LE CINÉMA PORNO, LA CENSURE
ET L'ÉDUCATION SEXUELLE
À peine votée et avant d'être promulguée dans tous ses articles (certains ne le seront jamais), la loi du cinéma de 1975 suscitait déjà tellement de critiques qu'un processus de révision était amorcé dès 1978.
Après une série de consultations dites «informelles» et «individuelles» où une certaine politicaillerie économiste avait davantage présidé au choix des participants qu'une connaissance éclairée des enjeux véritables, et après la présentation, à l'automne 1980, d'un projet de loi auquel on n'a pas osé faire dépasser l'étape de la première lecture tellement il comportait d'ambiguités, d'objets de litiges et d'insatisfaction, une commission d'étude était finalement créée, à l'hiver 1981, dans le but de fournir un ensemble de recommandations qui, transcrites en jargon juridique, deviendraient le texte d'une nouvelle loi.
Cette commission a tenu des audiences publiques l'automne dernier à Québec et à Montréal. Elle doit normalement présenter son rapport à l'été 1982. Rien n'en a encore transpiré au moment de la rédaction de cet article (début juillet), sinon qu'elle ne recommandera pas la classification dite «X», permettant à un ou des réseaux de salles de présenter du cinéma pornographique.
Cela surprendra peu, plusieurs s'en réjouiront et bien peu de cinéphiles s'en diront déçus. Car de tous les sujets traités aux audiences, aucun n'a soulevé autant de passion. On découvrait alors que c'était celui qui concernait le plus, et le plus profondément, le public cinématographique. Les meilleures mémoires s'y rapportaient. La presse leur fit abondamment écho, ce qui devait provoquer encore beaucoup d'autres réactions publiques: lettres ouvertes, colloques, commentaires radiophoniques, articles, publication de dossiers, etc. La sortie de Not a Love Story: a Film about Pornography (C'est surtout pas de l'amour) quelques semaines auparavant avait déjà bien amorcé la discussion.
Nous voulons ajouter aujourd'hui notre grain de sel à ce débat. Sans reprendre toutefois les arguments des documents cités à la fin de cet article, que nous considérons comme complémentaires et que nous ne résumerons pas. Nous reparlerons à l'automne de la politique d'ensemble du cinéma, après le dépôt du rapport et du projet de loi.
Le jeu des questions
Au fond, la question posée au législateur est très simple: Sommes-nous pour ou contre la libre diffusion du cinéma pornographique tel qu'il existe aujourd'hui, avec tout ce que cela implique pour la totalité de la population ?
Mais avant de répondre à cette question, certains préalables demandent à être éclaircis:
ó qu'est-ce que la pornographie? quelles formes prend-elle aujourd'hui?
ó quelle image de la sexualité diffuse-t-elle? quelle conception
de l'amour? quelle vision du couple? Quelles relations les femmes y ont-elles
avec les hommes? Et à un niveau primordial: quels effets a-t-elle
sur moi-même? comment influence-t-elle ma vie intime, ma relation
aux femmes? aux hommes? ma vie de couple? (À remarquer ici que je
passe tout de suite au «comment», car il me paraît incontestable
que la pornographie influence le comportement de ceux qui en consomment.)
ó quels plaisirs donne-t-elle? à qui? aux hommes? aux femmes?
pourquoi y a-t-il si peu de femmes dans les salles?
ó si on ne peut pas dire que la pornographie est un bien, peut-on au
moins affirmer qu'elle ne fait pas de tort? (Rappelons ici que les visas
du Bureau de surveillance du cinéma ne signifient pas qu'un film
est bon «pour tous», pour les «14 ans et plus»
ou les «18 ans et plus» mais, nuance, qu'il ne peut pas faire
de tort à l'ensemble de ceux qui ont au moins 14 ans, ou 18 ans!)
ó sommes-nous d'accord avec une diffusion tout à fait libre?
réservée à des salles spéciales? à des
groupes spéciaux? aux 18 ans et plus? aux 17 ans et plus? Serions-nous
d'accord pour que nos enfants de 10 ans, nos filles surtout, y aient libre
accès? Considérons-nous que c'est pour lui ou elle une bonne
initiation à la vie, au plaisir, à la joie, au jouir, au
bonheur?
