35 mm, couleurs, 27 minutes 33 secondes, 1968
L'Office national du film du Canada présente Avec tambours et trompettes. [Générique de fin] Montage : Werner Nold. Images : Alain Dostie, Bernard Gosselin. Prise de son : Serge Beauchemin. Montage sonore : Jean-Pierre Joutel. Régie : Laurence Paré. Assistants à la caméra : Pierre Mignot, Yves Sauvageau. Mixage : Ron Alexander, Roger Lamoureux. Musique : Don Douglas. Production : Robert Forget. Un film de Marcel Carrière. Nous remercions le régiment des Zouaves de la Province de Québec. La 4e Compagnie de Montréal pour son interprétation du sketch ´Le serment tenuª écrit par M. Ernest Pallascio-Morin. 1867 : Fondation du Mouvement zouave canadien. But : défendre le Pape Pie IX attaqué par les troupes de Garibaldi. 503 canadiens se rendirent en Italie. 503 zouaves revinrent au pays sains et saufs. 1967 : Au Québec et en Ontario : 1500 zouaves actifs; un régiment, 5 bataillons, 30 compagnies. Mouvement para-militaire et bénévole. Production : Office national du film du Canada. © Office national du film du Canada. MCMLXVIII.
Tournage : Du 14 au 16 juillet 1967 pour le congrès des Zouaves à Coaticook; la pièce de théâtre avait été filmée préalablement.
Coût : 36 335 $
Titre de travail : Les zouaves
Copie: ONF, 16mm et vidéo, Cinémathèque municipale de Montréal
Ce qu'on en a dit:
Paul Tana: Une fois de plus, Carrière s'attarde à une réalité mythifiée : le phénomène des zouaves. Ici, le cinéaste devient pamphlétaire : on peut même dire que c'est le premier pamphlet du cinéma québécois (il suffit de le comparer aux élucubrations fantaisistes d'un Denys Arcand).
Ce qui nous surprend d'abord dans le film, c'est sa facture libre, détachée du conventionnalisme de l'industrie gouvernementale. Au premier degré, il y a représentation fidèle de l'événement. Mais cette réalité, par la transposition ironique de Carrière, devient un mythe dérisoire. Le montage et la bande sonore constituent les éléments moteurs de cette ironie. Qu'on pense simplement au montage alternatif du sketch ´dramatiqueª de Pallascio-Morin et du congrès de Coaticook.
Carrière possède une manière bien à lui de remonter objectivement aux sources d'une réalité pour mieux la caricaturer (exemple : les notations de la fin sur la guerre ´papisto-garibaldienneª). On voit très bien qu'Avec tambours et trompettes, l'oeuvre de Carrière entreprend une étape décisive : sa vision critique donne déjà des bribes d'un constat poétique. (7, p. 92)
Michel Brault : Au moment où Avec tambours et trompettes a été fait, je n'étais déjà plus d'accord avec ce genre de cinéma. Et ça, je l'ai dit à l'époque. Je vais te dire pourquoi. Notre démarche et ce qui nous a stimulés à faire les Raquetteurs est la même que celle employée à l'île aux Coudres, sauf que la technique n'était pas la même. (...)
(G. Marsolais : Pour ma part, je pense que le film de Carrière est nettement ironique, tandis que dans Les raquetteurs on sent que ça ne provient pas d'une volonté délibérée de la part du réalisateur. Je veux dire que le folklore nous fait toujours un peu sourire, et peut-être même un peu honte, mais c'est normal dans la mesure où on est directement concerné par la chose.
Parce qu'il faut quand même reconnaître que le phénomène des Zouaves ressemble aussi énormément au phénomène des raquetteurs. Ce que je veux dire, c'est que rendu au point où on en était rendu avec la technique, on aurait peut-être pu y aller plus à fond avec les Zouaves. C'est-à-dire en faire un film plus important et beaucoup plus poussé, moins en surface. Parce que quand on est en surface, tu comprends, on risque uniquement d'attraper le costume et on ne communique que ça aux autres. C'est dommage. Parce que ce qui m'intéresse, moi, c'est de filmer justement des gens comme ça, mais d'en découvrir tout le sens tragique, derrière la ceinture et les raquettes (...) Je dois ajouter que je trouve ce film très important. Les quelques remarques que je fais ici le sont en toute sympathie avec les auteurs que j'admire beaucoup. (5, p. 33)
Analyse
Résumé : A l'été de 1967, les régiments de zouaves pontificaux du Québec et de l'Ontario se réunissent en congrès à Coaticook. Parades, jeux, théâtre et messe occupent le week-end.
Sujets et thèmes : Zouaves, papauté, pape, foi, religion, curé, guerre, armée, Garibaldi, Italie, Coaticook, fanfare, parade, camping, drapeaux, costume militaire, humour, maladresse, histoire.
Traitement : Chronologiquement, on assiste à l'arrivée des zouaves, à l'installation du campement, aux diverses activités du congrès. Dans ces scènes, la caméra est toujours en plein milieu de l'action et va chercher toutes les sortes de plans qui donnent le meilleur effet. Des extraits d'une pièce de théâtre jouée par des zouaves et illustrant leur action lors de la défense des États pontificaux sont intercalés tout au long du récit documentaire; ici, la caméra reste généralement fixe, à bonne distance de l'action, épousant la position du spectateur de théâtre. Dans la plus pure tradition du cinéma direct, aucun commentaire, hormis les cartons finals, ni en paroles off ni en sous-titres ne vient expliquer les images ou apporter des informations supplémentaires. Un montage très rythmé, avec une musique militaire fait d'images de parades une grotesque chorégraphie en rassemblant, par association, des répétitions de maladresses. On sent le plaisir du monteur à enchevêtrer les plans pour emmêler les parades, à en ramener d'autres en leitmotiv et à créer l'effet comique. Les raccords par chevauchement de séquences, le son de l'une sur l'image de l'autre, ou par une parole (le ´in nomine patris...ª du sketch illustrant le passé qui se termine en finale du ´benediciteª au présent) sont aussi du plus bel effet.
