Production : Office national du film. Louis-Hippolyte Lafontaine. Avec : Jean Coutu, Len Birman, Jean Gascon, Eric Donkin, Jacques Auger, Basil Shapiro, Lionel Villeneuve, Paul Alain, Bernie Blumer, René S. Catta, Felix Fitzgerald, Paul Guèvremont, Paul Hébert, René Mathieu, Eric Mathieson. Réalisation et mise en scène : Pierre Patry. Scénario de Lise Lavallée, Pierre Patry. Directeur de production : Bernard Devlin. Assistant réalisateur : Jean Dansereau. Régisseurs : Robert Baylis, Marcel Malacket. Script-girl : Aimée Danis. Images : François Séguillon. Assistant : Gilles Gascon. Effets spéciaux : Wally Gentleman, c.s.c. Son : Joseph Champagne. Décors : Earl Preston. Assistant : Michael Devine. Costumes : Philippa Wingfield. Maquillage : Barry Nye. Montage : Pierre Patry, Victor Jobin. Montage du son : Marguerite Payette. Montage de la musique: Maurice Blackburn. Mixage : Ron Alexander, Roger Lamoureux. Conseillers : Gustave Lanctôt, L.L.M., D. Litt., Q.C., professeur émérite d'histoire, Université d'Ottawa; Maurice Careless, B.A., A.M., Ph.D., directeur du Département d'histoire, Université de Toronto. Direction générale : Guy Glover. Une production de l'Office national du film du Canada. MCMLXII.
Note : N'apparaît pas au générique : Avec : J. Léo Gagnon, Guy L'Ecuyer, Yvon Deschamps (rôles mineurs, mais avec au moins une réplique)
Tournage : Du 5 au 24 septembre 1961
Coût : 98 841 $
Titre de travail : Lafontaine
Copie : ONF archives, Cinémathèque municipale de Montréal
Ce qu'on en a dit :
Pierre Véronneau : Dans les deux cas [Louis-Joseph Papineau et Louis-Hippolyte Lafontaine ], les films illustrent une certaine tendance de voir l'histoire comme le fait de grands hommes qui en illustrent le cours. En en demeurant principalement à ce niveau, ce à quoi personne ne les contraint, cela leur permet de secondariser les dimensions sociales, politiques, économiques et idéologiques des évènements qui en expliqueraient les enjeux et les contradictions. Qui plus est, on double cette personnalisation de l'histoire d'une tendance au portrait psychologique des héros. L'explication des évènements tient presque alors du conflit de personnalité.
Les deux films donnent une vision partielle de l'histoire susceptible d'engendrer de la confusion. On peut y voir le résultat d'un manque de perspective globale dans l'articulation des différents films de la série - ce qui confirme d'après nous le rôle secondaire des historiens-conseils dans la définition de ces objectifs. On peut y voir également le signe d'un refoulement de la problématique et de la lecture nationaliste canadienne-française de l'histoire du Canada; on la maintient au minimum afin d'éviter toute controverse. Les réalisateurs de ces deux films semblent d'ailleurs être plus enthousiasmés par la réalisation d'une fiction historique que par la compréhension de l'histoire par la fiction. (6, p. 103)
Analyse
Résumé : C'est le 24 février 1964. Louis-Hippolyte Lafontaine (1807-1864), arrive à la cour supérieure du Bas-Canada où il siège en tant que juge en chef. Au moment de signer une pièce légale, il a un malaise, est submergé de souvenirs de moments parmi les plus importants de sa carrière : affrontement avec Papineau, élection ratée à Terrebonne, session en tant que député de Toronto, émeute et incendie de sa maison, etc. Le même soir, il meurt chez lui, entouré de sa famille et de vieux copains politiques.
Sujets et thèmes : Politique, histoire, bilinguisme, Robert Baldwin, Louis-Joseph Papineau, cour, Acte d'Union, langue française, gouvernement responsable.