ó la pornographie doit-elle faire l'objet d'une certaine tolérance
au nom du «moindre mal» et des «faiblesses humaines»,
comme la prostitution, le jeu, l'alcool et le tabac? Si la réponse
est positive, doit-on la reléguer dans de plus ou moins clandestines
«maisons de tolérance» et en laisser le contrôle
à des individus douteux? Ou bien va-t-on en confier la gestion à
monsieur Parizeau et à son rapace ministère des Finances
comme pour le jeu, le tabac et l'alcool? (Ne riez pas: c'est exactement
ce que fait depuis longtemps le gouvernement français avec sa taxe
spéciale!). Est-on sûr qu'elle n'est qu'un «moindre
mal»? Que répondre à ceux qui affirment: «la
pornographie est la théorie, le viol la pratique»?
ó si nous ne sommes pas d'accord avec l'existence et la diffusion de
la pornographie, par quelles actions concrètes pensons-nous pouvoir
la contrer? Par des lois? par une censure plus mordante? par des poursuites
juridiques? par des restrictions commerciales? par une éducation
sexuelle généralisée? par des campagnes de presse?
par des coups de hache dans les Betamax?
Les paradoxes des réponses
Faciles, les réponses à ces questions? Pas pour celui qui essaie d'y répondre lucidement pour lui-même, non en général, non comme il pense que ça devrait être dans un monde idéal! Ni avec le réflexe de la double réponse: pour soi et pour les autres, en paroles et en actes.
Car, première constatation, un sondage révélerait sans doute que la majorité s'oppose à la libre diffusion de la pornographie; mais plus de trois millions d'admissions ont été enregistrées dans les salles spécialisées au Québec l'an dernier. Vous avez bien lu: trois millions, ce qui équivaut à la totalité de notre population mâle (n'oubliez pas que si les femmes sont omniprésentes sur l'écran, on ne les voit que très peu dans les salles). N'est-ce pas que ça fait pas mal de gens qui sont concrètement «pour» la diffusion de la pornographie? Même si on suppose qu'il y a quelques touristes dans le lot et que les mêmes hommes y retournent quelques fois au cours de l'année! Et ceci n'inclut pas les milliers de personnes qui chaque soir louent des chambres de motels (très peu de vrais touristes dans le nombre!) avec projections privées sur télévision en circuit fermé; ni celles qui importent, achètent ou repiquent vidéo-cassettes ou vidéo-disques pour leur usage particulier. Ni celles qui remplissent les ciné-parcs du Vermont où le hardcore est toléré. Recenser les «pour» et les «contre» n'est donc pas une mince affaire.
Deuxième constatation: tout le monde s'intéresse au sujet, tout le monde croit savoir ce qu'est la pornographie et l'influence qu'elle a. Mais c'est toujours en relation avec les autres. Bien peu sont prêts à examiner lucidement l'ensemble des effets qu'elle provoque en eux-mêmes. Bien peu avouent y être excités et surtout en ramener des désirs, des phantasmes ou des fixations sur des pratiques qu'ils essaieront ensuite plus ou moins subtilement d'imposer à leur partenaire (la fellation et le cunnilingus, par exemple). Par les modes qu'elle crée, par les répercussions de ses thèmes dans la presse ordinaire et «anodine», personne au fond n'est à l'abri de son influence.
Troisième constatation: il n'y a actuellement, selon le ministre «responsable» et ses hauts fonctionnaires, aucune diffusion de la pornographie, la censure n'acceptant que les produits déjà charcutés (par les distributeurs) de gros plans d'érections et de pénétrations. Belle confusion, en réalité, car «l'effet porno» n'est jamais tant dans tel geste représenté, ni dans telle image particulière que dans le traitement de l'image et dans le contexte où est posé tel geste particulier. Le «jeu des questions» a déjà suggéré ce que peut impliquer le contexte au niveau du rapport homme/femme; voyons les répercussions du traitement de l'image. Par exemple, la même estampe japonaise reproduite sur du beau papier dans un album soigné est une oeuvre d'art parce que toutes les nuances des coloris et les subtilités des sentiments y apparaissent; alors que sur papier journal, le gros grain, la grisaille et l'accentuation des contrastes éliminent toute nuance: il ne reste plus que du sexe brut, cheap et sans âme. Or les films présentés régulièrement aux cinémas Beaver, Pussycat, Eve, Complexe Desjardins, etc. présentent presque tous de ces historiettes factices, de ces mises en scène ridicules, de ce traitement d'images tellement cheap que l'idée même de sexe en devient cheap. C'est dans cet ensemble qu'est «líeffet porno», non dans de gros plans de pénis!
