ILLUSIONS 2000

    Au passage à l'an 2000, la planète toute entière semblait participer à un feu d'artifice de joie, de sérénité heureuse, de paix. L'ère du Verseau était enfin arrivée. On s'embrassait et on se serrait. Le côté sombre de l'humain était oublié.

    Les illusions n'auront duré que quelques heures. Le passage d'une date - quelque soit les réflexions personnelles qui l'ont entouré - n'était pas suffisant pour apporter une profonde mutation de l'espèce humaine.

    Voici que l'actualité nous ramène brutalement les deux pieds sur terre. Comment illustrer la perte de ces illusions que quelques-uns d'entre nous aurions pu avoir, irrémédiables optimistes que nous sommes ?

    Planète malmenée et citoyens otages

    Nous pourrions parler de ces deux récentes catastrophes écologiques.

    D'abord, le déversement de cyanure qui a contaminé les eaux du Danube. La responsable : une mine d'or située en Roumanie et appartenant à des intérêts australiens. Plus de cent tonnes de poissons morts. Il faudra cinq ans - estime le ministre yougoslave de l'Environnement - avant que la vie ne renaisse dans le Danube, deuxième fleuve d'Europe.

    Et puis, la découverte (?) à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest (Canada), d'une véritable bombe à retardement écologique. Des centaines de barils d'arsenic pur sont entreposés sur la propriété d'une mine d'or ayant appartenu à Royal Oak, une compagnie américaine qui a fait faillite. Achetée par la compagnie canadienne Miramar pour 10 dollars canadiens, ce sont les contribuables canadiens qui paieront pour sa décontamination, cadeau du gouvernement canadien qui a décidé de ne pas obliger les  nouveaux propriétaires à entreprendre cette opération. Coût de l'opération : un milliard de dollars sur cinquante (50) ans !!!!

    Détails de ces deux catastrophes sur le site des nouvelles de Radio-Canada.

    Guerre russo-tchétchène
 
    Nous pourrions parler de la guerre russo-tchétchène. Aurions-nous pu vraiment croire qu'après la fin de l'histoire clamée par des auteurs dits sérieux nous assisterions à la fin des guerres ? Sierra Leone et Tchétchénie résonnent pourtant à nos oreilles.

    Elena Bonner, femme du dissident soviétique Andrei Sakharov aujourd'hui décédé et qui dirige la Fondation à son nom, dénonçait récemment - en compagnie d'une autre résistante Larissa Bogoraz - le génocide qui est vécu dans cette lointaine contrée, territoire d'influence de la Russie. Et l'on apprenait en février l'horreur des camps - viols, brutalités de toutes sortes, extorsions.

    Le site de Physicians for Global Survival, Canada rappelle qu'il y a eu aussi une guerre russo-tchétchène entre 1994 et 1996 et que celle-ci n'en est que la conclusion. Indifférence certaine des puissances européennes et américaines à l'ordre du jour. Cette guerre est quasiment traitée comme une affaire interne russe, n'est-ce pas ? D'autant plus qu'elle semble aussi s'inscrire dans la saga des règlements de comptes entre mafias des pays de l'ex-empire soviétique.

    Histoires de marchés

    Nous avons choisi plutôt de mettre en exergue trois événements qui, par leur caractère inusité, représentent pour nous les signes d'une certaine décadence. À notre époque où l'économie domine nos vies, ce sont toutes des histoires d'offre et de demande, de marchés, de marchandises.

    D'abord, dans le monde des médias, voici que le réseau américain Fox bat des records de cotes d'écoute en mettant en ondes l'émission "Who Wants to Marry a Multi-millionnaire?". L'idée est simple : trouver un multi-millionnaire célibataire qui souhaite trouver l'âme soeur puis lancer un concours qui permettra de dénicher celle-ci. Cinquante (50) femmes que l'on jugera à leur beauté - le dernier sprint du choix de la mariée se fera en bikini - seront candidates à ce marché. L'heureuse élue est Darva Conger. On peut imaginer toutes le variantes de ce jeu instructif quant à nos valeurs morales.

    Puis, voici l'histoire d'un autre marché. Ici, la marchandise vaut 10 mille dollars américains soit environ 15 mille dollars canadiens. Elle s'appelle Noemy Gonzalez Torrez et elle a deux ans. Sa mère, Guadalupe, a décidé de la vendre à un couple qui souhaiterait l'adopter. Vous me direz : il y a la prostitution enfantine, il y a le travail des enfants, il y a l'exploitation et la brutalité envers les enfants. Pourquoi s'attarder sur ce cas précis ?

    Parce qu'il est présenté proprement. La petite fille est toute mignonne dans sa robe de thule. La mère est une femme d'affaires : on transige au téléphone cellulaire pour l'entrevue, les photos. Des intermédiaires se prêtent aux tractations. L'affaire doit être conclue rapidement, dit la mère. Netteté, propreté, une affaire quoi. Business as usual.

    On peut lire l'histoire dans le journal National Post du 17 février 2000.

    Enfin, allons faire un petit tour en Chine. Pays d'extrêmes et de contrastes où la vie humaine se compte par milliard. Alors que dire de la vie animale. Voilà que les Chinois cultive le goût pour un nouveau sport, pourrait-on dire. Ils achètent une vache, un cochon, des poulets - vivants bien sûr - puis les amènent au zoo le plus proche. Et là, le spectacle commence : la vache est placée dans l'enclos des lions et des tigres et dévorée vivante...

    Charmant.. on appelle cela en anglais "live feeding". Les zoos y trouvent leur compte puisque les Chinois les paient pour ce spectacle. Nouveau mode de financement donc. Des vidéos tournés à ces occasions - qui réjouissent les familles qui assistent à l'hallali - montrent que les animaux ont une fin douloureuse et qui peut s'éterniser. Ce n'est pas l'abattoir - aussi cruel soit-il où l'animal est électrocuté et souffre relativement peu. Ce que l'on aime ici c'est la victime impuissante, l'agonie, la douleur. Allégorie peut-être d'une société chinoise qui se cherche ??? À quand un humain quant à y être - le spectacle ne serait-il pas plus mordant et plus efficace ????

    L'International Fund for Animal Welfare dit avoir convaincu le gouvernement chinois d'encadrer et d'interdire ce genre de pratique.

    Bienvenue en l'an 2000 !!!!
 

La rédaction
Février 2000
 
 
 


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