Traitement : Comme pour les autres films de la série, la fiction ne doit présenter le personnage historique qu'à travers un évènement-clé. Pour Lafontaine, les auteurs ont choisi le jour de sa mort, à 57 ans, faisant intervenir des flashbacks de moments importants. Le scénario en présente plusieurs, résumés en de courtes séquences au rythme rapide qui donnent au héros l'occasion d'exprimer ses principales idées politiques. Tout se bouscule tellement que le spectateur non familier avec les détails historiques de l'époque se perd et ne peut voir de quoi il retourne. Le personnage est joué froidement par Jean Coutu, même au moment d'exprimer un peu de sentiment dans la scène de sa mort. Ses paroles correspondent, selon la scénariste (voir 4, p. 13), à des répliques historiques; même des dialogues avec des anglophones ne sont pas traduits par souci de vérité. Présentés sans sous-titres, et donc inaccessibles à la majeure partie des Québécois, ces dialogues créent un certain malaise...
Contenu : C'est dans le but de préparer les célébrations du centenaire de la Confédération que l'ONF met en chantier cette série de portraits de grands hommes politiques ayant jeté d'abord les bases d'un gouvernement responsable et finalement celles de la nouvelle fédération de 1867 .
Dans cette série, Lafontaine s'imposait d'emblée puisqu'il fut, en quelque sorte le premier premier ministre du Canada avec l'accession au gouvernement responsable de l'Union qu'il a dirigé. Le film n'est toutefois pas très clair sur son rôle. En interview à Séquences, le producteur Bernard Devlin affirme : ´il y a généralement deux façons de voir Lafontaine dans l'histoire : l'une, que je qualifierais d'anglo-saxonne, - ce qui ne veut pas dire que tous les anglo-saxons ont cette opinion - voit dans Lafontaine un collaborateur dévoué, très précieux pour Baldwin, un homme qui voulait servir les intérêts du Canada tout entier; l'autre conception, qui prévaut
généralement chez les Canadiens français, voit en Lafontaine celui qui a essayé le plus possible de sauvegarder les intérêts des Canadiens français dans la situation politique de l'époque; c'est cette dernière conception qui a prévaluª (4, p. 15) S'il est juste que Lafontaine se bat pour parler français au parlement - et qu'il amène même le gouverneur général à en faire autant - le film insiste surtout pour célébrer la conquête d'un gouvernement responsable, geste d'indépendance par rapport à l'Angleterre mais de peu d'impact pour la situation politique et sociale du Québec, et il occulte le fait qu'il s'oppose aux idéaux visionnaires de Papineau (voir l'analyse de Louis-Joseph Papineau le demi-dieu ).
Dans le contexte de 1962, au moment où sort Lafontaine, ses opinions n'ont rien pour émouvoir ou stimuler les Canadiens français qui revendiquent déjà des pouvoirs politiques autrement étendus et qui ne peuvent voir dans Lafontaine qu'un honnête homme qui a peut-être, à son époque et quand même avec une certaine facilité, ´accompli de son mieux son devoirª comme il dit avant de mourir, mais qui ne peut nourrir les luttes présentes. C'est du moins ainsi que se présente le film. Fait étonnant, il présente de Papineau une image plutôt négative, inconciliable avec celle que le film de Carrier avait présenté un an auparavant, ce qui indique un manque évident de concertation et de vision historique à l'ONF.
En Révolution tranquille, Louis-Hippolyte Lafontaine apparaît comme un produit anachronique, tant par sa forme très conventionnelle que par sa vision historique passéiste et volontairement décrochée de la période où il est lancé dans le public.
Bibliographie
1. BONNEVILLE, Léo et Henri-Paul Sénécal, Séquences, 33, mai 1963, p. 16-17.
2. LEFEBVRE, Josèphe, entretien, Séquences, 33, mai 1963, p. 12-15.
3. MARSOLAIS, Gilles, Le cinéma canadien, 1968, p. 43.
4. THEBERGE, Pierre, Séquences, 30, octobre 1962, entretien avec Bernard Devlin, p. 13-16; no 31, décembre 1962, entretien avec Lise Lavallée, p. 10-16; no 32, février 1963, entretien avec Pierre Patry, p. 11-14.
5. VERONNEAU, Pierre, La production canadienne-française à l'Office national du film du Canada de 1939 à 1964, thèse de 3e cycle, Université du Québec à Montréal, 1986, p. 413-416.
6. VERONNEAU, Pierre, Résistance et affirmation : la production francophone à l'ONF - 1939-1964, p. 44, 102-103.