Contenu : Comme le rappelle le générique, le mouvement zouave canadien, para-militaire et bénévole, a été fondé en 1867 dans le but d'aller défendre le Pape Pie IX attaqué par les troupes de Garibaldi. C'était, en quelque sorte, un regroupement de ´mercenairesª non professionnels, animés non pas par l'appât du gain, mais par la foi catholique. Quand ils sont arrivés finalement en Italie, la guerre se terminait avec la victoire de Garibaldi et la défaite du Pape. Au lieu de dissoudre le régiment, ses officiers décidèrent de le conserver et de mettre ces ´soldatsª volontaires au service des paroisses. Un siècle plus tard, en 1967, ils sont trois fois plus nombreux qu'à l'origine, ont conservé le costume original (à peine modernisé) et se regroupent encore régulièrement pour des activités sociales surtout et aussi un peu d'´entrainementª de type militaire.
Ce congrès de 1967 à Coaticook était un sujet en or pour un cinéaste humoriste, meilleur encore que ce rassemblement des Raquetteurs que Brault et Groulx ont mis en film en 1958. Les deux films sont d'ailleurs souvent comparés, tant pour leur ton ironique que pour leur traitement du sujet. Mais il faut lire le commentaire de Brault ci-haut qui souligne que les conditions n'étaient pas les mêmes : Carrière avait une grosse équipe, des appareils de tournage très souples, un bon budget, tout le temps voulu pour une recherche préalable. Ces possibilités n'ont servi qu'à améliorer la qualité technique et à accentuer l'ironie avec le montage. Pas plus qu'on ne sait avec Les raquetteurs qui sont ces hommes et ces femmes qui pratiquent ce sport, ne découvre-t-on avec le film de Carrière qui sont ces zouaves, leurs caractéristiques sociologiques, leurs motivations, leur vision de l'histoire, leurs activités régulières, etc. On n'en reste qu'aux apparences les plus frappantes, ce qui me fait dire, comme Houle et Julien (3, p. 46), que le film veut davantage rire des zouaves qu'il ne veut rire avec eux (c'était l'inverse pour Brault et Groulx). L'image et ses contrepoints sonores, le montage s'appliquent le plus souvent à mettre en relief les maladresses de ces soldats amateurs au costume si peu pratique, qui n'ont de drapeau que celui de la papauté et qui ont, plus souvent qu'à leur tour, ´les deux mains dans la même mitaineª. La ´phalange des grands défenseurs de la foiª, comme ils chantent, qui montre sa force surtout par le souque à la corde, n'a rien pour apeurer les intellectuels anticléricaux! Leurs tambours et trompettes font plus de bruit qu'ils n'inspirent la fureur. Les zouaves ont trouvé le film bien correct et ils lui ont même donné un beau diplôme de ´zouave honorifiqueª [1]
Avec tambours et trompettes apporte une pièce amusante à ´l'albumª québécois. Les zouaves font partie du portrait global et mettent en relief le goût folklorique d'une partie de la population, l'attrait pour toutes les formes de parade (le même, évidemment, qui attire des milliers de jeunes dans les fanfares et les majorettes, le même qui regroupe aujourd'hui des centaines de jeunes hommes dans des camps de fin de semaine pour jouer à Rambo ou à la guerre en forêt). Que de belles possibilités d'analyse renferme ce sketch ponctuant le film où des zouaves mettent en scène leur meilleur fait d'armes qui est la participation à une guerre perdue et la mort d'un jeune soldat qui avait auparavant déserté par peur de se battre! Dans son texte, le critique du Devoir souligne aussi un aspect intéressant qu'il faudrait prolonger en creusant un peu la psychologie de ces Québécois qui refusent la conscription, mais qui sont souvent volontaires dans les guerres des autres; au moment où Carrière tourne son film, des centaines de jeunes d'ici s'enrôlent dans l'armée américaine pour aller combattre au Viêt-nam... [2] Comme le film reste tout en surface, il ne va pas jusqu'à ce niveau d'analyse. Il en reste plutôt à un constat, fort partiel, du phénomène, préférant s'en amuser plutôt que d'essayer de le comprendre. Il n'a rien du film ´historienª.
1. Pierre Véronneau mentionne que certains zouaves ont ensuite essayé de le faire retirer de la circulation (9, p. 27).
2. Aucun film n'a été fait sur ce sujet. Une émission de télévision, Parler pour parler, à Radio-Québec (12 et 19 janvier 1990), l'a mis en évidence.
Bibliographie
1. BONNEVILLE, Léo, entretien, Séquences, 75, janvier 1974, p. 4-13.
2. HOULE, Michel et Alain JULIEN, Dictionnaire du cinéma québécois, 1978, p. 46.
3. MARSOLAIS, Gilles, L'Aventure du cinéma direct, p. 132.
4. MARSOLAIS, Gilles, Michel Brault, Cinéastes du Québec, 11, p. 33.
5. MORRIS, Peter, The Film Companion, p. 20.
6. TANA, Paul dans BERUBE, Rénald, Yvan PATRY et autres, Le cinéma québécois : tendances et prolongements, p. 92.
7. VERONNEAU, Pierre, dans COULOMBE, Michel et Marcel JEAN, Dictionnaire du cinéma québécois, 1988, p. 78.
8. VERONNEAU, Pierre, et autres, ´40 ans de cinéma à l'Office national du filmª, Montréal, Cinémathèque québécoise, Copie Zéro, 2, 1979, p. 27.