16 mm, n. & b., 29 minutes 23 secondes, 1956, série ´Passe Partoutª
La communauté juive de Montréal . [Générique de fin] Réalisation et scénario : Fernand Dansereau. Animateur : Gérard Pelletier. Caméra : Jean Roy, Michel Brault. Son : Marcel Carrière. Montage : David Mayerovitch. Direction générale : Guy Glover. Fin. Une réalisation de l'Office national du film. Ottawa. 1956.
Coût : 9 722
Titre de travail : La communauté juive de Montréal
Copie : ONF archives, Cinémathèque municipale de Montréal
Analyse
Résumé : En compagnie de Néri Bloomfield, juive canadienne, Gérard Pelletier partage le repas d'une famille, assiste à une liturgie à la synagogue et à différentes rencontres culturelles, rencontre divers membres de la communauté de Montréal pour discuter avec eux de leur vie dans cette ville et des relations qu'ils entretiennent avec la culture canadienne-française.
Sujets et thèmes : Communauté juive de Montréal, Néri Bloomfield, Naïm Kattan, synagogue, culture, histoire, folklore, chanson, danse, bible, famille, école privée, rabbin, ségrégation, racisme, Israël.
Traitement : Préparé surtout pour la télévision, ce documentaire prend la forme d'un reportage classique mené par le journaliste en compagnie d'une représentante du groupe visé. Il se compose donc d'interviews, d'un commentaire off, d'images du reporter en diverses situations liées à son sujet. Chacune des séquences, représentant un thème, est clairement démarquée des autres.
Contenu : D'entrée de jeu, Gérard Pelletier pose la question ´Qu'est-ce qui caractérise le Juif?ª C'est avant tout la religion, que l'on voit à la maison et à la synagogue. Mais comme il y a aussi des Juifs athées, c'est aussi une histoire et une culture. Le film donne donc les grandes caractéristiques de ces éléments spécifiques. Le ton est chaleureux, ouvert, sympathique, tant du côté du journaliste que des hôtes. Le spectateur a droit aux inévitables scènes de synagogue, de bénédictions rituelles à table, aux épiceries kascher de la rue Saint-Laurent, aux boulangeries de bagels, aux manufactures de vêtements, aux chansons (surtout en anglais) et danses folkloriques.
Il apprend aussi que les enfants juifs vont dans leurs propres écoles privées (non subventionnées), qu'ils apprennent à peu près tous quatre langues, mais que l'anglais est la principale, qu'à l'université ils subissent la ségrégation dans plusieurs facultés, où leur nombre est contingenté. Avec Naïm Kattan, il s'entend dire que les Canadiens français et les Juifs devraient entretenir des relations privilégiées puisqu'ils sont tous deux des groupes minoritaires, rattachés au patrimoine, traditionnalistes, de mentalité exubérante (sur ce thème, il faut voir aussi Le chat dans le sac de Gilles Groulx); que ce qui aurait pu créer des liens a en fait établi des frontières, lesquelles pourront disparaître quand chaque groupe aura atteint plus de confiance en soi et de sécurité. Ce beau discours laisse sur un malaise, car Pelletier ne relève pas ce qui crée la frontière radicale entre les deux communautés : le fait que le catholicisme d'ici a plus ou moins entretenu une certaine haine des Juifs, et surtout leur option fondamentale de s'assimiler au milieu anglophone, obligatoirement perçu comme dominant économique. On n'est pas sûr, non plus, que Kattan ne représente pas une rare exception dans son milieu.
Malgré ses limites, ce film de Dansereau est important parce qu'il est un des premiers à essayer de comprendre une des minorités culturelles de l'intérieur et à poser la question de ses relations avec le milieu francophone de Montréal. La problématique ne sera pas à la mode dans la période d'ethnocentrisme qui va suivre, mais elle aura été bien posée à la fin des années 50.
Bibliographie
1. HOULE, Michel et Alain JULIEN, Dictionnaire du cinéma québécois, 1978, p. 69.