de Jean Cousineau
Le court échange qui a suivi la première projection publique de L'île jaune au cégep St-Laurent fut beaucoup plus intéressant que le film lui-même. Première question au réalisateur: «Qu'est-ce que tu as voulu dire avec ton film?». (Sic). Deuxième question: «Pourquoi avoir situé ton film en octobre 70?» Réponse: «Pour justifier le fait que les policiers perquisitionnement, interrogent et arrètent des gens sans mandat... ces actions policières ne sont elles-mémes qu'un prétexte pour forcer les protagonistes à «fuir» dans leur univers intérieur vers leur enfance...»
Voilà pour l'intention du réalisateur et pour l'anecdote de L'île jaune. Les deux premières séquences lancent le spectateur sur deux pistes intéressantes: l'impact d'octobre 70 sur un couple d'amoureux, lui, jeune professeur de français révolutionnaire (sic) dans un cégep et elle, chômeuse; de plus, ces amoureux sont frère et soeur: l'inceste fait son apparition dans notre cinéma! Mais aucune de ces deux pistes n'est suivie: surgissant dans le décor un peu comme des extraterrestres, indifférents au monde qui les entoure et agissant en tous points comme n'importe quel couple ordinaire, Suzanne et Clément s'enferment dans des rêves naïfs et refont les châteaux de sable de leur enfance.
Une assez jolie photographie en noir et blanc de Martial Filion confère un brin de poésie aux scènes extérieures, surtout sur la grève de l'île. C'est à peu près tout ce qu'on peut souligner de positif avec ce film. Avec son scénario insignifiant et détestable par son utiiisation racoleuse d'Octobre 70, avec une interprétation déficiente chez deux des trois principaux personnages (le recto tono et le manque d'expression de Michel Sébastien, les tics que Jean-Pierre Saulnier promène d'un film à l'autre), et à cause de son décrochage complet par rapport à la situation québécoise de 1970 et d'aujourd'hui, L'île jaune apparaît comme un film complètement inutile. Qu'il soit le premier long métrage d'un jeune réalisateur et que sa production n'ait coûté que $50,000. (aide de la SDICC), n'est pas une excuse valable.
Un film québécois de Jean Cousineau. Scénario: Jean Cousineau. Images: Martial Filion. Musique: Hélène Prévost. Son: André Dussault. Montage: Jean Cousineau et Marguerite Duparc-Lefebvre. Interprètes: Fréderique Collin, Michel Sebastien, Jean-Pierre Sauinier, Francine Morand, Denise Morel, Pierre Gobeil. Producteur: Marguerite Duparc-Lefebvre. Production: Cinak. Caractéristiques: 16mm, noir et blanc. Durée: 90 minutes. Distribution au Canada: Disci Inc.
Cinéma Québec, vol.4, no 3, 1975, p. 9