Canada. L'Office national du film présente Manger. [Générique de fin] Manger. Reportage de Louis Portugais et Gilles Carle. Images : Guy Borremans, Gilles Gascon. Recherches : Arthur Lamothe. Son : Werner Nold, Claude Pelletier. Musique : Eldon Rathburn. Montage sonore : Bernard Bordeleau. Mixage : Ron Alexander, Roger Lamoureux. Régie : Léo Ewaschuk. Production : Fernand Dansereau, Victor Jobin. Office national du film. Canada. © MCMLXI.
Tournage : Du 2 au 28 juillet 1961, à Montréal, Beloeil et Saint-Hyacinthe
Coût : 16 537 $
Titres de travail : La ville se nourrit, Manger
Copie : ONF archives, Cinémathèque municipale de Montréal
Ce qu'on en a dit :
Michel Houle : Manger s'apparente encore aux documentaires traditionnels de l'ONF par la facture, le ton et l'omniprésence du commentaire, au demeurant bavard et littéraire. Par ailleurs, il dénote déjà, ce en quoi il se distingue des premiers, une caractéristique propre aux films postérieurs de Carle : aborder la réalité sous plusieurs angles à la fois. Ici, les dimensions économique, sociologique, religieuse, voire cosmique (le film se termine sur ces mots : ´Manger c'est introduire dans son corps des éléments étrangers, donc communier avec le cosmosª!) se superposent plus qu'elle ne s'organisent. Le film, il est vrai, fut davantage réalisé en succession qu'en collaboration, Louis Portugais tournant une première partie que Carle compléta. De l'ensemble, se dégagent surtout une certaine nostalgie ´du temps où manger était un art de vivreª et un cynisme désabusé (que ne renierait pas Bernadette Brown!) à l'endroit de la mécanisation et de l'automation grandissantes dans l'industrie alimentaire. (2, p. 30)
Analyse
Résumé : Ce ´reportageª amène d'abord visiter les lieux de production et de distribution de l'industrie alimentaire (boulangerie, abattoir, supermarchés, petites épiceries et marchés à l'ancienne). Une seconde partie parle plus directement du geste de manger et en montre des variantes dans des lieux et des contextes différents.
Sujets et thèmes : Manger, consommation, boulangerie, encan d'animaux, abattoir, entrepôt, restaurant, supermarché, distributrices,
Traitement : Le générique indique ´un reportageª de Louis Portugais et Gilles Carle. Ils auraient pu dire ´un documentaireª tout simplement, car s'il utilise la caméra souple à la manière du candid lors d'un encan d'animaux ou pour observer les gens manger (on a parfois l'impression qu'elle est dans les assiettes), il emprunte surtout le traitement du documentaire traditionnel, c'est-à-dire un texte exprimant l'essentiel du message, des images servant surtout à illustrer ou prouver ce qui est contenu dans les mots, des travellings tout classiques pour la visite des entrepôts ou des usines.
Contenu : Ce film représente en quelque sorte un long travelling dans l'univers de l'industrie et de la consommation alimentaire. La visite d'un immense entrepôt et la promenade répétée dans les allées des supermarchés soulignent la surabondance des biens offerts. Le commentaire ne manque pas d'humour en soulignant que notre ´boeuf de l'Ouestª vient de Saint-Amable, mais qu'il est surinspecté pour bien correspondre aux normes gouvernementales d'hygiène qui en aseptisent une bonne partie, ou quand il décrit le cosmopolitisme de la ´course aux caloriesª avec les fumantes pizzas, les fondues suisses, les mets chinois, le smoked meat, les pâtisseries françaises, etc., tout ce que l'on trouve dans les restaurants plus ou moins chics, les soupes populaires, les machines distributrices et même les livraisons à domicile! Quant à l'aspect ´essaiª relatif à ce constat, Michel Houle le résume bien : il est avant tout plaidoyer pour un art de vivre, pour une alimentation, comme dit le commentaire, ´accordée à la grandeur de l'homme, ... pour une meilleure communion avec le cosmosª. Là où on attend le couplet invitant à partager avec les populations démunies du Tiers-monde, on ne reçoit qu'une incitation à élargir la symbolique de notre consommation! Mais cela n'étonne pas trop quand on réalise que ce réflexe de nouveau riche n'est que normal pour qui vient juste d'accéder à une société d'abondance. Malgré tout, Manger fait réfléchir sur les tentations de gaspillage ou de mauvaise utilisation des ressources alimentaires.
Bibliographie
1. DAUDELIN, Robert, Vingt ans de cinéma au Canada français, 1967, p. 51.
2. HOULE, Michel et Carol FAUCHER, Gilles Carle, 1976, Cinéastes du Québec, 2, réédition, p. 15, 21, 23, 30.
3. HOULE, Michel et Alain JULIEN, Dictionnaire du cinéma québécois, 1978, p. 252.