Les IPSO ne forment pas un parti politique

JOCELYNE COUTURE
Professeur
Département de philosophie
Université du Québec à Montréal

Texte publiČ dans LeDevoir du 7 juillet 1999

Les débats d'idées semblent être, pour certains, une occasion de décocher des flèches ad hominem sans rapport évident avec les idées dont ils veulent débattre. Un exemple en était fourni récemment dans Le Devoir (18 juin 1999). S'attaquant à un récent ouvrage de Michel Seymour, Jacques Pelletier trouve le moyen de vilipender au passage le réseau des Intellectuels pour la souveraineté (IPSO), de l'associer à la promotion d'un soi-disant néofédéralisme et d'inviter les intellectuels indépendantistes à s'en méfier.

Quel est le rapport entre les idées défendues par monsieur Seymour et la mise en accusation du réseau des IPSO? La réponse de Jacques Pelletier est que Michel Seymour a été, dans le passé, président des IPSO et que les idées qu'il défend maintenant confortent «l'option partenariale du Bloc et du Parti québécois». L'inférence est boiteuse? Jacques Pelletier nous fournit d'entrée de jeu le chaînon manquant en présentant les IPSO comme «la composante intellectuelle» d'un vaste conglomérat (les Partenaires pour la souveraineté) «placé sous le contrôle plus ou moins direct du Bloc et du Parti québécois».

La boucle est donc bouclée: pour monsieur Pelletier, les propos tenus en son nom propre par un philosophe qui fut naguère président des IPSO expriment la position officielle des IPSO, ce qui justifie que l'on s'interroge sérieusement sur la question de savoir si le réseau des IPSO ne serait pas une «officine» au service du Bloc et du Parti québécois. La forme interrogative de la conclusion est purement rhétorique puisque M. Pelletier a déjà lui-même affirmé dès les premières lignes de son article que les IPSO, par Partenaires interposés, sont sous le contrôle des «politiques».

J'aimerais rappeler au sujet des IPSO une réalité bien différente. Les IPSO ont été créés le 21 juin 1994 dans le but de promouvoir la souveraineté du Québec. Après la défaite référendaire de 1995, nous avons décidé de faire front commun avec les autres groupes souverainistes issus de la société civile en rejoignant la coalition des Partenaires pour la souveraineté qui regroupait déjà, depuis 1994, de nombreuses associations comme, pour ne citer que quelques exemples, les Artistes pour la souveraineté, les Etudiants pour la souveraineté et les grandes centrales syndicales. C'est ce «vaste conglomérat» que M. Pelletier estime «placé» sous le contrôle du Parti et du Bloc québécois.

Avant de faire une telle affirmation, M. Pelletier devrait lire les conditions qui figurent bien en vue sur le formulaire d'adhésion aux IPSO: «Toute personne qui consacre une partie de son temps aux activités intellectuelles et qui manifeste de l'intérêt pour les débats d'idées peut devenir membre des Intellectuels pour la souveraineté à la condition de souscrire aux objectifs [...] Les objectifs spécifiques sont [...] de contribuer à l'édification du projet national par une réflexion critique et indépendante des partis politiques [...]»

Et avant d'associer les IPSO à une quelconque pensée néofédéraliste, monsieur Pelletier devrait lire aussi le Manifeste des Intellectuels pour la souveraineté, qui énonce sans ambiguïté que le projet souverainiste auquel nous adhérons est celui qui vise à rendre le Québec maître de son destin, c'est-à-dire ayant l'autorité de faire toutes ses lois, de disposer de tous ses impôts et de défendre lui-même ses intérêts dans le monde.

Faute de preuves pour ce qu'il avance, M. Pelletier dispose, à l'entendre, d'une illustration de la mainmise des «politiques» sur les IPSO. L'erreur qu'il répand en suggérant que les propos de Michel Seymour expriment la position officielle des IPSO doit être corrigée sans délais, car elle témoigne d'une incompréhension complète du fonctionnement du réseau des IPSO. Le réseau des IPSO n'est pas un parti politique et il n'a ni ligne de parti ni position officielle. Les membres des IPSO ont en commun d'être souverainistes et de souscrire aux objectifs susmentionnés. Point à la ligne.

La raison pour laquelle nous avons voulu dès le début qu'il en soit ainsi devrait tomber sous le sens de n'importe quel intellectuel; l'indépendance d'esprit, la liberté d'expression et le débat mené dans le respect de l'opinion d'autrui sont des idéaux pour lesquels les intellectuels se sont toujours battus et que nul regroupement d'intellectuels ne saurait renier sans se contredire lui-même.

Monsieur Pelletier conclut son article en disant que les options et les analyses des intellectuels souverainistes «ne peuvent qu'être secondarisées, marginalisées et neutralisées» au sein dès IPSO par un discours hégémonique. Mais ce discours hégémonique, c'est lui-même qui l'invente, en créant de toutes pièces un scénario selon lequel le réseau des IPSO serait contrôlé par les partis et fonctionnerait lui-même comme un parti politique en se donnant des positions officielles qui seraient de surcroît celles d'un seul intellectuel parlant au nom de tous.

Ce scénario ne correspond pas et n'a jamais correspondu au mode de fonctionnement des IPSO. Les membres des IPSO n'avaient ni à endosser ni à récuser les propos de Michel Seymour et ceux qui voudront faire l'un ou l'autre le feront, comme toujours, de leur propre chef et en toute liberté.