L'Office national du film du Canada présente L'école des autres . [Générique de fin] Recherches et interviews : Edith Grenier. Image et réalisation : Michel Régnier. Assistant à la caméra : Michel Kieffer. Son et mixage : Michel Hazel. Montage : Claude Le Gallou, Michel Régnier, Alain Sauvion. Narration : Raymond Charette. Production : Robert Forget. Nous remercions les personnes et organismes qui ont collaboré à la réalisation de ce film. Production : Office national du film du Canada. © Office national du film. MCMLXVIII.
Tournage : Janvier à avril 1968, à Montréal
Coût : 75 096 $
Titre de travail : PASS (pour : Projet d'action sociale et scolaire)
Copie : ONF archives, Cinémathèque municipale de Montréal
Ce qu'on en a dit :
Jean-Yves Bégin : L'école des autres étudie l'influence du milieu comme cause de l'échec scolaire des enfants venant de quartiers défavorisés de Montréal, non seulement à cause de la carence de possibilités d'épanouissement que ce milieu leur impose, mais aussi à cause de la prévalence à l'école d'un système de valeurs différent. Le film se situe au cours d'une expérience unique, dont il rend compte sous tous ses aspects : physiques, psychologiques, familiaux, scolaires. Il a fait appel à la collaboration de quatre [sic] organismes qui mirent sur pieds en 1965-66 un programme de recherches et d'actions visant à cerner les problèmes des écoliers en milieux défavorisés : le Projet d'Action Sociale et Scolaire (PASS) à l'école Jean-Jacques Olier. Il s'agit de la Commission des Ecoles catholiques de Montréal, du Plan de réaménagement social et urbain, du Service de santé de la ville de Montréal, du Conseil des oeuvres et de la Société de service social aux familles. L'école des autres met en relief la nécessité d'un décloisonnement des services et de l'établissement de programmes inter-disciplines. Ce film est réservé à des groupes seulement. Il est formellement exclu du domaine public, par respect pour les gens qui ont accepté d'y ouvrir leur vie privée. D'une durée de deux heures et demie, il s'accompagne de 26 heures de métrage brut qui ont été portées sur bande magnétique et qui ne sont disponibles que pour la recherche très spécialisée. (1, p. 20)
Analyse
Résumé : Il y a d'abord une présentation du PASS ( Projet d'action sociale et scolaire) et de tous les intervenants participants. Puis, dans trois classes de deuxième année, la faible, la ´moyen-fortª et la ´fortª, une intervieweuse note les comportements des enfants, rencontre les institutrices au sujet de leur travail et de certains enfants qu'elle va ensuite voir dans leur milieu familial pour en découvrir la situation économique et culturelle. Elle se rend aussi dans une classe de ´récupérationª. Parallèment, elle discute avec les différents spécialistes de la situation générale des enfants. Enfin, on assiste à une assemblée houleuse où les citoyens du quartier donnent leur opinion franche au ministre de la Santé et des Affaires sociales, Jean-Paul Cloutier, au sujet de l'assurance-santé (entrée en vigueur en 1970) et de la nécessité d'une clinique médicale locale.
Sujets et thèmes : Pauvreté, éducation, école, classes, misère, logement, alimentation, vêtement, quartier pauvre, grosses familles, chômage, bien-être social, ex-détenu, médecine, assurance-santé, Jean-Paul Cloutier, animation sociale, Jacques Brel.
Traitement : Nous avons ici le cinéma direct le plus pur, le plus dépouillé. En plans rapprochés souvent fixes et toujours très longs, sans artifices et sans jamais chercher d'effets, la caméra se met au service de la parole des gens et de l'observation clinique dans les classes (elle présente malgré tout quelques images spectaculaires comme celles des panoramiques sur les 8-10 enfants dans chaque famille interviewée ou celle des cordes à linge dans un logement). De longues interviews (jusqu'à une dizaine de minutes) prennent le temps de creuser les questions. Il n'y a de narration qu'au début pour présenter le projet. Pour le reste, seuls des bruits ambiants et les dialogues meublent l'image.
