2000 - Les enjeux
Le cap de l'an 2000 est franchi.
La rédaction de MétaFuturs ayant décidé
de prendre un peu de recul, nous revoici en pleine forme. Ce retrait a
certainement permis à nos lecteurs d'éviter les lieux communs
que nous aurions pu dupliquer à l'infini à la veille de ce
passage très médiatisé. Sans compter les bourdes de
toute nature et les erreurs de prévisions.
Pour ce que nous en sachions, le cap de l'an 2000
s'est relativement bien passé sur la planète. Et les prophètes
de malheur ont dû se retrancher dans leurs forteresses mentales paranoïaques.
Jean Larose écrit dans Le Devoir sous
le titre On ne part pas : "Le désastre fait plaisir parce
qu'il satisfait l'obscure aspiration d'en finir avec la mauvaise histoire,
de répudier une fois pour toutes l'héritage impossible de
l'humanité et de tout recommencer (...) sans avoirà hériter
des problèmes d'avant." Mais c'est un rêve, une impossibilité
comme il le dit très justement d'ailleurs : "one ne recommence jamais,
la table rase n'est pas une possibilité humaine, ce n'est peut-être
même pas une possibilité de la vie."
Ce passage à l'an 2000 aura été
aussi la victoire de la vision populaire versus l'opinion exprimée
des scientifiques rappelant que le calendrier dont nous avons hérité
ne contenant pas d'année zéro, ce passage à un nouveau
siècle et à un nouveau millénaire ne se fera que l'an
prochain comme l'explique avec brio l'écrivain scientifique Stephen
Jay Gould dans Questioning the Millennium : a Rationalist's Guide to
the Meanings of Time and it's Passage.
En l'an 2000, le monde demeure incertain. La
mondialisation de l'économie se poursuit. La science continue d'avancer
à pas de géant, dans le secret des laboratoires. La faim,
la pauvreté, l'exclusion n'ont pas été éliminés.
MétaFuturs a identifié des enjeux majeurs
sur lesquels nous reviendrons au cours des prochains mois :
-
l'information : si nous parlions de complexe militaro-industriel, il nous
faudra maintenant parler de complexe médiatique dont le plus récent
exemple est la fusion de America Online et de Time Warner,
un méga-complexe alliant médias (notamment CNN), Internet
et divertissement de tous genres. Il fallait voir le traitement accordé
toute la journée de l'annonce de cette fusion pour mesurer combien
l'information - ou la désinformation - deviendra un enjeu. L'Internet
continuera d'ailleurs de s'imposer comme un canal de distribution majeur
sur lequel tout est possible comme la vente d'ovules et de sperme.
-
la transparence des grands groupes industriels : autre enjeu connexe à
celui de l'information. Lorsque des empires industriels dépassent
en importance le PIB (Produit Intérieur Brut) de nombreux pays,
comment peut-on être adéquatement informé comme citoyen
? Les actionnaires auront un rôle crucial à jouer, notamment
les actionnaires institutionnels, ces énormes fonds de pension qui
gèrent des milliards de dollars. Nous y reviendrons.
-
la responsabilité scientifique : n'avez-vous pas été
étonnés de voir la vitesse avec laquelle le génome
humain est décrypté et les expériences de clonage
réussies. Cela fait la une des journaux. Ainsi, en décembre
dernier, nous apprenions que pour la première fois, une équipe
de scientifiques a réussi à établir la carte d'un
chromosome humain, le chromosome 22. Le scientifique Ian Dunham
se félicite : "Au tour des autres chromosomes, maintenant". Les
scientifiques sont le moteur de la société dans laquelle
nous vivons et nous devons être conscients qu'ils ne contrôlent
pas les applications de leur découverte.
-
la génétique : cette science demeure au coeur des préoccupations
de nos sociétés. Dolly, Tetra : ils seront beaucoup d'autres
dans le futur à alimenter les discussions. Entre ceux qui en voient
les bienfaits (nouveaux remèdes, allongement de la vie) et ceux
qui en craignent les dérapages, le citoyen doit se manifester et
ne pas laisser le débat aux seuls experts. Les enjeux économiques
sont énormes. À titre d'exemple, nous citerons la compagnie
américaine Celera Genomics Group qui a déjà
cartographié 90% du génome humain. Pourra-t-on breveter bientôt
le corps humain ? La bataille technico-commerciale est bien engagée
dans le domaine du clonage à usage thérapeutique.
-
la santé : nous vivons dans une ère de changements démographiques
majeurs en Occident à cause du vieillissement de la population.
Allongement de la vie et l'amélioration de sa qualité seront
des préoccupations majeures. Le Prozac commercialisé par
la compagnie Pfizer a ouvert la voie aux pilules de bonheur. Mais
il n'y a pas de drogue miracle : le mythe du psychotrope inoffensif a pourtant
la vie dure comme l'écrivait au printemps 1999 David Cohen, professeur
à l'école de service social de l'Université de Montréal.
Que nous réserve la science dans le futur ?
-
l'environnement demeure menacé par le développement tous
azimuths, corollaire de la mondialisation et de la société
de consommation. L'eau, la forêt, la protection des espèces
menacées alimenteront nos pages en l'an 2000.
-
les sectes : la quête d'absolu est une préoccupation de l'homme.
La quête spirituelle dans un monde matérialiste comme le nôtre
n'a pas de fin. Les sectes - eschatologiques ou non - seront des acteurs
sociaux, politiques et économiques majeurs dans les années
à venir. Dans ses récentes Perspectives, le Service canadien
du renseignement de sécurité y consacre un chapitre intiulé
"Les mouvements religieux eschatologiques". Entreprise commerciale ou religion
bénéficiant de la protection des Chartes des droits, les
sectes continueront d'alimenter nos réflexions. À lire d'ailleurs
cet ouvrage sur lequel nous reviendrons : Jean-Yves Roy, Le syndrome
du berger : essai sur le dogmatisme contemporain chez Boréal
(1999)
Optimisme ou pessimisme ? Dans son ouvrage magistral
sur les mouvements et leur genèse - Genesis (Éd. Ramsay,
1989) - Francesco Alberoni dresse les deux scénarios. Pour que le
scénario optimiste se réalise, il mise sur l'accroissement
de notre intelligence collective "par le biais de la valorisation des individus
et de la responsabilité individuelle". L'allongement de la vie nous
permet d'augmenter nos capacités d'apprentissage comme jamais cela
fût possible auparavant. L'informatique nous permet aussi d'accroître
nos capacités intellectuelles. L'avenir demeure certes incertain
mais nous disposons davantage de moyens - malgré les menaces - pour
choisir des voies de renaissance qui permettra à l'humanité
de survir.
La rédaction
Janvier 2000