Lettre aux intellectuels pour la souveraineté

LE PARTENARIAT
- POLITIQUE du Parti québécois

PENSER et AGIR

Le mardi 16 novembre 1999


Les choses changent vite en notre monde et rien ne nous dit que la conjoncture ne tournera pas à l’indifférence.

Avons-nous la volonté d’agir ? Reconnaissons-nous les obstacles qui nous barrent la route ? Savons-nous bien ce que nous voulons faire ?

Pour l’instant, nous n’occupons pas le terrain et nos objectifs ne sont pas clairs. Il y a beaucoup de confusion: société distincte (la réforme) ? souveraineté ? Meech plus (la réforme) ? nouvelle entente constitutionnelle (la réforme) ? souveraineté -partenariat - politique - structure politique à deux Québec-Canada (sur le modèle européen) ? Toutes ces notions habitent toujours le paysage et aucun consensus ne se fait autour de l’une d’elle.

Quelles sont nos forces ? Nous en sommes encore aux palabres interminables. Nous ne savons pas encore où nos leaders vont, ni non plus nos partis et ils cherchent à gagner du temps pour ne pas avoir à emprunter des voies périlleuses, les voies périlleuses des clarifications. Ils sont honnêtes et sincères, personne n’en doute et il est vrai qu’ils tiennent profondément à faire avancer le Québec.

Mais l’idée qu’ils s’en font est une illusion dangereuse.

Autrement dit, si on veut que la souveraineté prenne le pas sur le fédéralisme et le fédéralisme renouvelé (la réforme), il faut de la clarté. Il faut s’assurer au départ que la notion de souveraineté soit la même pour tous et surtout, que tous soient d’accord sur la souveraineté que doit atteindre le Québec.

La souveraineté n’est pas un pis aller quand, lorsque, parce que tout le reste a échoué. Elle est un bien fondamental, un bien en soi. Elle répond à un besoin stable et profond d’épanouissement.

Dans le cas qui nous occupe, c’est M. Bouchard qui a le gros bout du bâton. Il est premier ministre et c’est lui qui décide de tout. Le parti, les militants, les souverainistes peuvent bien proposer ce qu’ils veulent, c’est M. Bouchard qui en dispose, à son rythme, à sa façon et selon ses propensions.

Nous ne savons strictement rien de la souveraineté - partenariat - politique de M. Bouchard.

Depuis 1995, 4 ans, M. Bouchard n’a jamais été clair sur ses intentions en ce qui concerne le concept flou de partenariat. À un certain moment, il voulait « mettre de la chair autour du squelette ». Puis, rien... n’est venu.

Dernièrement (4 ans plus tard), les propositions d’amendements présentées par la direction du PQ ne prévoient aucun changement au traité de partenariat avec des institutions politiques communes qui avait fait l’objet de l’entente tripartite du 12 juin 1995, et qui avait ensuite été soumis à la population.

Ainsi, on y dit clairement que « par voie de référendum, le peuple québécois sera appelé à se prononcer sur la souveraineté du Québec et sur le dépôt d’une offre de partenariat avec le Canada .

L’entente prévoit qu’il y aurait trois « institutions communes » auxquelles on ajouterait un « secrétariat permanent » comme organe de soutien: le Conseil du partenariat, l’Assemblée parlementaire du partenariat « formée de députés québécois et canadiens désignés par leurs assemblées législatives respectives », le tribunal « pour régler les différends ».

Le Conseil du partenariat
formé à part égale de ministres des deux États-membres, ayant un pouvoir décisionnel quant à la mise en oeuvre du traité (...).

Parce que le Conseil (qu’on pourrait aussi appeler « le Conseil de l’Union Canada-Québec ») aurait un pouvoir décisionnel et que ses décisions devront être unanimes, on a déjà souligné jusqu’à quel point une telle parité entre deux États aussi inégaux, que le Québec et le Canada-hors-Québec puissent avoir chacun le même droit de veto, était questionnant.

Présentement, pour des péquistes de la région de Québec, la nécessité de conclure un traité de partenariat avec le reste du Canada constitue un boulet à la promotion de la souveraineté. Préparant le Congrès national de mai 2000, ces péquistes de la région de Québec étudient la possibilité de biffer cette obligation du programme du parti.

« Stratégiquement, l’offre de partenariat comme donnée essentielle laisse entendre à la population québécoise que le projet de souveraineté n’a pas de valeur intrinsèque, alors qu’elle devrait être présentée comme un bien fondamental. Promouvoir la souveraineté du Québec sans traits d’union, c’est croire aux vertus de la souveraineté ».

« Le partenariat politique ou autre avec le Canada, n’est en rien nécessaire. Le partenariat économique défini par l’ALÉNA nous suffira amplement ».

Mais le concept flou de souveraineté - partenariat - politique relève la tête. L’entourage du premier ministre a mal reçu la charge contre le partenariat. Au huis-clos du conseil national de Drummondville, les ténors du parti ont suggéré avec insistance qu’un tel traité rassure les Québécois.

Qu’en est-il ? Les intellectuels souverainistes du Québec sont plutôt muets sur la question.

Allons voir ce que les Anglais disent. Parmi les Anglais, il y en a qui ne sont pas des énervés, qui n’ont pas « pogné » les nerfs, qui ne sont pas antipathiques au Québec.

Regardons l’opinion de deux éminents intellectuels du Canada anglais qui se sont penchés sérieusement sur le Partenariat que nous présentons aux Québécois: Robert A. Young et Richard Simeon. Bien que privilégiant le fédéralisme, ils ont procédé à une analyse en profondeur, sans a priori et sans partisanerie de notre projet. Ils méritent qu’on s’y arrête.

Robert YOUNG, qui enseigne les sciences politiques à l’Université Western Ontario, dans son ouvrage La sécession du Québec et l’avenir du Canada, Les Presses de l’Université Laval,1995, explique froidement la séparation, l’objet des négociations. Fort d’une vaste documentation et d’une connaissance approfondie du Canada et du Québec, où il a étudié, Young se veut réaliste et présente la réalité, vraisemblable, froidement.