Quatrième constatation: si nous voyons de moins en moins de gens se prononcer en faveur de la diffusion de la pornographie (ceux qui se prononcent directement, non ceux qui l'avalisent en y assistant) et si leurs slogans convainquent de moins en moins (clichés sur la liberté d'expression, la nouvelle morale, les droits individuels, le consensus populaire), il faut voir par ailleurs que les motivations des opposants ne sont pas claires ni du même ordre. On se doute bien qu'entre les catholiques de droite, les féministes, radicales ou non, le Conseil du statut de la femme, l'Assemblée des évêques, le Collectif masculin contre le sexisme, Micheline Carrier et Louis O'Neil, il n'est pas très facile d'établir un consensus au niveau de la pensée! Quant à un front commun au niveau des actions à entreprendre, inutile d'y songer à ce moment-ci.
Les uns s'opposent au nom d'une morale sexuelle, d'origine souvent religieuse, où l'on sent des relents assez malsains de méfiance envers le plaisir, surtout s'il se situe dans des pratiques non conventionnelles ou en dehors du mariage. À certains moments, on se demande s'ils n'en ont pas autant contre «la chose» que contre sa représentation. Pour certains, en effet, le plus important serait «qu'on n'en parle pas». Il n'est pas sûr que cette tactique de silence soit réellement aussi prudente que le voudraient ses partisans. En tout cas, ceux-ci ne pèchent pas par excès de logique quand ils réclament de l'État, au nom du respect de la vie privée qu'il exerce une censure plus sévère, tout en rejetant le principe même de l'éducation sexuelle à l'école.
D'autres accepteraient assez bien la représentation érotique très explicite et iraient même y chercher un plaisir et une stimulation de l'imaginaire tout aussi légitimes qu'une soirée au concert ou une visite au musée. Mais à condition que cet érotisme ne soit pas mensonger, à condition qu'il exprime des désirs et des plaisirs librement et joyeusement partagés par des partenaires égaux. lls s'opposent donc à la pornographie, et surtout à la pornographie violente, parce qu'elle ment sur la sexualité, celle des femmes en particulier, parce qu'elle est la plus mauvaise éducation sexuelle qui soit, parce qu'elle fausse la relation homme-femme, parce qu'elle bloque le développement de la sensibilité masculine en focalisant son plaisir uniquement sur le pénis. Ceux-là estiment que la meilleure façon de contrer cette énorme duperie, c'est d'en parler ouvertement, de plus en plus, et dans tous les milieux.
Les féministes (et leurs alliés) soulignent avant tout le mépris que le marché de la pornographie distille à l'égard des femmes: leur utilisation dans tous les rôles dégradants (bestialité forcée, sadisme subi, viols, etc.), le refus de leur parole et la négation de leur plaisir (la scène de lesbianisme est organisée et jouée pour l'oeil voyeur de la caméra, non pour le plaisir des participantes), la violence continuelle dont elles sont l'objet (c'est normal de torturer une femme, ça la fait jouir...). Surtout, elles dénoncent cette domination masculine constante qui serait même, pour la majorité des spectateurs, le principal plaisir qu'inconsciemment ils viennent y chercher (beaucoup plus que le plaisir sexuel). Bien peu d'hommes encore ont eu le courage de réfléchir ouvertement sur leur vécu en ces termes.
Cinquième constatation: le problème de la censure. Pour ce qui est des enfants, le consensus demeure: au nom même de leur santé psychologique et de leur droit à vivre sereinement leur enfance, à peu près tout le monde accepte l'interdiction de la pornographie, tout autant que celle de l'alcool, de la publicité, du film violent.
