Canada. L'Office national du film présente Collège contemporain . Scénario et réalisation : Pierre Patry. Images : Georges Dufaux. Son : André Hourlier. Montage : Marc Beaudet. Commentaire : Clément Perron. Montage photographique : Arthur Lipsett, Robert Verral. Sonorisation : Margot Payette, Norman Bigras. Mixage : Ron Alexander. Directeur de production : Léonard Forest. Directeurs adjoints : Victor Jobin, Jean Roy. [Générique de fin] Une production de l'Office national du film. Canada. MCMLX.
Tournage : Du 16 mai au 6 juin 1960
Coût : 25 915 $
Titre de travail : Collège contemporain
Copie : ONF archives, Cinémathèque municipale de Montréal
Ce qu'on en a dit :
Michel Houle et Alain Julien : (...) Quant à Collège contemporain , il annonce déjà de par son sujet - les transformations qui secouent le monde de l'enseignement - Trouble-fête . (1, p. 235)
Analyse
Résumé : Une première partie décrit, à l'aide de photographies et d'un commentaire, la culture classique gréco-romaine qui forme le contenu traditionnel (le ratio studiorum ) des collèges. Une seconde (et plus longue) partie nous amène visiter les collèges tels qu'ils sont en 1960 dans leurs édifices modernisés, avec leurs petits changements de programmes et les questions que commence à poser leur adaptation à un monde en changement.
Sujets et thèmes : Collèges et études classiques, éducation, enseignement, humanités gréco-romaines, latin, grec, antiquité, Rome, Grèce, prêtres, frères, tradition, dortoir, chapelle, arts, para-scolaires, sciences, laboratoire, histoire, photographie.
Traitement : Comme tous les documentaires de Pierre Patry, Collège contemporain utilise un traitement qui se rapproche de celui de la fiction. Les images sont toutes documentaires, mais on y sent la mise en scène, les cadrages et les positions de caméra qui permettront de créer des situations dramatiques au montage. On devine le long travail de scénarisation et la minutie de la reconstitution des gestes par les personnages réels. C'est ce qui se produit avec plusieurs séquences, dont une très belle, presque au début du film, quand une mère laisse son garçon de 12 ans au pensionnat, avec d'abord des gros plans de l'un et de l'autre, puis avec son long travelling arrière. On sent continuellement dans ce film, malgré son ´sujet imposéª et son aspect reportage, un plaisir de jouer avec le langage cinématographique.
Le traitement reste celui du documentaire traditionnel : un narrateur commente des images qui sont parfois accompagnées de bruits ambiants. Rien ne laisse percevoir ici que le cinéma direct commence à s'imposer à l'ONF. C'est encore plus évident dans la première partie du film où un très habile montage de photographies de la Grèce antique, puis de la Rome des Césars illustre un texte exposant les grandes composantes de la culture humaniste classique. Les images ´contemporainesª - il faut bien justifier le titre - relèvent surtout de l'esthétique griersonnienne, bien que certaines se rapprochent du traitement ´directª : caméra présente au milieu de la rencontre des supérieurs de collège, dans les ´parascosª (activités para-scolaires). Dans leurs cadrages même, certaines de ces images atteignent une grande force évocatrice, entre autres celles des dortoirs divisés ou le point d'orgue du film dans cette immense salle d'étude.
La bande-son contient en premier lieu le commentaire explicatif qui exprime l'essentiel de la thèse du film. Une musique classique accompagne les évocations historiques les plus importantes et des airs de chant grégorien soulignent l'origine monastique de certaines conceptions de la culture.
Contenu : En 1960, les collèges classiques commencent à peine à se transformer. Les seuls éléments ´contemporainsª que met en relief le film de Patry sont un élargissement des activités sportives et para-scolaires, l'ajout de quelques cours de sciences et de meilleurs laboratoires, l'ouverture des locaux et services des collèges (auditoriums pour des concerts, équipements sportifs comme les piscines et gymnases) aux membres des communautés environnantes. Dans les collèges mêmes, les programmes n'ont encore que peu évolué et l'on se méfie d'ailleurs des changements qui diminueraient la connaissance des humanités gréco-latines et de cet humanisme qui assure une transmission fidèle des valeurs du passé. Il est assez amusant d'ailleurs de voir tous ces collégiens portant le blazer, l'écusson du collège, la chemise blanche et la cravate. Tous ceux qui ont fait le cours classique comme pensionnaires peuvent s'amuser de revoir des scènes typiques de dortoir, de messes matinales, de cafétéria, d'immenses salles d'études, de cours ou de salles de récréation. On s'étonnera peut-être du fait que les cinéastes ne soient allés filmer que dans des collèges de garçons, alors que plusieurs maisons de religieuses dispensent déjà le même enseignement à des jeunes filles. Pour les garçons, le ´choix de vocationª ne semble se faire encore qu'entre prêtre, notaire ou médecin... Fait encore plus étonnant, il ne fait pas non plus état des relations déjà bien établies entre les institutions féminines et masculines, entre autres par les ciné-clubs et les comités de pastorale. Il ne mentionne même pas que l'instruction collégiale n'est encore réservée qu'à une élite.
Tourné en 1960, ce court métrage ne laisse absolument pas prévoir les changements radicaux qui surviendront à peine quelques années plus tard dans le monde de l'éducation. Il fait un éloge des collèges classiques, de leur valeur intemporelle et de leur capacité d'adaptation, alors qu'il suffira de moins de dix ans pour les voir disparaître presque tous. Il est difficile d'y voir, comme Houle et Julien, un précurseur de Trouble-fête , car les étudiants de ce long métrage veulent précisément renverser ce que soutient Collège contemporain : l'autorité des clercs, la pratique religieuse, la prépondérance de la culture ancienne, l'exclusion des jeunes filles et la phobie de la sexualité, etc. Malgré son utilisation d'un langage cinématographique élaboré qui donne lieu à de belles trouvailles visuelles, ce film demeure anachronique tant par son traitement que par son orientation thématique.
Bibliographie
1. HOULE, Michel et Alain JULIEN, Dictionnaire du cinéma québécois, 1978, p. 235.