YOUNG NOUS DIT:

Lorsque la séparation aura pris effet, les deux pays entretiendront alors les rapports normaux de deux États souverains. Entre-temps, c’est-à-dire entre le référendum et la séparation, les deux camps négocieront les modalités de la sécession et concluront les ententes relatives à leurs relations futures. Ces ententes deviendront, ipso facto, des traités internationaux. page 178, soulignements ajoutés.

Quels seront les objets, à l’ordre du jour, qui se négocieront:

les forces armées et la fonction publique
les frontières
le droit de passage
la dette
les actifs
les questions environnementales
la citoyenneté
les premières nations
les droits des minorités
la succession du Québec aux traités
les relations économiques et commerciales
la devise et la politique monétaire
les programmes sociaux
autres sujets de négociation (coopération aux frontières, coopération dans les exercices , militaires, coopération entre les forces policières, extradition, sécurité civile, santé publique, éducation supérieure, pêcherie et régimes de taxation).

les deux équipes et les hauts fonctionnaires auront créé le cadre des futures relations bilatérales. pp. 181 à 210

les relations économiques et commerciales: YOUNG nous dit:

(...). Jusqu’à la proclamation officielle de la séparation, lois et règlements existants s’appliqueront uniformément dans les deux États. (...). Les choix seront multiples, depuis les relations minimales exigées par le l’Office mondial du commerce OMC (le GATT) jusqu’à l’union économique. (...) les deux camps ne pourront créer une instance supranationale. (...) le Canada et le Québec ne pourront s’entendre sur la nature de telles institutions communes. Ils buteront sur la détermination du mode décisionnel: le Québec n’acceptera pas que les décisions soient prises à la proportionnelle (24 %, 76 %), le Canada refusera qu’elles le soient sur le mode paritaire (50 %, 50%). (...), aucune nouvelle institution ne sera créée. page 198, soulignements ajoutés

En outre, nous dit YOUNG, l’Ouest du Canada s’opposerait à toute institution qui accorderait au Québec un mot à dire dans ses affaires. Le camp canadien visera d’abord à préserver l’unité nationale. Du reste, le fédéral à lui seul ne peut entériner un accord qui, constitutionnellement, influerait sur des domaines de juridiction provinciale. On sera, en outre, en pleine réécriture de la constitution et personne ne voudra y voir d’institutions supranationales.

YOUNG rappelle que monsieur Parizeau était parfaitement conscient de tout cela. Il cite M. Parizeau qui était interrogé en 1993 sur ce problème. M. Parizeau:

Il ne faut pas rêver et demander la lune (...). Et, déjà pas très contents que le Québec devienne souverain, ces Canadiens anglais, pour nos beaux yeux, pour nous faire plaisir, pour imiter vaguement ce que certains croient qu’il se passe, en Europe de l’Ouest, n’accepteraient ainsi de chambarder leur vie politique, eux qui ont toujours refusé d’accorder le moindre pouvoir additionnel au Québec et pour qui l’égalité des provinces est un principe sacré. page 200.

Bref, nous dit Young, le Québec et le Canada ont intérêt à instaurer un environnement stable, à conserver les avantages d’un espace économique commun et même à voir réciproquement prospérer leur économie (qui représente un important marché). page 200

Les relations économiques Québec Canada auront les caractéristiques d’un Accord de libre-échange (ALÉNA): traitement national, libre circulation des capitaux, accès aux approvisionnements public et autres avantages. Un traité qui profite aux deux parties. Mais (la réalité), il ne saurait être question de partenariat - politique, de structure - politique - Québec - Canada. page 203

Voilà qui éclaire.

L’Institut C.D. Howe, mai 1998, le think tank du Canada anglais, fait une analyse approfondie ainsi qu’un commentaire fouillé du Partenariat proposé par le PQ. Richard Simeon est l’auteur de cette opinion. Simeon est professeur invité au département des études canadiennes à l’université Harvard et chercheur auxiliaire à l’Institut C.D. Howe. Il est en congé de son poste de professeur de sciences politiques à l’Université de Toronto.

L’Institut C.D. Howe, c’est le milieu financier, la haute finance, du Canada anglais. C’est sérieux. Ils commandent des études pour se faire une opinion. Dans le but d’être bien éclairé, lorsqu’ils auront, éventuellement, à prendre des décisions. Ils veulent avoir l’heure juste.

Richard Simeon, donc, analyse froidement les diverses formes de relations qui pourraient se créer, l’importance du partenariat pour les souverainistes et les avantages et inconvénients que cela représenterait dans diverses régions et divers secteurs. Il examine également la dynamique politique et économique qui entourerait une sécession et la négociation de nouvelles relations.

Il conclut qu’un partenariat - fondé sur un traité unique et mettant en jeu une série d’institutions permanentes chargées de prendre des décisions collectives sur des questions débordant les affaires économiques - serait inacceptable pour le reste du Canada comme pour le Québec et qu’il serait, de toutes façons, à peu près impossible de négocier ou de fonctionner.

Il vaudrait mieux, nous dit Simeon, conclure un accord de libre-échange limité et une série d’ententes spéciales cumulatives et souples là où les besoins communs le dicteraient. Mais des liens ténus de ce genre ne seraient pas le partenariat que beaucoup de Québécois espèrent ou escomptent.

Après un « oui » au référendum et après les négociations qui s’ensuivraient, à quoi pourraient bien ressembler les relations entre le Québec et le nouveau Canada ?

Aux pages 32 à 39, Richard Simeon nous dit:

« La plupart des discussions sur l’éventualité d’un partenariat entre le Canada et le Québec laissent penser (ou supposer) qu’il prendrait la forme d’un seul document ou traité qui énoncerait dans le détail les secteurs de partage des décisions ainsi que la structure, les pouvoirs et les règles décisionnelles du cadre institutionnel. Il y aurait une seule entente exhaustive (probablement sous réserve de modification selon une formule convenue).

Ce Commentaire a cependant montré que ce genre d’entente serait quasiment impossible à réaliser. (...)

