La fin des étés . Réalisation : Anne Claire Poirier. Scénario : Anne Claire Poirier, Hubert Aquin. Images : François Séguillon, c.s.c.. Avec : Geneviève Bujold, Etienne Aubray, François Tassé, Monique Chabot, Jean-Paul Dugas, Jean Brousseau. Musique : Jean Vallerand. Montage : Anne Claire Poirier, Eric de Bayser. Prise de son : Joseph Champagne. Mixage : Ron Alexander, Roger Lamoureux. Gérant de production : Léo Ewaschuck. Script-assistante : Suzanne Mercure. Monteur de son : Sydney Pearson. Assistant cameraman : Robert Nichol. Eclairagiste : Jean-Jacques Parent. Assistant à la prise de son : Jean-Guy Normandin. Directeur de production : Jacques Bobet. [Générique de fin] Fin des étés. Production : Office national du film. Canada. © MCMLXIV.
Tournage : Du 12 septembre au premier octobre 1963 à Côteau-du-Lac et Montréal.
Coût : 40 979 $
Titre de travail : La fin des étés
Copie : ONF archives, Cinémathèque municipale de Montréal
Ce qu'on en a dit :
Michel Houle et Alain Julien : Quant à La Fin des étés , sombre histoire de culpabilité sur fond familial bourgeois d'après un scénario d'Hubert Aquin et de la réalisatrice, il témoigne une fois de plus d'une volonté d'expérimentation mal maîtrisée et d'un total déracinement de la réalité québécoise. (3, p. 249)
Analyse
Résumé : Après avoir enterré leur mère, une jeune femme, Marie, son mari Etienne et ses deux frères se retrouvent au manoir familial. Il faut décider ce qu'on fera de Bernard, l'autre frère impotent depuis deux ans à la suite d'un accident d'automobile. Marie, qui entretenait une relation frôlant l'inceste avec Bernard et qui se sent un peu coupable de l'accident, veut le prendre chez elle. Au cours de promenades en solitaire dans le parc, les souvenirs de jeux avec Bernard et surtout d'une longue sortie à laquelle Etienne avait aussi participé l'assaillent et elle en est toute bouleversée. En retrouvant les autres pour le dîner, elle fait d'abord une crise, les quitte et revient apaisée en disant énigmatiquement que Bernard dort. L'a-t-elle euthanasié?
Sujets et thèmes : Inceste, bourgeoisie, richesse, manoir, lac Saint-Louis, canal, jeunesse, handicapé, cimetière, euthanasie.
Traitement : Cette fiction mélange continuellement deux temps : le jour de l'enterrement de la mère et des flashbacks de deux ans auparavant. Ces derniers sont finement amenés de même que les raccords pour revenir au présent. Les scènes du passé sont pleines de rythme, animées en beaucoup de plans divers et de mouvements de caméra. Celles du présent se déroulent sur un rythme plus lent et plus réaliste, mais plus chargé d'émotion. Houle et Julien parlent d'´expérimentation mal maîtriséeª et Francine Prévost (4, p. 16) de ´maniérismeª. J'y vois surtout le goût de jouer de toutes les possibilités de mise en scène proprement cinématographique (caméra qui danse ou roule dans le champ à la place d'un personnage, angles audacieux, mouvements élaborés, champs et contrechamps, etc.) qui donnent un petit côté expérimental assez en accord avec la volonté de décrire la vie psychologique de l'héroïne.
Geneviève Bujold y démontre sa capacité de rendre un large registre d'émotions et fait paraître ses protagonistes un peu ternes. Il faut dire que le scénario ne fournit pas de rôles très éclatants pour eux. Une musique de type classique avec surtout du piano et de la violoncelle appuie efficacement les scènes les plus pathétiques.
Contenu : Ce drame psychologique et familial étonne à plus d'un titre. D'abord, c'est la première fois que des relations un peu troubles entre une frère et sa soeur se trouvent si clairement développées sur l'écran du cinéma québécois, davantage préoccupé de sociologie. Et puis l'action se situe dans un milieu très riche et très bourgeois vivant quelque part sur les bords du lac Saint-François, ce qui est passablement loin des quartiers ouvriers - ou à la rigueur chez les artistes et chez les intellectuels - où presque tous les cinéastes braquent leurs caméras à l'époque. C'est aussi une fiction qui veut tout essayer des techniques cinématographiques, faire du ´vrai cinémaª comme à Paris ou à Hollywood, alors que la mode est au cinéma direct. On ne peut non plus sous-estimer le fait que c'est un des rares films mettant un personnage féminin au premier plan et qui entend en exprimer la psychologie. La ´fin des étésª, c'est la fin des vacances pour les jeunes, la fin de l'insouciance et de l'irresponsabilité. Symboliquement, pour la Marie du film - et pour toutes les femmes du Québec peut-être - c'est, avec la mort de sa mère, l'entrée dans un monde où les rôles de femmes seront redéfinis selon leurs besoins et désirs à elles. C'est aussi l'éclatement du modèle d'autorité traditionnel de la famille dont les hommes ont profité avant tout. Il faut voir aussi dans Bernard, avec son amitié dominatrice et un peu perverse pour sa jeune soeur, et finalement avec son impotence (que le film laisse indéfinie, ne le montrant jamais après son accident) qui le ramène aux soins de sa mère, la difficulté des hommes du Québec à entrer en relation avec les femmes extérieures au clan. A cause de cette vision féminine (il serait abusif de parler de féminisme) et peut-être aussi à cause de sa ´contestationª du modèle cinématographique dominant (malgré son scénario discutable), La fin des étés apparaît comme un film représentatif de l'esprit de la Révolution tranquille.
Bibliographie
1. BONNEVILLE, Léo, entretien, Séquences, 81, juillet 1975, p. 6-7.
2. COULOMBE, Michel et Marcel JEAN, Dictionnaire du cinéma québécois, 1988, p. 388.
3. HOULE, Michel et JULIEN, Alain, Dictionnaire du cinéma québécois, 1978, p. 249.
4. PREVOST, Francine, ´L'itinéraire cinématographique d'Anne Claire Poirierª, Séquences, 116, avril 1984, p. 15-16.
5. VERONNEAU, Pierre, JUTRAS, Pierre et autres, ´Anne-Claire Poirierª, Copie Zéro, 23, 1985, p. 27.
6. VERONNEAU, Pierre, La production canadienne-française à l'Office national du film du Canada de 1939 à 1964, thèse de 3e cycle, Université du Québec à Montréal, 1986, p. 441-443.