessaire à la création de l'Institut ?

Dr Miron = Les médecins ne sont pas généralement des gens d'affaires. Nous seuls ne pouvions financer l'opération (infrastructure, équipement, etc.). Nous avons pensé à une entreprise à but non lucratif, à une société en commandite, bref, à différents types de montage financier. Je n'étais pas à l'aise avec ça parce qu'il y avait des objectifs de rendement à court terme qui ne correspondaient pas avec l'idée de base de l'Institut.

Il fallait trouver des investisseurs avec qui nous partagions les mêmes objectifs, des investisseurs qui avaient une visée sociale.

MetaFuturs = Qui furent-ils ?

Dr Miron = Il n'y a pas encore au Québec beaucoup de gens d'affaires qui souhaitent s'impliquer dans une telle aventure. C'est aussi probablement relié au niveau de richesse de notre société. Certains, par contre, sont à cette étape de leur vie où ils peuvent aider des projets comme le nôtre.

En ce qui nous concerne, Jean Coutu [Groupe Jean Coutu], la famille Péladeau [Pierre Péladeau et ses fils, Eric et Karl], Edouard Wynant , la famille Desrosiers nous ont fourni le financement nécessaire et nous avons décidé de faire de l'Institut une entreprise privée. Comme me disait Jean Coutu: "Tu n'as maintenant aucune raison d'être déficitaire, puisque tout est financé, sans emprunt, ni rien". Nous pouvions maintenant créer le centre d'excellence que nous avions en tête.

Les objectifs

MetaFuturs = Quels sont vos objectifs ?

Dr Miron = Au départ, nous voulions offrir aux couples infertiles des tests et des techniques qui n'étaient pas disponibles en centre hospitalier. Nous étions aussi préoccupés par les délais d'attente des résultats.

Les couples infertiles vivent une situation difficile qu'on a peine à imaginer. Il est dramatique, le vécu de l'infertilité. Les couples vivent cela très privément, sans en parler autour d'eux. Les femmes plus âgées qui désirent un enfant sont anxieuses. Les couples ont besoin de support et doivent bénéficier des meilleures techniques disponibles. La fécondation in vitro est un des meilleurs outils dont nous disposons à l'heure actuelle. Elle est aussi beaucoup moins coûteuse que des chirurgies telle la chirurgie des trompes.

Aujourd'hui, nous nous tournons de plus en plus vers la recherche. Nous voulons faire de l'Institut un centre d'excellence. Il y a ici 40 emplois très spécialisés. Ca permet à la collectivité de garder ici des spécialistes qui autrement seraient tentés de s'expatrier, faute d'opportunités.

La recherche

MetaFuturs = Quels sont vos objectifs en matière de recherche ?

Dr Miron = En recherche, nous voulons réduire les risques de naissances multiples, augmenter le taux de succès - actuellement, il est de 25-30% par essai - , réduire les complications. Nous voulons aussi améliorer les techniques comme la maturation des ovules.

En décembre 1994, Innovatech du Grand Montréal, le Mouvement Desjardins et la Caisse de dépôt et placement du Québec ont investi ici 4,5 millions $. Nous sommes en communication étroite avec, par exemple, la Faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe car certaines techniques pratiquées sur les animaux pourraient être transposées chez les humains. Nous sommes aussi à développer des tests comme en matière d'endométriose.

Les dérapages

MetaFuturs = Il y a des inquiétudes face aux nouvelles techniques de reproduction. Quelles sont vos réflexions sur le sujet ?

Dr Miron = Les risques de dérapage existent, c'est vrai. Mais rien n'est tout noir ni tout blanc. Et quand ça dérape, ça nuit à toute la profession. Un encadrement est nécessaire sans qu'il soit un carcan. Il faut, ensemble, trouver des solutions innovatrices, d'autres façons de faire.

Le Collège des médecins peut exercer son contrôle et possède tous les moyens nécessaires pour le faire. Nous avons, à l'Institut, un comité d'éthique qui se réunit régulièrement et discute de cas difficile. Et nous travaillons à mettre en place, avec d'autres intervenants, une chaire de bioéthique.

En matière de nouvelles techniques de reproduction, je crois qu'il faut éviter une pensée rigide. Être conscient des risques et des dangers de dérapage, mais y faire face avec une réflexion neuve. Ne sommes-nous pas tous, n'est-ce pas, à la recherche de la vérité ?

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    Date : 28 avril 1996