Des ententes spéciales multiples.

Une autre approche pourrait se révéler fructueuse. Une démarche cumulative, spécifique et provisoire pourrait passer par non pas une, mais de nombreuses ententes, chacune ayant trait à des questions différentes et conclue avec des participants différents et selon des règles décisionnelles différentes. Il y faudrait un document de base sur les termes de la séparation et sur des questions importantes comme la dette, les employés, l’actif, etc. Ce document pourrait également énoncer l’engagement général des parties à collaborer dans les domaines qui seraient mutuellement profitables et, peut-être, une entente limitée de libre-échange (ou sur l’appui qui serait apporté à l’accession du Québec à l’ALÉNA). Mais ce serait tout. (...)

Dans bien d’autres domaines, il ne serait pas du tout nécessaire d’instaurer de règles décisionnelles ni de procédures de votes officielles: la consultation et l’échange d’information suffiraient, chaque gouvernement étant responsable de l’élaboration et de l’application de sa propre politique. (...)

(...) le fait que beaucoup d’ententes n’exigeraient que la consultation signifie que l’on éviterait le plus souvent le problème des règles décisionnelles. Comme on l’a vu au début, ce problème est quasiment insoluble dans le cadre d’une confédération à deux unités. Le partenaire le plus important ne saurait accepter que les deux aient un vote égal, et toute autre solution placerait le moins important dans une position minoritaire permanente. (...)

Une règle décisionnelle unanime peut provoquer la paralysie. Chaque partie ayant un droit de veto sur les questions importantes, il y a peu de raisons de trouver des compromis et il n’y a aucun mécanisme de déblocage. (...)

Le lecteur se demandera peut-être s’il n’a pas déjà vu ce genre d’entente quelque part. Il l’a vue en effet. Les relations entre le Canada et les États -Unis ne sont pas seulement réglées par l’ALÉNA. L’accord a été précédé et est encore accompagné par une myriade d’autres ententes, d’envergures variables. Certaines lient les gouvernements du Canada des États-Unis, d’autres ont été conclues entre des provinces et des États voisins. Certaines, comme la Commission mixte internationale, existent depuis longtemps, d’autres sont temporaires. L’interdépendance et l’intégration donnent lieu à toutes sortes de solutions, même en l’absence d’institutions politiques obligatoires pour gouverner le partenariat. C’est peut-être ce modèle qui conviendrait le mieux au Canada et à un Québec indépendant. (...)

J’ai circonscrit plusieurs raisons pour lesquelles il valait mieux envisager des relations larges. Entre le Québec et le reste du Canada, le degré d’interdépendance et la profondeur des liens - qu’il s’agisse des entreprises, de la main-d’oeuvre, des marchés financiers, des citoyens ou des groupes - sont de loin supérieurs à ce qu’il en est des relations de deux pays distincts, même le Canada et les États-Unis. Le maintien et l’élaboration de ces relations seraient effectivement très importants après un vote positif au référendum. Il y faudrait plus qu’une intégration négative telle qu’elle est stipulée par quelques règles sur la liberté de commerce. On aurait également besoin de mesures permettant de maintenir une intégration positive dans l’infrastructure, les communications et les institutions financières.

L’intégration positive exige non pas un ensemble unique et définitif de règles, mais plutôt une suite d’adaptations évolutives en fonction de la situation, faute de quoi, l’intégration économique du Québec et du reste du Canada se détériorerait probablement rapidement. (...)

Plus généralement, il serait extrêmement difficile de faire fonctionner une confédération à deux unités. Le problème des règles décisionnelles semble insoluble. (...)

La réponse à mon avis, est qu’il pourrait et devrait y avoir des relations, mais pas sous la forme proposée par le PQ dans sa législation actuelle: il s’agit d’une sorte d’entente-cadre énonçant la liste des fonctions partagées et énumérant série d’institutions nanties de pouvoirs spécifiques et assortis de règles décisionnelles. La promesse du PQ aux Québécois - que, avec la souveraineté et un partenariat, la vie ne serait pas très différente de ce qu’elle était auparavant - ne saurait être tenue ni avec ni sans un partenariat de ce genre. (...)

Ce genre d’ensemble informel d’ententes pourrait s’accompagner de certaines autres ententes, par exemple: 1) l’entente essentielle, conclue dans les premiers jours suivant la séparation et nécessaire pour contenir les premières retombées économiques et politiques d’un vote en faveur pour la souveraineté; 2) les termes de la séparation proprement dite; 3) un accord de libre-échange limité sur le modèle de l’ALÉNA et peut-être intégré à cet accord.

En bref, même dans le scénarios le plus optimiste, les relations qui se développeraient après un « oui » ne constitueraient pas un partenariat. Il n’y aurait pas d’union Canada-Québec comme il y a une Union européenne parce que l’UE traduit un processus d’élaboration, la convergence de pays auparavant indépendants, alors que le partenariat entre le Canada et le Québec serait le résultat d’une défection dans le cadre d’une structure fédérale déjà existante. Si semblable que le résultat semble, la dynamique serait fort différente. (...)

Certains souverainistes, dont Jacques Parizeau, pourraient être rassurés par cette analyse. Ce genre d’entente est tout ce qu’ils veulent vraiment de toutes façons. Mais ce n’est pas le partenariat que le PQ a présenté aux Québécois, non plus que c’est ce que les Québécois veulent et espèrent s’ils votent pour la souveraineté. « (...)

aux pages 32 à 38, soulignements ajoutés.

REMARQUES préliminaires.

Il semble, malheureusement, que Richard Simeon a raison, et que Robert Young a raison aussi. Disons que les raisons qu’ils exposent sont claires et convaincantes, les conclusions qu’ils tirent reflètent la réalité.

Suite à un « oui clair » à une question claire, il y aura un traité, peut-être un accord de libre-échange économique Québec - Canada, une entente économique qui profite aux deux parties.