Toutefois, confrontée aux faits, l'importance qu'on attache généralement à la censure de l'imprimé et du cinéma pour les adultes parait de plus en plus inacceptable. Non à cause de sa nature même de contrôle ou des limitations qu'elle impose aux libertés individuelles; on accepte déjà volontiers bien d'autres contrôles de l'État: examen des drogues et des aliments qui empêche le boeuf avarié de parvenir à nos assiettes ou tel produit pharmaceutique de nous coller un cancer, normes de salubrité dans les restaurants, vitesse limitée, etc Non plus à cause de l'arbitraire inévitable des décisions en matière culturelle, bien qu'ici ce soit déjà plus délicat: on peut pallier en grande partie cet inconvénient en nommant comme censeurs des «sages» reconnus, issus de diverses spécialités et éloignés des partis politiques. À cet égard, notre Bureau de surveillance du cinéma, sous la direction d'André Guérin, fait assez bonne figure depuis une quinzaine d'années.
Si la censure est inévitable dans le contexte actuel, l'importance qu'on tend à lui accorder est inacceptable, parce qu'on oublie que sur l'essentiel la censure reste inefficace: et cette inefficacité détourne des vraies questions et empêche la recherche de solutions pertinentes aux vrais problèmes de la pornographie. Ce n'est d'ailleurs que depuis sa relative sortie de la clandestinité que l'on commence à en découvrir la vraie nature.
Nous l'avons mentionné plus haut, c'est par son contexte de représentation et son traitement qu'une image d'activité sexuelle devient pornographique. Or la censure actuelle, dirigée uniquement contre les gros plans de pénis en érection-pénétration-éjaculation ou d'homosexualité masculine, ne se préoccupe aucunement du contexte de ceux-ci, contexte qui charrie les suggestions les plus nuisibles avec ses «associations rituelles du sexe à la mort, du désir au pouvoir, de la femme à la bête, du pénis à une arme, etc.» (Collectif masculin). Ce sont ces associations mentales, agissant clandestinement dans le cerveau, qui entraîneront le plus de suites concrètes dans les comportements quotidiens: sexisme, machisme, domination physique, misogynies agressives ou apeurées, incompréhension du vécu féminin, brisures de communication. La pornographie coupe l'homme de la femme (et aussi des autres hommes) exactement comme le racisme distingue et coupe des autres groupes humains.
Il est là, le principal effet de la pornographie, qu'elle soit «dure» ou «douce», et aucune censure ne s'y attaque. On dira qu'elle devrait refuser alors presque tout le cinéma «ordinaire» et les séries télévisées qui charrient à peu près les mêmes stéréotypes. Eh oui! C'est exactement ce qu'elle devrait faire si elle répondait à une logique réfléchie. Mais elle ne reconnaîtra pas avant longtemps que les images même les plus intimes d'un couple faisant l'amour, l'un et l'autre égaux dans la dignité, le respect et le plaisir, seraient moins pornographiques, parce que moins mensongères, que la plupart des films et séries diffusés aux meilleures heures d'écoute de la télé.
Inefficace dans son travail même elle l'est aussi dans son incapacité à enrayer la diffusion clandestine. Avec la prolifération des lecteurs-reproducteurs de vidéo-cassettes et vidéo-disques, elle le deviendra encore plus. En d'autres mots, la censure n'est qu'un cataplasme. nécessaire pour éviter que le mal ne s'aggrave, elle n'agit pas sur ses causes. Et contrairement à ce que tend à suggérer le débat autour de la censure, celle-ci ne suffit pas à contrer la pornographie. Dans la mesure où elle suffirait à donner bonne conscience à notre société, elle deviendrait pratiquement inacceptable.
Pendant ce temps, un imaginaire érotique n'a aucune chance de se développer. Pour son film, Bonnie Klein aurait voulu opposer pornographie et érotisme sain: impossible, dit-elle, car le bon film érotique n'existe pas et toute image sexuelle, à cause de l'imaginaire faussé dans lequel elle prend place, devient porno. C'est donc à la totalité de l'imaginaire qu'il faut s'attaquer si l'on veut espérer quelques progrès. Ce qui veut dire, à tout le moins, une transformation radicale de l'esprit et des moyens d'action de la censure.
Pour de nouvelles stratégies
Revenons à notre question du début. Personnellement je ne crois pas que quelqu'un puisse lucidement et logiquement opter pour la diffusion libre de la pornographie telle qu'elle existe aujourd'hui, même dans la perspective du «moindre mal» (cette question est fort bien discutée dans les documents proposés à la fin de ce texte). L'influence qu'elle exerce appelle la responsabilité de l'État. D'ailleurs, à défaut d'un consensus pratique (la diffusion augmente au lieu de baisser), il y a au moins un consensus intellectuel sur ce point dans le milieu (et on peut logiquement penser que la très grande majorité des femmes l'appuient).
