L'Office national du film du Canada présente Cinéma et réalité . [Générique de fin] réalisé par Georges Dufaux et Clément Perron avec la collaboration de Gianni Amico, Giorgio Peloni, Raphaël de Luca, Claude Godbout, F. Whitman Trecartin, George Croll, Claude Delorme, Gian Vittorio Baldi et André Belleau. Production Office national du film du Canada. © Office national du film du Canada. MCMLXVII.
Tournage : En octobre et novembre 1965, à Rome et Montréal
Coût : 53 871 $
Titre de travail : Cinéma et réalité
Copie : ONF, Cinémathèque municipale de Montréal
Analyse
Résumé : Dans ce reportage, Dufaux et Perron vont interroger à Rome quelques-uns des principaux représentants du néo-réalisme italien et des cinéastes plus jeunes qui ont subi son influence. On peut y entendre les Rossellini, De Sica, Zavattini, Moravia, Antonioni, Pasolini, etc. Ils en profitent pour aller visiter les coins de rues où se sont tournées beaucoup de séquences, causer avec des gens de la rue au sujet du cinéma et recueillir les commentaires d'un cinémathécaire comme Henri Langlois.
Sujets et thèmes : Néo-réalisme italien, Italie, Seconde guerre mondiale, Rome, Rossellini, Visconti, De Sica, Risi, Rosi, Zavattini, Henri Langlois, Alain Delon, Moravia, Rosi, Amidei, Bonicelli, Bellochio, Fellini, Antonioni, de Seta, Pasolini documentaire, tournage, cinéma-vérité, réalisme, histoire du cinéma.
Traitement : Ce reportage filmé est basé avant tout sur des interviews faits en plans rapprochés avec caméra fixe; les scènes de rues sont enregistrées selon les techniques bien éprouvées du cinéma direct. Des extraits de films ou des photos de tournage fournissent l'illustration nécessaire et rappellent bien des souvenirs aux cinéphiles.
Contenu : L'intérêt premier de ce film est d'entendre les Rossellini et De Sica expliquer ce qu'a été pour eux le néo-réalisme, de voir ou de revoir des extraits de films du genre et des photos de comédiens et de lieux qui en fixèrent les principales coordonnées. Mais comme le néo-réalisme fut le type de cinéma privilégié dans les ciné-clubs des années 50 qui furent ´l'école de cinémaª des principaux cinéastes du direct, il est passionnant d'entendre parler de ces efforts de ´prise de conscience du monde où l'on vitª, de la découverte de la ´vérité humaine des situations et de l'engagement vis-à-vis les situations sociales... de la reconquête de la dignité humaine... de la joie de pouvoir parler, d'exprimer ses émotions et ses idéesª, etc. Car ce courant italien représente presque exactement ce que fut l'idéologie des cinéastes québécois les plus lucides au détour des années 60. On peut d'ailleurs penser que Perron et Dufaux ont retenu de leurs interlocuteurs italiens ce qui correspondait le mieux à leur conception du cinéma. D'autre part, ils retiennent cette phrase d'Antonioni affirmant que ce qui l'intéresse, c'est moins le rapport à la réalité de ses personnages que ce qu'ils vivent à l'intérieur d'eux-même, cette vision correspondant à ce qui se développe chez plusieurs cinéastes dans la deuxième moitié de la décennie.
La liaison ´cinéma et réalitéª, vision fondamentale du documentaire, mais aussi perspective originale d'une grande partie du cinéma de fiction du Québec, vient en bonne partie de l'engouement pour ce courant révolutionnaire qu'a représenté le néo-réalisme italien, tant au plan des idées - le grand plaisir de pouvoir exprimer des idées au cinéma, dit le scénariste Sergio Amidei - qu'à celui de la recherche formelle. Elle justifie amplement cette consécration dans un film d'une heure. Celui-ci, à sa façon, écrit (illustre) l'imaginaire des cinéastes québécois au moment d'entrer en Révolution tranquille. Il est non seulement reflet de l'histoire au moment de sa création, mais ´historienª de la vie intellectuelle des années 60.