Il est clair que les Canadiens anglais réagiront avec colère et ressentiment. Nous les comprenons. Mais placés devant un « oui » clair à une question claire, ils accepteront vraisemblablement, pour ne pas compromettre leur propre sécurité financière (ils ont, eux aussi, des fonds de pension, etc.), de négocier l’incontournable (division des avoirs et de la dette, circulation des gens et capitaux}, etc., mais le partenariat au sens où le voulait ou le voudrait encore le PQ sera exclu du tableau.

Nous le comprenons. De toute façon, une entente à deux fondée sur le modèle de l’Union européenne (l’Europe des 15) avec des mécanismes de codécision aurait été et serait impraticable (donc non souhaitable). Contrairement à l’Union européenne des 15, à deux, les consensus (au surplus, dans le contexte d’une séparation) auraient été et seraient difficiles à trouver. La règle de l’unanimité paralyserait le processus de prise de décision.

La réalité, plutôt, suite à un « oui » clair à une question claire, c’est qu’il y aura une entente économique, peut-être une entente de libre-échange économique semblable à l’Accord de libre-échange nord-américain. Une entente qui profite aux deux parties.

Que faut-il en déduire ?

Depuis 1995, 4 ans, M. Bouchard n’a jamais été clair sur ses intentions en ce qui concerne le concept de partenariat. À un certain moment, il voulait « mettre de la chair autour du squelette ». Puis, rien... n’est venu. À la lumière de ce qui précède, on comprend pourquoi. Il ne le peut pas.

L’importance de l’association - partenariat - politique dans cette stratégie est fondamentale.

En résumé, selon cette approche, l’union politique canadienne serait radicalement transformée. L’association - partenariat serait prise en charge par un nouvel ensemble d’institutions créées de concert par les gouvernements du Québec et du Canada. Les décisions seraient unanimes et appartiendraient à un Conseil du partenariat composé de ministres (qu’on pourrait aussi appeler Conseil d’Union Québec - Canada). Il y aurait également l’Assemblée parlementaire du partenariat, où le Québec aurait 24-25 % des membres, une cour de justice pour l’association - partenariat, le tribunal, et un secrétariat permanent coordonnerait le partenariat. Le principe général réglant le processus décisionnel serait la parité. Les décisions du Conseil seraient prises à l’unanimité, tandis que la cour devrait être composée d’un nombre égal de juges désignés par chacun des gouvernements et d’un président nommé par les deux.

La mesure dans laquelle ces pouvoirs permettraient au Québec de pratiquer des politiques vraiment autonomes seraient extrêmement entravés par l’association-partenariat politique. Le «dilemme», pour les souverainistes, était et reste que, pour obtenir l’appui population à la souveraineté ils «estiment» qu’ils doivent l’assortir de garanties convaincantes concernant le maintien des liens « politiques » avec le Canada.

Ce dilemme oriente la stratégie.

Alors que si l’indépendance, et non l’association, était l’objectif global, il se réaliserait avec ou sans la collaboration du reste du Canada. Quant aux relations qui seraient nouées, elles dépendraient du besoin du reste du Canada de s’adapter, si à contrecoeur que ce soit, à la réalité d’un Québec indépendant, du moins pour autant que celui-ci en aurait besoin... dans un accord économique ou un accord de libre-échange économique.

Dans un cas, on voudrait se référer et imiter vaguement ce que certains croient qu’il se passe en Europe (Europe des 15). Dans l’autre, on se réfère à l’Amérique, à l’Amérique du Nord, aux relations politiques et économiques telles qu’elles ont cours en Amérique, en Amérique du Nord.

Ajoutons, à la lumière des analyses de Young et Simeon: non seulement cette approche de souveraineté sans un partenariat - association - politique, avec un accord économique, un possible accord de libre-échange économique est-elle réaliste, mais, en Amérique, en Amérique du Nord, elle est historiquement et sociologiquement juste.

Le Québec, c’est ici. Et ici, c’est l’Amérique. Avec des accords économiques et des Accords de libre- échange économique.

Il y a une variable psychologique que nous ne sommes pas encore arrivée, par notre travail, notre pédagogie, nos stratégies et tactiques, à résoudre. L’association - partenariat politique illustre le fait que beaucoup de Québécois, même souverainistes, continue d’éprouver un attachement profond pour le Canada. Yvon Deschamps l’a dit: ce que les Québécois veulent vraiment, c’est un Québec indépendant dans un Canada fort et uni. Ou encore Louis Balthazar: Nous voulons être avec vous, sans faire partie de vous.

Face à cette difficulté, quelle est notre approche ? Un exemple. Au Bloc québécois, le représentant officiel sur la question, depuis 1995 M. Daniel Turp a dit et écrit à plusieurs reprises que « les Québécois sont également déterminés à créer de nouveaux liens avec le pays voisin, avec lequel ils désirent créer une forme nouvelle d’union, amicale et paisible, que l’on pourrait appeler, pour les besoins de l’histoire et de la continuité, l’Union canadienne.

Pensez-y bien... Les propositions qui voudraient définir le nouveau Canada (la réforme) traînent dans le paysage...

Naïveté ? Opportunisme ? Manipulation de la part de nos élites politiques ? Cynisme ? Ne faisons pas de procès d’intention.

Mais si l’objectif est d’ordre économique, pourquoi y adjoindre les éléments politiques ? Quelles sont les conséquences d’une telle approche ? Il y a beaucoup de confusion sur les objectifs du Partenariat - association - politique. Et la confusion ne peut pas, à moyen terme et à long terme, nous faire avancer.

Les Québécois se voient comme une communauté distincte, ont conscience d’être une communauté distincte mais ne voient pas, ne tirent pas toutes les conclusions et conséquences qui en découlent. C’est-à-dire être présent et agir, sans collectivité interposée, à l’intérieur et à l’extérieur, dans nos relations avec les autres, les autres sociétés, les autres cultures, les autres nations, les autres pays, le monde, dans nos échanges économiques, politiques et culturels.

