L'Office national du film du Canada présente Je. [Générique de fin] Réalisation : Louis Portugais. Expression : Suzanne Rivest. Images : François Séguillon. Structure sonore : Maurice Blackburn. Mixage : Ron Alexander. Directeur de production : Léonard Forest. Directeur adjoint : Victor Jobin. Production : Office national du film. Canada. MCMLX.
Tournage : Du 23 au 28 mai 1960, à Montréal (studio)
Coût : 5 585 $
Titres de travail : Suzanne Rivest
Copie : ONF archives, Cinémathèque municipale de Montréal
Ce qu'on en a dit :
Robert Daudelin : Le propos du film est de tracer une ´petite histoireª du Geste humain, du geste pur, ou purifié. Pour ce faire, point n'est besoin d'écran panoramique, ni de couleur, ni de figurants en nombre : un décor absent, un éclairage fonctionnel et un corps humain. Au niveau des moyens, le film de Portugais est apte à servir son sujet; c'est au stade de l'orchestration de ces moyens que le film pèche.
Le geste humain qu'incarne Suzanne Rivest est un geste décanté, très souvent émouvant, toujours incarné. Point de symbolique dans ce langage qui est clos sur lui-même; le spectateur l'accepte ou le rejette, s'il recherche une clé à cette plastique, il n'est déjà plus sensible à ´sa beautéª.
Cette beauté que le film de Portugais frôle, plus souvent qu'il ne l'atteint, s'échappe pour une raison qui me paraît bien évidente : trop souvent le film ´robotiseª le geste de l'homme. Ce geste obsédant que d'autre part on recherche, n'est jamais geste de joie, ou geste d'amour; le geste humain pourtant n'est pas que tristesse, crainte ou anxiété. Ce geste que Je nous propose, ne serait-il qu'un geste dans la mort, oubliant la vie, donc l'amour? Ce n'est pas une quête effrénée d'érotisme que l'on eut souhaitée, mais une plus chaude pulsation. (1, p. 38)
Analyse
Résumé : Une danseuse effectue une série de gestes pour illustrer les possibilités d'expression du corps humain. A partir de la position foetale, elle mime différents sentiments sur une structure sonore qui reproduit divers bruits.
Sujets et thèmes : Mouvements du corps, danse, lumière, cinéma expérimental.
Traitement : Sur un fond noir de studio, la danseuse mime diverses expressions et sentiments avec son corps. En de longs plans, on la voit tantôt entière, tantôt en divers cadrages jusqu'aux gros plans de détails (visage, main, pieds). Les éclairages plutôt crûs et presque uniformes du début à la fin donnent un ton froid à ce petit film expérimental. L'assemblage des plans n'obéit à aucune autre logique que celle de la juxtaposition des divers sentiments. A la rigueur, on peut y voir, comme dit la fiche publicitaire, ´un éveil à la vieª jusqu'au repli final sur soi de la mort, quand arrive l'éclatement absolu de la lumière qui fait disparaître toutes formes. Une trame sonore reproduisant mécaniquement des bruits de la nature (vent, pluie, oiseaux) ou artificiels (téléphone, mitrailleuses) vient provoquer l'éclosion des diverses expressions.
Contenu : Robert Daudelin affirme qu'il ne faut pas chercher de symbolique dans ce film, seulement se contenter d'admirer la beauté des gestes de Suzanne Rivest. Cette artiste a, à l'époque, un certain succès auprès d'un public spécialisé avec sa forme originale de spectacle. Telle qu'illustrée dans ce film, elle ne donne pas un résultat très convaincant. Peut-être le cinéma la sert-elle mal? Elle représente pourtant la recherche de nouvelles voies pour une danse libérée de l'académisme du ballet classique et de la musique romantique. A sa façon, Je témoigne de la recherche de nouvelles formes d'expressions artistiques éclatant avec la Révolution tranquille. Sur le plan cinématographique, il faut signaler qu'il est un des rares films expérimentaux de l'époque, un rare exemple de film qui trouve sa seule justification en lui-même et non dans le rapport à la réalité quasi imposé par le cinéma direct en pleine expansion.
Bibliographie
1. DAUDELIN, Robert, Objectif, 9-10, octobre 1961, p. 37-38.
2. DAUDELIN, Robert, Vingt ans de cinéma au Canada français, 1967, p. 51.
3. HOULE, Michel et Alain JULIEN, Dictionnaire du cinéma québécois, 1978, p. 252.
4. MARSOLAIS, Gilles, Le cinéma canadien, 1968, p. 44.