Je crois aussi qu'il faut s'opposer par tous les moyens à l'officialisation d'une nouvelle catégorie de salles. C'est donc dire que le gouvernement devrait ignorer les mercantiles propagandistes du «X». Mais il doit tout autant ignorer ceux qui réclament une censure plus sévère et l'établissement de critères plus détaillés.
Car si la censure est un des moyens de lutter contre la pornographie - elle est déjà là, et inévitable de toutes facons - elle reste aussi peu efficace que délicate à manier. Sa seule valeur est de limiter certains dégâts, mais elle n'évite pas d'en provoquer d'autres. Dans son application actuelle, en vue de pallier un peu à ces inconvénients, je proposerais qu'elle se fasse plus tolérante en quelque sorte, c'est-à-dire qu'elle laisse passer même des représentations érotiques explicites à condition qu'elles se situent dans un contexte non violent de plaisir, d'égalité et de respect mutuel des sexes. Ceci satisferait, je crois, la plus grande partie des amateurs. En contrepartie, qu'elle sabre énergiquement dans tout ce qui violente et méprise les femmes, qui exploite l'instinct de domination mâle ou qui exploite des enfants. La même règle s'appliquerait aux produits offerts dans les motels, tavernes et bars ou en vente libre.
Difficile à gérer concrètement cette distinction? Pas du tout! André Guérin n'a qu'à inviter Micheline Carrier, quelques cinéastes d'ici bien connues ou les rédactrices de La vie en rose à visionner avec lui les cas douteux! Peut-être même le jury du Bureau de surveillance devrait-il se composer majoritairement de femmes pour quelques années! Il pourrait également envisager, comme cela lui a été souvent suggéré, de fournir aux médias et au grand public un service d'information sur les films qu'il approuve.
Mais ce n'est pas là qu'il faut faire porter le gros de la lutte. Mon collègue critique Michel Houle rappelle (dans un article vigoureux contre la pornographie) qu'aucune loi n'a jamais suffi à faire disparaître le racisme, l'antisémitisme, les préjugés contre les Indiens, l'impérialisme guerrier. Ce sont plutôt des luttes et des interventions sur le terrain, une éducation plus éclairée, qui ont fait évoluer les mentalités et rendu ces comportements socialement inacceptables. Demander à l'État d'intervenir contre la pornographie par le seul biais d'une censure plus tatillonne est en fin de compte une mauvaise stratégie. Je suis de son avis.
Aucune loi, à elle seule, n'éliminera le sexisme, le machisme et la phallocratie. Personne ne pourra, comme ça, décider qu'à partir de demain, les hommes et les femmes auront des comportements égalitaires. Il faut plutôt multiplier les études, les articles, les dossiers, les interventions directes dans le milieu familial ou de travail, les films comme celui de Klein ou ceux d'Anne Claire Poirier(Les filles du Roy et Mourir à tue-tête). ll faut diffuser ces documents dans les écoles, en faire des analyses élaborées. 1l faut parler ouvertement, clairement abondamment de la pornographie, surtout avec les garçons; les filles comprennent toujours plus vite ces choses-là! Il faut aussi encourager les créateurs et les créatrices résolus à cultiver un nouvel imaginaire et à pratiquer une esthétique de la réciprocité: les cinéastes ont aussi quelques responsabilités en la matière, n'est-ce pas?
Et l'éducation sexuelle! C'est le premier pas à faire. Et on a déjà trop tardé!
Y ont-ils déjà pensé, ceux qui s'opposent à l'éducation sexuelle à l'école, qu'ils préparent ainsi les futurs spectateurs des films porno?
Quelques titres pour continuer la réflexion:
Not a Love Story: a Film about Pornography, film de Bonnie Klein
(en
français: C'est surtout pas de l'amour ), disponible à
l'Office national du film.
Le Berdache, numéro 27, février 1982, Dossier; (514-843-8671).
Micheline Carrier, Châtelaine, juin et juillet 1979
Michel Houle, Format cinéma, 1er mars 1982
Mémoire présenté à la Commission d'étude
sur le cinéma et l'audiovisuel par le Collectif masculin contre
le sexisme, concernant la pornographie.
Relations, septembre 1982, p. 230-235