La question du Québec souverain, nos stratégies et nos tactiques, mettent l’emphase sur notre lien avec le Canada. Tout se passe comme si un statut de société distincte, un statut particulier, un fédéralisme décentralisé (la réforme) serait suffisant, nous accorderait une plus grande autonomie, une autonomie qui serait suffisante. Cela crée et maintient une attente d’autonomie provinciale, qui n’est pas une véritable autonomie interne et cela évacue l’essentiel qui est l’autonomie externe combinée à l’autonomie interne.

Quand nous ne mettons pas l’emphase sur cet aspect essentiel de la souveraineté, l’autonomie externe, nous entretenons le rêve des Québécois francophones, redevenus canadiens-français ou pas loin, de recevoir l’attention, la reconnaissance qu’ils recherchent du Canada anglais. Or, par la souveraineté, nous cherchons à nous sortir de cette quête d’attention, de reconnaissance du Canada anglais. Parce que, même si le Canada anglais nous traitait avec attention, justice et attention, reconnaissance, nous n’aurions pas l’essentiel qui est l’autonomie interne et l’autonomie externe, qui est d’agir par soi-même, à l’intérieur et à l’extérieur, et, à l’extérieur, l’autonomie externe, il s’agit d’être présent soi-même, d’agir par soi-même, dans nos relations avec les autres, les autres sociétés, les autres cultures, les autres nations, les autres pays, le monde, dans nos échanges économiques, politiques et culturels, et ce, sans collectivité interposée.

Les sondages ne font pas l’opinion, mais ils la reflètent à un moment précis. Il leur arrive de ne refléter que des caprices passagers mais aussi, il leur arrive qu’ils reflètent des opinions véhiculées, par les élites politiques, souverainistes y compris, qui se maintiennent alors de consultation en consultation, et finissent par agir sur l’esprit des gens.

Un grand nombre de Québécois pensent que, une fois le Québec souverain, ils continueront d’envoyer des députés au Parlement du Canada (rien de fondamental n’aurait changé).

D’après un sondage Léger et Léger en 1996,
58,4 % des répondants - chiffre remarquable - estiment que « quelle que soit l’entente entre le Québec et le Canada, le Québec devrait faire partie du Canada.

À la veille du vote d’octobre 1995,
46 % , seulement, des électeurs comprenaient qu’en cas de OUI, le Québec deviendrait un pays indépendant même en cas d’échec des négociations avec le Canada anglais,
17 % étaient convaincus que l’indépendance ne surviendrait qu’en cas de réussite.

À la veille du vote,
63 % disaient que le Québec devrait demeurer une province du Canada
(21 % du OUI),
comme si la souveraineté recherchée est celle d’un État-membre d’une fédération.

Ces Québécois croient donc que la souveraineté - partenariat n’est qu’un changement mineur, alors que, en fait, tout aurait changé. En un sens, dans l’esprit de beaucoup d’électeurs québécois, le fédéralisme renouvelé (qui suppose la reconnaissance du Québec comme société distincte nantie de pouvoirs spéciaux) et la souveraineté - partenariat sont des solutions qui ont beaucoup en commun.

Ces réponses traduisent une confusion, qui traduit peut-être (?) le résultat de notre pédagogie, de nos stratégies: beaucoup de Québécois ne sont donc que des souverainistes partiels et réticents.

Conséquences de la stratégie de la souveraineté-association-partenariat-politique

Dans ces conditions, après un « oui », à la souveraineté - partenariat - politique, le camp fédéraliste sera tenté de trouver les moyens d’explorer les significations et les nuances du vote (les « conditions gagnantes » existent-elles ?, les conditions gagnantes existent-elles toujours ?) de façon à ce que les négociations qui s’ensuivraient ne porteraient pas - du moins initialement - sur les conditions de la séparation avec ou sans partenariat, mais seraient l’occasion d’envisager une série de possibilités, dont certaines n’ont peut-être pas encore été envisagées.

Dans ces conditions, autre répercussion de la souveraineté - partenariat - politique.

Il sera dans l’intérêt des fédéralistes de procéder par étape, afin d’intégrer au processus suffisamment de stades ou d’éléments décisionnels pour qu’il soit possible de reconsidérer les options et les alternatives, réévaluer les conclusions, envisager de nouvelles avenues et suivre et laisser s’exprimer les réactions des citoyens... En ce sens, un vote positif pourra être considéré, voire sera considéré par les fédéralistes non pas comme une fin mais comme le début d’un processus d’exploration de divers types de modèles de fédéralisme renouvelé.

À cet effet, rappelons un passage, généralement passé inaperçu chez nos intellectuels souverainistes et notre élite politique souverainiste, du Renvoi de la Cour suprême fédérale du Canada du 20 août 1998, Renvoi relatif à la sécession du Québec:

No 151, page 30:

(...) « Les négociations qui suivraient un tel vote porteraient sur l’acte potentiel de sécession et sur ses conditions éventuelles si elle devait effectivement être réalisée. Il n’y aurait aucune conclusion prédéterminée en droit sur quelque aspect que ce soit. » (...).

C’est l’opinion politique d’une Cour suprême fédérale du Canada anglais qui parle, pour le Canada anglais. Vous décidez, vous votez démocratiquement la sécession, et vous devez négocier, non pas les modalités d’accession à la souveraineté, mais l’acte potentiel de sécession. Et il n’y a aucune conclusion prédéterminée. Obligation de négocier, cela, ou autre chose. On pourrait négocier autre chose. On ne peut pas être plus colonisé que ça. Il y en a qui croient naïvement que, après un « oui », le Canada anglais laisserait tomber toute résistance et se plierait de bonne grâce au diktat du Québec. Les fédéralistes pourront s’accrocher et s’accrocheront à cette bouée de sauvetage.

Un référendum. Obligations pour le Québec: une question claire, une réponse claire. Il ne peut pas dès lors faire sécession. Il faut aller voir le maître colonisateur, qui peut dire non (si le fédéral ne veut pas d’un Québec souverain).

Celui-ci peut négocier n’importe quoi, y compris la sécession, mais il n’a pas l’obligation d’arriver à la conclusion de la réponse conforme à la question claire. Plus colonisé que ça, on meurt.

