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LA NÉCESSAIRE SOUVERAINETÉ Dix arguments pour le Québec |
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produit par un réseau des Intellectuels Pour la SOUVERAINETÉ (IPSO)
Michel SEYMOUR (philosophie, U. de Montréal),
Jocelyne COUTURE (philosophie, UQAM), Pierre-André JULIEN
(économie, UQTR), Guy LACHAPELLE (sc. politique, Concordia),
Daniel LATOUCHE (INRS Urbanisation), Jacques-Yvan MORIN (droit,
U. de Montréal), Kai NIELSEN (philosophie, U. de Calgary),
Guy ROCHER (droit, U. de Montréal), François ROCHER
(sc. politique, U. Carleton), Mathieu-Robert SAUVÉ (journaliste),
Geneviève SICOTTE (études françaises, U.
de Montréal), Daniel TURP (droit, U. de Montréal),
Jules-Pascal VENNE (sc. politique, Édouard-Montpetit)
© Michel Seymour, IPSO |
1. Introduction
L'autonomie (1) est au coeur de la vie des peuples comme de celle des personnes. Renoncer délibérément à l'autonomie, s'il était possible d'imaginer cela, serait renoncer à exercer les capacités caractéristiques d'une personne: la capacité de faire des choix, de concevoir des projets, de les exécuter et d'en assumer les conséquences. Lorsqu'une personne cesse d'être autonome, elle cesse d'être une personne libre et responsable. Lorsqu'un peuple cesse de s'affirmer, il cesse d'être un peuple libre et responsable devant les autres peuples et devant ses propres membres. L'autonomie n'est pas un choix : c'est le mode d'existence des personnes et des peuples. On ne choisit pas entre l'existence et le néant. C'est dans ce sens premier et fondamental que nous parlons ici de nécessité. Mais nous parlons aussi de la nécessaire souveraineté , qui est devenue pour les Québécois et Québécoises la seule façon d'exercer leur autonomie. Nous parlons de leur obligation de réagir face aux contraintes extérieures qui limitent leur capacité de faire des choix et leur dénient la responsabilité de leur propre avenir. Nous parlons du devoir qu'a le Québec envers ses citoyens de rétablir les conditions perdues de leur autonomie. Cette nécessité-là est de part en part morale et politique. Dans le débat quotidien sur les "affaires de la cité" se font périodiquement entendre des cris d'alarme, des mises en garde, des appels urgents à penser l'ensemble de notre situation et à prendre notre sort en main. Des voix plus sobres mais non moins pressantes nous rappellent aussi, dans des arguments ponctuels et implacables, que notre économie, notre langue, notre culture, notre administration publique, nos traditions démocratiques s'engluent dans les marécages d'un fédéralisme sans horizons. Ces voix prises une à une disent les écueils que rencontrent les Québécois et Québécoises dans leur quête d'autonomie et leur désir de bâtir une société à la mesure de leurs besoins et de leurs aspirations. Prises ensembles, elles montrent le danger d'un effritement progressif de la société québécoise. Prises ensembles, elles montrent l'urgence et la nécessité de la souveraineté du Québec. Les "affaires de la cité" concernent tous les citoyens; le Québec, pour le meilleur et pour le pire, ne s'est pas fait sans eux. Le temps est venu d'éviter le pire. Mais les affaires de la cité sollicitent en particulier les intellectuels. Ceux-ci ne doivent pas abandonner l'esprit de liberté qui est leur bien le plus précieux. Cela est d'autant plus vrai qu'ils ont joué un rôle déterminant dans le développement du Québec contemporain, et que corollairement, la modernisation du Québec les a servis au plus haut point. Ils ne doivent pas renoncer à leur rôle au moment où les Québécois et Québécoises sont invités à décider de leur avenir collectif. Les intellectuels négligeraient leurs responsabilités s'ils prétendaient que leur désengagement est une garantie de sérieux et d'objectivité. Il arrive un temps où ne rien faire et ne rien dire, c'est en fait entériner le statu quo. Le conformisme, la torpeur et l'inertie qui règnent doivent être surmontés. Comme le suggérait naguère Pierre Vadeboncoeur, il faut prendre la "ligne du risque", et intervenir sur la place publique. Les intellectuels peuvent articuler, préciser et clarifier les idées que leurs concitoyens sentent intuitivement. Ils n'y arrivent pas toujours, mais ils ont le devoir d'essayer. Dans le cas présent, ils peuvent développer de nouveaux arguments pour faire la souveraineté. À l'heure des décisions graves, les intellectuels doivent dire ce qu'ils savent; ils doivent avoir le courage d'en tirer les conclusions, et ils ont le devoir de n'en dissimuler aucune. C'est dans cet esprit que nous avons rassemblé ici dix arguments en faveur de la souveraineté du Québec. Pris séparément, ces arguments montrent comment diverses valeurs auxquelles adhèrent les Québécois et Québécoises sont mises en péril par les politiques qui régissent la vie publique canadienne. Pris conjointement, ils montrent que les aspirations et les projets légitimes des Québécois et Québécoises sont systématiquement compromis par la tutelle du gouvernement canadien, et ils montrent que le peuple québécois, dans ce contexte, est condamné à se confondre dans le grand ensemble canadien. Notre situation n'est pas le fruit du hasard et de la contingence; elle est le fruit, prêt à tomber, d'une conjoncture qu'il faut résoudre. La souveraineté du Québec n'est pas un luxe. C'est une nécessité. Les arguments en faveur de la souveraineté sont nombreux. Après trente ans d'échecs constitutionnels, les perspectives de changement profond du Canada dans le sens des aspirations du Québec sont nulles. Cela consacre à toutes fins utiles la victoire du statu quo. Pire encore, cela annonce des changements inacceptables menant à une centralisation accrue et à un modèle de développement politique, économique et social qui ne convient pas au Québec. Les Québécois et les Québécoises se trouvent donc à la croisée des chemins. Ils doivent choisir leur principale communauté d'appartenance.
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