Une production de l'Office national du film. La grande aventure industrielle racontée par Edouard Simard. Images : Michel Brault, Georges Dufaux. Son : Claude Pelletier. Montage : Gérard Hamel. Montage sonore: Margot Payette, Pierre Lemelin. Musique : Norman Bigras. Mixage : Ron Alexander. Réalisation : Raymond Garceau. Directeur de production : Léonard Forest. Directeurs adjoints : Jean Roy, Victor Jobin. Une production de l'Office national du film. MCMLX.
Note : N'apparaît pas au générique : Intervieweur : René Lévesque
Tournage : A Sorel en 1959
Coût : 18 720 $
Titre de travail : Edouard Simard
Copie : ONF archives
Analyse
Résumé : René Lévesque interview Edouard Simard dans son bureau de Marine Industries à Sorel et lui fait raconter la création de cette compagnie en 1927, son développement considérable durant la Seconde guerre mondiale et les difficultés qu'elle affronte depuis. Ils discutent enfin des problèmes du développement des entreprises familiales dans le contexte de la grande entreprise nord-américaine.
Sujets et thèmes : Grande industrie, multinationales, construction navale, aciérie, Sorel, entreprise familiale, paternalisme, Marine industries, machinerie lourde, Seconde guerre mondiale, canons, bateaux, fleuve Saint-Laurent, formation technique, main d'oeuvre, syndicalisme, Baie-Saint-Paul, histoire.
Traitement : Comme pour plusieurs ´Profilsª, ce documentaire se charpente dans une interview avec le principal intéressé. René Lévesque rencontre Edouard Simard dans son bureau; la caméra varie un peu ses plans fixes sur l'interviewé et montre parfois son contrechamp. Chacune des étapes du récit de sa vie, de sa naissance jusqu'au moment du tournage, donne lieu à des illustrations multiples, soit en photographies, soit en prises de vues des activités dans ses usines, soit en stockshots de la Seconde guerre où ses canons et ses bateaux contribuent à la victoire, soit en images diverses de Sorel.
Contenu : Né au tournant du siècle, Edouard Simard fonde en 1927, avec son frère Joseph, la Marine Industries, entreprise de dragage pour les ports et la navigation dans le Saint-Laurent, qui se lance bientôt dans la construction navale. Sentant la guerre venir, il s'associe des partenaires français à la fin des années 30 et se prépare à fabriquer de l'armement. Il connaît évidemment une expansion fulgurante avec la guerre, tant dans la construction navale que dans celle des canons et de toutes sortes d'équipements lourds. La canalisation et le creusage de la Voie maritime du Saint-Laurent permettent de maintenir un bon chiffre d'affaires dans les années 50. Mais les grandes aciéries américaines et des multinationales de la construction navale font maintenant la vie dure à l'entreprise familiale. Une longue grève lui a récemment occasionné de lourdes pertes. Fleuron de l'industrie canadienne-française, elle vient de vendre une de ses divisions à des Américains.
L'intervieweur René Lévesque aborde directement avec Simard les questions essentielles : Quelles sont les atouts des entreprises canadiennes-françaises? Est-ce possible pour elles de grossir jusqu'à la taille des grands meneurs? La propriété familiale reste-t-elle viable? Les réponses de Simard ne semblent pas très convaincantes. Nous avons une main-d'oeuvre compétente, flexible, capable d'adaptation, dit-il; il nous faut foncer sans essayer de tout prévoir, trouver de bons collaborateurs et leur faire confiance. Mais nous n'avons pas encore la compétence et la capitalisation nécessaire pour aller compétionner sur les grands marchés; il nous est impossible d'offrir toute la gamme de produits fournis par les grandes aciéries américaines; nous sommes à une étape de modernisation de l'équipement. Il reproche aux gouvernements de ne pas imposer que la navigation fluviale et intérieure soit effectuée par des bateaux construits au pays, comme cela se fait dans plusieurs grands pays qui donnent ainsi une chance aux industries locales. Il semble ne rien avoir à dire au sujet de la transformation des entreprises familiales en sociétés publiques.A une question qui suggère que le syndicalisme est nécessaire, il répond qu'il n'est pas contre le principe, mais qu'il ne peut en accepter les moyens d'action, à commencer par les grèves. En somme, avec Simard, Garceau dresse le portrait-type de l'entrepreneur capitaliste et paternaliste qui a su créer et développer une entreprise selon les méthodes classiques, dans l'esprit de l'affirmation canadienne-française, mais qui se montre incapable de l'adapter aux exigences de la deuxième moitié du vingtième siècle .
On s'étonne toutefois que le portrait n'aborde pas du tout la question de la vie politique. L'histoire générale nous apprend que les frères Simard de Sorel ont fait et défait les carrières politiques dans le parti libéral du Québec pendant 30 ans au moins et qu'ils connaissaient bien les coulisses du parlement d'Ottawa. Mais on comprend qu'une production de l'ONF n'ose s'engager sur ce terrain. René Lévesque, qui sera député libéral un an plus tard, pose bien la question du nationalisme économique canadien-français, mais celui-ci reste tout à fait dans la mentalité traditionnelle.
Hormis un peu d'admiration pour un bâtisseur du passé et quelques vagues incitations à l'entrepreneurship - ´allons-y, on est capableª - ce film n'apporte rien pour la construction de la nouvelle société. Dans l'´albumª, il est à ranger dans la section des valeurs traditionnelles à oublier et à ne ressortir que pour les défilés de vétérans.
Bibliographie
1. VERONNEAU, Pierre, Résistance et affirmation : la production francophone à l'ONF - 1939-1964, 1987, p. 78.