Le Canada anglais a l’obligation de négocier de bonne foi. Cela veut dire dans son propre intérêt. Au plan juridique, sa position de négociateur de bonne foi est la suivante: ce n’est pas ça qu’il faut, voici pourquoi; il peut dire non, expliquer pourquoi et l’obligation est satisfaite, au plan juridique. Une partie est de bonne foi, si elle défend bec et ongles son intérêt. Et leurs intérêts sont différents de nous. La vision juridique de la Cour suprême est à l’effet que nous sommes une colonie. Ici, il y a une colonie intérieure, le Québec, où le maître colonisateur n’a aucune obligation de négocier les modalités d’accession à la souveraineté après un vote démocratique, d’une majorité démocratique, au Québec, qui veut, décide et dit AU MONDE, voici ce que nous voulons, démocratiquement. C’est écrit noir sur blanc. « Les négociations qui suivraient un tel vote porteraient sur l’acte potentiel de sécession et sur ses conditions éventuelles si elle devait effectivement être réalisée. Il n’y aurait aucune conclusion prédéterminée en droit sur quelque aspect que ce soit. « (...).

Au plan politique, la seule chose qui comptera pour nous au Québec, c’est la fermeté de l’opinion publique québécoise qui maintiendra oui c’est ce que nous voulons, la souveraineté.

En outre, cette opinion de la Cour suprême fédérale du Canada a un autre intérêt: la reconnaissance de la part de la Cour que le Québec peut déclarer unilatéralement son indépendance, la souveraineté, mais que cela ne va marcher que s’il obtient la reconnaissance internationale. Il est clair et évident, au jour d’aujourd’hui que ça ne se fera jamais autrement. Impossible de penser que cela pourra se faire par la négociation. Une chose intéressante, l’importance d’aller chercher des alliés à l’étranger.

Tout milite donc en faveur de la nécessité d’une position claire, sans ambiguïté.

Le jour de la négociation, les fédéralistes ont une arme supplémentaire. La négociation, nous dit le renvoi de la Cour suprême porte d’abord sur l’ACTE potentiel DE SÉCESSION, aucune promesse de résultat. Les juges tiennent compte que la majorité est difficile, si les fédéralistes utilisant l’arme de la Cour suprême, font traîner les choses... GALLUP va leur dire que la majorité a changé.

Le jour où la menace sera réelle, le jour où le Québec choisira la Souveraineté, on verra au Canada anglais une levée de boucliers sans précédent. La très grande majorité des Anglo-Canadiens croit au Canada et voit d’un très mauvais oeil la séparation du Québec.

Le partenariat politique nous place dans une position vulnérable. Avec la souveraineté - partenariat - politique, à mesure que les répercussions de leur vote deviendront plus claires, beaucoup de Québécois risquent de vouloir reconsidérer les choses et de demander qu’on leur en donne l’occasion. Et la camp fédéraliste poussera dans cette direction...

On menacera, on exigera l’entrée en scène de la Gendarmerie royale et de l’armée, on parlera de blocus économique, on criera à la trahison, on multipliera les pressions internationales et on déchirera ses vêtements sur la place publique. En somme, on fera tout ce qu’il est possible de faire pour stopper le projet.

Les propositions qui voudront renouveler le Canada (la réforme) traîneront dans le paysage.

Aucun premier ministre du Canada n’acceptera sans se battre farouchement la déclaration d’indépendance du Québec.

Soyons plus réalistes, mon Dieu Seigneur ! Ne sous-estimons pas le camp adverse. Nous sommes toujours entourés d’adversaires puissants qui n’hésiteront pas à tout mettre en oeuvre pour bloquer le projet souverainiste

Cela ne nous empêchera pas d’avancer si, et seulement si, nous avons toujours été très clairs et avons été clairement compris. Alors, si nous avons été clair et si restons fermes dans notre décision, rien ne pourra nous arrêter.

Mais nous devons prendre conscience dès maintenant qu’on nous opposera une force considérable et que nous devrons être prêts à y faire face. Nous devons surtout nous y préparer psychologiquement plutôt que de nous complaire dans le rose bonbon de nos conversations de salon, entretenant l’illusion du partenariat-association-politique.

Que nous faut-il faire ?

Il faut simplifier les objectifs.

En même temps, il faut sentir l’urgence de la situation. C’est maintenant qu’il faut agir.

Il ne doit y avoir qu’un seul objectif et c’est celui de la souveraineté du Québec. Si on le répète encore aujourd’hui, c’est que la chose n’est pas aussi évidente qu’elle le paraît. Il faut simplifier les objectifs...

Voilà longtemps, notamment cela fait déjà quatre ans, qu’on tourne autour du pot en souhaitant que la pensée magique de la souveraineté - partenariat - politique nous plonge tous, un jour, dans un pays souverain. Nous ne sommes pas là pour pleurer le passé, mais pour préparer l’avenir.

La souveraineté n’arrivera jamais dans notre vie collective sans beaucoup de clarté et sans beaucoup de travail. Ni magie. Ni soudaineté. Ni facilité. La souveraineté. De la vérité. De la clarté. Et du travail. Du travail soutenu, incessant, à long terme, dans la clarté.

En réalité, tous ceux qui ont suivi ce dossier savent très bien que cette superstructure, boiteuse, échafaudée à la sauvette, n’avait aucune chance de se concrétiser au lendemain d’une victoire du oui. C’était simplement une astuce.

Reconnaît-on que la souveraineté - partenariat - politique est née de faux-fuyants, de fuite en avant et a fini par jeter les troupes et la population dans la confusion la plus totale.

Le Centre de recherche et d’information sur le Canada (nos adversaires, une excroissance du Conseil pour l’unité canadienne) a confié à la maison CROP le mandat de sonder les Québécois et à la firme Environics Research Group le soin de sonder les Canadiens. Cette enquête d’opinion a été réalisée après de 1000 personnes entre le 9 et le 21 septembre 1999.