Contenu : Ce document d'intervention sociale présente avant tout quelques ´études de casª comme disent les psychologues et les travailleurs sociaux. Cela offre l'avantage d'illustrer très clairement un ensemble de problèmes, de les personnaliser et d'en révéler toute la dramatique. Elle ne manque pas d'ampleur ici : les cinq cas d'enfants choisis parmi les faibles viennent de grosses familles (d'une dizaine d'enfants) dont le père est chômeur pour des raisons qui ne semblent pas toujours évidentes et présentent souvent des comportements pathologiques. Ces cas comptent sûrement parmi les plus aigus. Le film illustre bien que les enfants des milieux défavorisés économiquement ont moins de chances de réussir à l'école; mais quelqu'un en a-t-il déjà douté? Il montre aussi un cas de grosse famille, mais dont le père travaille, où la petite fille se retrouve parmi les ´fortesª; à part le travail du père et sa participation à la rencontre avec le ministre Cloutier, distinction qui ne peut sembler suffisante car ce serait trop simpliste, rien n'explique sa différence d'avec les autres cas.
D'autre part, la limitation de l'échantillonnage et son caractère d'extrême rendent suspecte toute généralisation. Le spectateur est porté à se dire que le cinéaste est allé chercher les cinq cas les plus misérables de l'île de Montréal et que le problème, au fond, ne concerne qu'un petit nombre. L'insistance sur l'histoire des parents permet évidemment de très bien comprendre pourquoi leurs enfants ont peu de motivation pour réussir à l'école, mais ne démontre pas suffisamment la pertinence de l'ensemble du projet : du film se dégage surtout l'idée que ce sont les parents qui ont besoin de l'équipe de spécialistes. Dans ce sens, on s'étonne que l'intervieweuse n'ait pas posé de questions (ou que le réalisateur-monteur n'ait pas retenu ces points) au sujet de la contraception, des relations dans le couple, des véritables raisons du chômage, du voisinage, de la parenté. Cela n'enlève toutefois pas d'intérêt au message fondamental du film, qui dit que seule une concertation de toutes les ressources peut amener des solutions aux problèmes traités.
A ceux qui pourraient se surprendre de l'ampleur des moyens mis en oeuvre, le cinéaste rappelle que le système d'éducation est toujours structuré pour une moyenne et qu'aux deux extrémités de la courbe statistique il y a toujours quelques très riches - qui ont leurs écoles privées - et les très défavorisés qui ont besoin d'une aide particulière. C'est ce qui explique ce titre énigmatique L'école des autres.
En dernière séquence, l'institutrice de la deuxième année ´faibleª fait écouter ´Quand on n'a que l'amourª de Brel en fond sonore pour la sieste de ses petits. Moment très beau et résumant bien son engagement tout en rappelant une vérité fondamentale que l'éducation doit être avant tout une affaire d'amour plus que de spécialistes. Mais, ayant fait du travail social dans ce même milieu, j'y vois aussi une point d'humour noir : c'est précisément parce que les parents n'ont que de l'amour ´à s'offrir en partageª qu'ils font de si grosses familles défavorisées...
Réalisé dans l'optique du Groupe de recherches sociales, qui donnera naissance l'année suivante au programme Société nouvelle, L'école des autres fait partie des premiers films d'intervention sociale directe (avec St-Jérôme de Dansereau et La P'tite Bourgogne de Bulbulian). Il appartient davantage au cinéma de la décennie suivante qu'à celui des années 60, période où le cinéma va prendre la défence des ´exclusª (titre d'une série) du système, des marginaux et des laissés-pour-compte de la Révolution tranquille.
Bibliographie
1. BEGIN, Jean-Yves, ´Le groupe de recherches sociales de l'ONFª, Séquences, 59, décembre 1969, p. 14-22.
2. HOULE, Michel et Alain JULIEN, Dictionnaire du cinéma québécois, 1978, p. 264.
3. JUTRAS, Pierre et autres, ´Georges Dufauxª, 1979, Copie Zéro, 1, p. 19.
4. PERREAULT, Luc, La Presse, 7 déc. 1968.
5. VERONNEAU, Pierre, et autres, ´40 ans de cinéma à l'Office national du filmª, Copie Zéro, 2, 1979, p. 29.
6. TURNER, D. John, Index des films canadiens de long métrage, 1913-1985, 1986, p. 73.
8. WALSER, Lise, Répertoire des longs métrages produits au Québec, 1960-1970, p. 60 (bibliographie).