Mes dernières observations


Lundi 14 avril 1997.

Ouf ! 19h30. Enfin on relaxe un peu.
J'ai fini de souper et la vaisselle est rangée. Je me suis installé devant l'ordinateur, tout près de la fenêtre, et une douce musique commence à me fair rêver tandis que mes doigts pianotent sur le clavier.

Je sursaute soudainement en apercevant la couleur du coucher de Soleil qui est d'un orange foncé si intense,
et qui se marie tellement bien avec cette symphonie de Brahms, que je m'arrête net.

Bon dieu... Une délicieuse minute passe ainsi sans que rien ne bouge.
Je me sens suspendu dans le ciel, retenant mon souffle, tendant l'oreille à l'inaudible. Que c'est beau...

Puis, revenant sur Terre, je réalise autre chose.
Le ciel est clair et dégagé. Et c'est le premier quartier.

Dans la pièce à côté, je sens que mon télescope qui est rangé depuis novembre dernier,
a lui aussi ressenti l'appel. D'ici, je l'entends frétiller. Et même Brahms semble vouloir nous accompagner.

Et puis ça y est. Pour la première fois de la saison nous sommes à nouveau réunis.
Une délicieuse paix vient s'ajouter à la joie des retrouvailles. Sa vielle surface est toujours aussi ridée et toujours aussi belle.
Je souris silencieusement. Je les retrouve tous. Tous mes vieux amis sont là. Je prends le temps de bien les regarder pour m'imprégner de leur image.

Tiens ! Cassini me fait un clin d'oeil. Je ne l'avais encore jamais vu comme ça.
Le terminateur passe juste a coté et étire une longue ombre qui révèle la présence de deux pics dans la crête du cratère.
L'ombre ressemble au dessus de la tête d'un chat, avec deux grandes oreilles très longues et pointues. C'est amusant.

Puis, je vois le jour se lever sur la vallée ou se trouve Rimae Fresnel, au pied du Mons Hadley.

Triesnecker me montre ses failles entre deux remous de l'atmosphère.

Albategnius. Le fond de son arène a une couleur grise plus foncée qu'ailleurs et sa surface semble aussi lisse qu'un miroir.

Tiens ! Déjà l'heure d'aller me coucher. Tant pis.
Cette nuit, durant mon sommeil, j'y retournerai.


Samedi soir 16 novembre.
Le terminateur etait à 14.2 Est, soit une journée avant le premier quartier. Comme instrument j'avais le Scmidt-Cassgrain LX-200 12" de l'observatoire astronomique de Laval. Il fesait froid ( - 5 ou - 10 C ), mais le "seeing" etait bon.

Ce dessin de la région de Arago à été réalisé par un des plus grand dessinateur de formation lunaire de tout les temps, J. N. Krieger ( 1865 - 1902 ), en 1898. Krieger a utilisé un réfracteur de 25 cm. ( 10 pouces ) de diamètre, et s'est servi d'une photographie à faible contraste comme base pour créer les teintes de gris et pour délimiter le contour des diverses formations.
Aucune photographie ne peut réussir à aller chercher autant de détails, et Krieger a vite compris que les meilleurs résultats ne pouvaient etres obtenus que par l'observation, le dessin et une bonne technique de travail.
Il a été le premier à utiliser des photographies comme fond, comme point de départ aux magnifiques dessins qu'il a réalisés.