La souveraineté - partenariat plonge les Québécois dans la confusion. Il en ressort que les Québécois n’ont pas une idée très claire de ce que signifie le concept de souveraineté - partenariat:

dans l’hypothèse où la démarche amorcée par le gouvernement Bouchard aboutissait à la souveraineté - partenariat

52 % comprennent que le Québec quitterait le Canada
alors que
34 % sont d’avis contraire.
Mieux encore
64 % savent que le Québec ne sera plus en mesure d’élire des députés à la Chambre des communes
mais
26 % croient que ce sera toujours possible
34 % , enfin, sont convaincus qu’ils demeureront des citoyens canadiens;

en reformulant la même question qui fut posée au référendum de 1995 sur la souveraineté - partenariat

48 % NON répartition au prorata 56 %
38 % OUI 44 %
14 % indécis

au Canada anglais
34 % seraient disposés à négocier un partenariat politique avec le Québec
51 % reconnaissent que la négociation d’un partenariat économique serait inévitable.

En outre, les résultats du sondage nous disent:

63 % des Québécois préféreraient le maintien du statu quo à l’indépendance complète.
27 % des Québécois voteraient pour la souveraineté « pure et dure », l’indépendance.
38 % des Québécois voteraient pour la souveraineté - partenariat.

Or, si l’idée de souveraineté régresse et n’arrive plus à avancer depuis 1995, c’est qu’elle est toujours encombrée de toutes sortes de variantes qui nous empêchent de la voir dans toute sa clarté.

Nous devrions être tristes de la confusion qui règne dans notre camp. Notre camp, c’est celui des souverainistes. Il y en a de toutes sortes et ils sont loin de partager le même objectif. C’est la grande illusion. Tous croient marcher dans la même direction alors que c’est complètement faux.

Il y a ceux qui ont peur de l’indépendance.

De 100 % soustrayons 27 %: résultat: 73 % 27 % souveraineté, indépendance
De 100 % soustrayons 38 %: résultat: 62 % 38 % souveraineté-partenariat-politique

De 38 % soustrayons 27 %: résultat: 11 % souveraineté-partenariat-politique - souveraineté « pure et dure », indépendance

Entre 38 % et 27 %, il y a 11 %. Quelques-uns de ces 11 % sont sans doute souverainistes, indépendantistes, mais la grande majorité, de ces 11 %, cherche encore une solution qui ne va pas si loin. Quel est leur objectif ? On n’en sait trop rien.

Il y a ceux qui ont peur de l’indépendance. Qui n’affirmeront jamais qu’il faut la faire. Au contraire, ils vont continuer jusqu’à la dernière minute, à cause des élites politiques, notamment souverainistes, à chercher le moyen de dire qu’elle est rétrograde.

Or, souveraineté et indépendance sont synonymes. Pourquoi s’en cacher. Pourquoi ne pas faire l’effort de la pédagogie. Un vrai pédagogue explique, dissipe la confusion, ne fuit pas l’explication. Sinon, nous n’avançons pas.

Curieusement, le vice-premier ministre du Québec M. Bernard Landry, octobre 1999, affirme:

« Même moi, je ne suis pas sûr si je répondrais oui à une question qui porterait sur l’indépendance, parce que ce que je veux, c’est la souveraineté-partenariat ».

Dissipons un moment la confusion. Rappelons ce que nos élites politiques, nos élites intellectuelles, et nous tous qui sommes souverainistes devons dire et faire comprendre.

L’indépendance et la souveraineté sont toujours limitées. Même la nation la plus forte doit tenir compte des autres nations. Maurice Séguin, dans Les Normes, Guérin, 1999, aux pages 163 et 233 nous dit:

« Ambiguïté des termes indépendance et souveraineté.

Indépendance ne saurait vouloir signifier « ne pas dépendre » d’une manière absolue - ne pas avoir à tenir compte des autres, ne pas subir d’influences, ne pas être limités par les autres. Définition de l’indépendance: tenir compte des autres, mais agir par soi-même. Indépendance n’est pas synonyme d’agir sans les autres. L’essence même de l’indépendance c’est d’agir par soi-même.

Souveraineté doit être également entendu comme s’appliquant à une autorité rencontrant certaines restrictions. Même les « souverains absolus » étaient limités à l’intérieur et à l’extérieur. Définition de la souveraineté: tenir compte des autres, mais agir par soi-même. Souveraineté n’est pas synonyme d’agir sans let autres. L’essence même de la souveraineté c’est d’agir par soi-même. »

Agir par soi dans la collaboration. Les deux mots importants sont: PAYS et SOUVERAIN.

On peut ergoter longtemps sur la signification réelle de ces deux mots, mais je pense qu’ils veulent dire la même chose pour la plupart des gens. Mais si on veut s’assurer qu’ils ne fassent pas l’objet de définitions diverses, il suffit de leur donner le sens que Larousse leur accorde:

« PAYS: territoire d’une nation, nation, État. »
« SOUVERAINETÉ: pouvoir suprême reconnu à l’État, qui implique l’exclusivité de sa compétence sur le territoire national et son indépendance dans l’ordre international, où il n’est limité que par ses propres engagements. »

On ne peut être plus clair. On ne peut même pas continuer à entretenir la confusion entre les mots souveraineté et indépendance, puisque l’indépendance est partie intégrante de la souveraineté.

Non seulement la définition de Larousse est-elle claire, mais elle est historiquement et sociologiquement juste.

La définition du dictionnaire ne devrait plus laisser de doute dans l’esprit de personne et c’est celle que nous devons retenir tous, y compris nos élites politiques, pour éviter que chacun y aille de sa propre définition, de ses propres concepts, de ses propres préjugés...

Il est facile de dénoncer les adversaires du Québec, mais il est beaucoup plus difficile de dénoncer M. Bouchard qui croit honnêtement que le Québec a intérêt à conquérir sa souveraineté.

Pourtant, il faut le faire car personne d’autre que M. Bouchard ne peut freiner avec autant d’efficacité le mouvement souverainiste. Il laisse traîner les choses en longueur, sans aucun travail (du travail continu, soutenu sur la souveraineté elle-même, du travail à moyen terme, à long terme, du travail, indépendamment des contextes), de la base militante sur le terrain, puis il proposera une solution qui aura les apparences de faire avancer le Québec.

