Les fleurs, c'est pour Rosemont

16 mm, couleurs et n. & b., 51 minutes 15 secondes, 1969

Au terme de leurs études universitaires, cinq jeunes architectes, ´fatigués des projets irréels et qui n'ont pas de suiteª, présentent un projet de rénovation d'une rue de Montréal. Les journaux en font état (La Presse, avril 1968). Ce film est le constat de cette expérience. Les fleurs c'est pour Rosemont . [Générique de fin] Un film de Jacques Giraldeau, Pierre Lemelin, Thomas Vamos, Claude Hazanavicius, Robert Charlebois, Jean Savard, Monique Gervais, André Dupont, Roger Martin, Michel Descombes, Roger Lamoureux, Léo O'Donnel, Jacques Perron, Michel Robidoux, Maurice Richard, Yves Charbonneau, Pierre Ringuette, Jean Préfontaine, Claude Bernard, Michel Beaudoin, Claude Pilon, Jean-Guy Rhéault, Richard Lacroix, Clément Perron et des résidents de la rue Demers à Montréal. Production : Office national du film du Canada. © Office national du film du Canada. MCMLXIX.

Tournage : Printemps et été 1968
Coût : 29 006 $
Titre de travail : Bozarts 2
Copie : ONF archives

Analyse

Résumé : Cinq étudiants terminant leurs études veulent réaliser un projet utile, la rénovation de toute une petite rue du quartier Mile-End de Montréal. On les voit d'abord proposer le projet aux résidents, leur disant qu'il ne leur coûterait rien d'autre que du temps, eux-mêmes s'organisant pour trouver les matériaux, et leur assurant qu'ils n'ont rien à craindre des propriétaires. Quelques citoyens s'y engagent et on voit des murs changer d'aspect. Mais plus tard, c'est le constat d'échec. Quelques locataires seulement ont donné de leur temps, le pavage de la rue n'a pas été refait, les bacs à fleurs et les bancs ne se sont pas matérialisés.

Sujets et thèmes : Rénovation urbaine, rêve, architecture, participation, animation sociale, logement.

Traitement : Ce documentaire utilise du noir et blanc pour les rencontres des jeunes architectes avec les citoyens et pour leur séance finale d'évaluation. Pour la rénovation de la rue, il emploie la couleur, qui devrait mettre bien en évidence l'embellissement. Tout se filme en cinéma direct, sans imagination, la caméra cadrant les interlocuteurs en plans très rapprochés et se centrant sur eux. Contrairement à notre attente, elle ne considère que très peu la rue elle-même, donc l'environnement des gens. Dès qu'on n'est pas en situation d'interview ou de discussion, la bande-son est meublée d'une musique rock de Robert Charlebois.

Contenu : Avec ce projet des étudiants en architecture, Giraldeau avait un sujet de film en or : seule la caméra peut montrer aussi bien un avant - après de rénovation urbaine; sa mise en oeuvre suppose un travail d'animation sociale qui peut révéler bien des portraits intéressants. Mais rien ne semble fonctionner dans ce film. Peut-être est-ce dû à la présence de la caméra, mais l'approche des citoyens par les étudiants ne fonctionne pas très bien et le cameraman ne semble jamais savoir trop bien qui et quoi cadrer. Rien de ce qui est montré ne semble avoir de signification, même pas la réalisation très partielle du projet. On ne sent jamais une direction que le réalisateur donnerait au montage. Ce film s'inscrit dans le même courant qui a donné les A Saint-Henri le cinq septembre, Gros-Morne, La P'tite Bourgogne, L'école des autres , etc. Mais Giraldeau ne ´sentª pas ce type de sujet et il n'en ressort qu'un misérabilisme déprimant. Autant il semble normal que dans leur déception les étudiants mettent la faute de l'avortement du projet sur l'apathie et la paresse des gens qui auraient voulu tout recevoir sans même donner un peu de leur temps, autant le réalisateur aurait dû aller plus loin, creuser les raisons de l'échec et proposer une interprétation. Le cinéaste n'avait pas à rénover la rue, mais à faire un film signifiant, pas seulement à s'apitoyer avec quelques étudiants qui ne semblent même pas comprendre très bien ce qui n'a pas marché. Son a priori de simple constat et de non-intervention ne donne qu'un film plat, sans signification, complètement inutile. Comme plusieurs autres produits des années 60, il ne sert qu'à révéler le manque de vision et le décrochage des vraies réalités sociales d'une partie du milieu du cinéma, même chez certains cinéastes qui veulent jouer au ´missionnaire socialª dans des quartiers qui ne sont pas (ou plus) les leurs.

Bibliographie

1. HOULE, Michel et Alain JULIEN, Dictionnaire du cinéma québécois, 1978, p. 120.