Marie-Victorin. Ont fait ce film Clément Perron : scénario, réalisation, montage; Bernard Gosselin : images; Maurice Blackburn : musique; Ron Alexander, Roger Lamoureux : mixage; Fernand Dansereau, Victor Jobin : production. Nous remercions MM. les Professeurs Jules Brunel et Jacques Rousseau de leur précieuse collaboration. Office national du film. Canada. © MCMLXIII.
Tournage : Du 6 au 25 septembre, à Montréal et en Gaspésie (Percé, mont Albert)
Coût : 25 432 $
Titre de travail : Marie-Victorin
Copie : ONF archives, Cinémathèque municipale de Montréal
Ce qu'on en a dit :
Jean Pierre Lefebvre : ... film qui ressemble trop à certains récits pâlots de notre grand homme et qui s'embourbe dans une poésie pleine d'enfantillages au lieu d'être une poésie enfantine. (3, p. 14)
Michel Houle et Alain Julien : Georges-P. Vanier et Marie-Victorin sont des illustrations honnêtes de la vie de ces deux Canadiens français à travers de vieilles photos, des extraits de films et des visites des lieux où ils ont pu vivre à un moment ou l'autre de leur carrière. Un commentaire étudié veille, dans chaque cas, à marier un frisson de nostalgie avec un zeste d'orgueil national. (2, p. 240)
Analyse
Résumé : La vie du frère Marie-Victorin (Conrad Kirouac, 1885-1944) nous est racontée avec des photos, des extraits de ses écrits et des images filmiques de plantes et de lieux où s'est exercée son activité de religieux et de chercheur botaniste.
Sujets et thèmes : Vie religieuse, religion, histoire, science, nationalisme, patriotisme, frères des Ecoles chrétiennes, éducation, Jardin botanique de Montréal, flore, Laurentie, recherche, Université de Montréal, Cuba, Percé, mont Albert, Gaspésie, fleurs.
Traitement : Marie-Victorin étant mort depuis 19 ans, c'est avec des photos et avec ses écrits, lus par un narrateur, que le film évoque sa mémoire. La caméra se déplace en plus pour amener le spectateurs dans des lieux qui ont marqué la vie du grand homme : la maison religieuse du Mont-de-La-Salle où il a été formé, divers endroits en Gaspésie où il a poursuivi des recherches, le Jardin botanique de Montréal qu'il a fondé. Le réalisateur, ou le cameraman, a particulièrement aimé un long corridor du Mont-de-La-Salle qu'il a lentement parcouru en un long travelling à deux reprises. Un long pont couvert donne à un autre moment la même impression de tunnel qu'il faut traverser pour parvenir à la lumière...
Contenu : Auteur de nombreuses études scientifiques qui lui ont valu le Prix David, Marie-Victorin est surtout connu pour sa Flore laurentienne, le plus célèbre ouvrage de botanique, continuellement réédité. Il a aussi fait des travaux similaires à Cuba. Le chercheur Jacques Rousseau le qualifie de ´père du mouvement scientifique canadien-françaisª. A côté des Cyrias Ouellet ou des chercheurs du Prix de la science, dont Pierre Dansereau, ce portrait est tout à fait justifié.
Perron le dessine selon les formes traditionnelles : un narrateur pour rappeler les évènements-clés et pour lire des extraits des écrits, des images des lieux fréquentés. Mais comme ces lieux n'ont encore à peu près pas évolué depuis l'époque de Marie-Victorin, leur filmage devient un documentaire exceptionnel sur les signes extérieurs de ce qui est vécu dans une maison de formation religieuse pour frères enseignants comme le Mont-de-La-Salle, expérience que le film interprète comme un long tunnel à traverser... Les images du jardin botanique de Montréal, de Percé et du mont Albert en Gaspésie ont aussi une valeur documentaire évidente.
Les moments importants de la vie du botaniste sont évoqués, ainsi que les principaux problèmes qu'il doit affronter pour la reconnaissance de ses travaux. Sa vision de la culture scientifique comme ´facteur essentiel de survivanceª pour les Canadiens français n'est pas cachée. On cite même cette phrase tout à fait patriotique : ´Nous ne serons une véritable nation que lorsque nous cesserons d'être à la merci des capitaux étrangers, des experts étrangers, des intellectuels étrangers; qu'à l'heure où nous serons maîtres par la connaissance d'abord, par la possession physique des ressources de notre sol, de sa faune et de sa floreª. Dans le contexte de la Révolution tranquille, cette phrase prend beaucoup de poids pour bien des personnes.
Comme dans les biographies filmiques de l'époque, le film s'en tient surtout à ces aspects scientifique et nationaliste, sans creuser ce qui relevait chez lui de l'engagement religieux et encore moins de la vie personnelle (le chanoine Lionel Groulx, historien de Pierre Patry garde le même genre de silence). Le commentaire ne fait qu'évoquer en une sibylline phrase une ´correspondance sentimentaleª avec une amie. On sait aujourd'hui (voir Actualité, 1er mars 1990) que ces lettres (non encore publiées, mais bien connues de quelques spécialistes) ne contenaient pas que de vagues propos sur la flore. Il semble que cette correspondance contribuerait à une connaissance meilleure de ce qu'a représenté la vie religieuse pour des chercheurs québécois comme lui. La biographie définitive de Marie-Victorin reste à faire. Mais dans les années 60, celle de Perron l'a bien fait entrer dans l'´albumª des Québécois, au milieu de ces personnes dont l'exemple pouvait servir de stimulant, au moins dans ses aspects essentiels, pour la génération montante.
Bibliographie
1. DAUDELIN, Robert, Vingt ans de cinéma au Canada français, 1967, p. 50.
2. HOULE, Michel et Alain JULIEN, Dictionnaire du cinéma québécois, 1978, p. 240.
3. LEFEBVRE, Jean Pierre, ´Petit éloge des grandeurs et des misères de la colonie française de l'Office national du filmª, Objectif, 28, août-septembre 1964, p. 14.