Car nous sommes dans un cercle vicieux. On constate que la souveraineté est une idée largement appuyé, mais qu’on hésite beaucoup à faire le saut sans l’assurance d’une association. On propose un « nouveau partenariat économique et politique » entre un Québec souverain et le reste du Canada (qui a été signée le 12 juin 1995). C’est en vertu de sa souveraineté que le Québec serait en mesure de discuter « de peuple à peuple, d’égal à égal avec ses voisins du Canada anglais ».

Personne, chez les souverainistes, n’évalue le caractère plausible et faisable du projet de partenariat...

Une fois que les souverainistes auront obtenu leur majorité - autrement dit, une fois les poissons dans le filet -, l’idée du partenariat aura fait son temps et sera rapidement abandonnée. Et, nous nous retrouvons dans une situation extrêmement vulnérable.

Cela aurait pu marcher, à court terme (de juin 1995 à octobre 1995), mais ne peut pas marcher à long terme: on peut leurrer tout le monde une fois (court terme), mais on ne peut pas leurrer tout le monde tout le temps (à moyen terme et à long terme).

Quand la moitié de la population est d’avis qu’il faudrait donner une dernière chance au fédéralisme, quand une majorité de Québécois disent non à l’indépendance, quand un grand nombre de voteurs ayant voté « oui » croient qu’un Québec souverain - partenariat serait encore une province du Canada, il y a un problème pour les souverainistes que les fédéralistes peuvent très bien exploiter.

Il n’y a pas eu de riposte du gouvernement québécois aux plans fédéraux au cours des dernières années pour une simple et unique raison. Le gouvernement québécois ne pouvait pas répondre. Pourquoi ? Il est prisonnier de sa stratégie.

Tout ce que le fédéral avait à faire c’est de souffler sur le château de cartes échafaudé autour du partenariat - politique. Donc, le fédéral a la partie belle. Tout ce qu’il a à faire: dénoncer l’ambiguïté et dire la vérité: les Québécois majoritairement ne veulent pas l’indépendance. C’est vrai. Le Québec indépendant ne sera plus une province. C’est vrai. Les Québécois, majoritairement, préfèrent le statu quo à l’indépendance. C’est vrai.

Il a suffi que les fédéralistes dénoncent et utilisent l’extrême contradiction qu’il y a à vouloir proposer de se mettre en état de dépendance vis-à-vis de celui dont on veut être indépendant.

Il a suffi que les fédéralistes expliquent que la souveraineté, c’est l’indépendance, la séparation, la rupture, la sécession. Les campagnes fédérales depuis 1995 montrent indubitablement l’existence et l’efficacité à dénoncer un projet souverainiste qui ne veut pas dire clairement son but.

Quand on s’y arrête, on comprend combien ces facteurs ont miné l’ardeur de souverainistes les plus convaincus à défendre la souveraineté, à la porter dans leur famille, auprès de leurs amis, dans leur voisinage, dans leur milieu de travail, d’études et ainsi informer, expliquer, consolider et renforcer l’opinion.

Les objectifs ne sont pas clairs. Comment expliquer une fiction, une illusion ? Et répondre d’une manière convaincante quand on doit expliquer une fiction ? Certes, les souverainistes convaincus (30 % à 35 %) sont restés fidèles à leurs convictions, mais ils ne sont plus des propagateurs. En fait, la volatilité de l’opinion, la fragilisation de notre option est liée à l’absence de profondeur et de clarté de l’idée telle que véhiculée.

La prise qu’a indéniablement la thèse fédéraliste est proportionnelle à la crise qui affecte lourdement la cause souverainiste. On est et on sera d’autant sensible aux dernières chances, aux dernières, dernières chances du fédéralisme (la réforme), à la reconnaissance du Québec, même symbolique (sans aucun nouveau pouvoir spécifique), même momentanément, que le fond de nos convictions, de la thèse que nous avons dû, et devons défendre est fissurée.

En fait, la séduction qu’exerce le camp fédéraliste est proportionnelle à la faiblesse du discours des souverainistes. Et cette faiblesse est la conséquence des fissures, des failles, absence de clarté, peur de ne pas y arriver (sous-estimer la capacité de comprendre des convaincables), peur de nommer, peur de dire, peur des mots, peur de dire la vérité, qui traversent les convictions du camp souverainiste.

Les souverainistes doivent retrouver leurs moteurs, premièrement, le sens des mots, dire la vérité, une argumentation authentique, vraie, qui, plutôt qu’effleurer les questions essentielles, s’accrochant à des accidents, à un discours masquant, revienne à l’essentiel, et, deuxièmement, l’explication, la promotion de leur projet, un programme, un projet sans équivoque et sans astuces.

On nous trouve intransigeants, mais c’est parce que nous savons que l’objectif doit être défini avec une clarté absolue et que c’est avec cette clarté absolue qu’on doit s’y rallier, et y travailler, sans quoi on ne voit pas pourquoi les gens nous suivraient dans une direction que nous n’osons pas prendre nous-mêmes.

Par contre, nous ne rejetons personne, bien au contraire.

La souveraineté - partenariat - politique est une invention passablement brumeuse qui tend à faire croire à la population qu’on peut faire l’indépendance sans se retirer du Canada. C’est une idée démagogique, qui masque l’enjeu véritable de la souveraineté sans trait d’union. C’est un discours masquant, au détriment d’une explication, d’une pédagogie attentive basée sur la réalité.

Ce n’est pas une question sémantique et ce n’est pas une question de nuances. La différence entre les deux (2) objectifs est fondamentale. On ne parle ici que de l’objectif.

Dans un cas, on fait de l’association politique (institution politique à 50 - 50) avec le Canada un élément souhaitable et réalisable. Dans l’autre cas, cette association est économique, n’est que le fruit d’un Traité de deux États voisins, n’est qu’un accessoire au choix fondamental que les Québécois doivent faire entre la souveraineté et le fédéralisme canadien.

Qui plus est, on fait de l’association politique (institution politique à 50 -50) un élément souhaitable et réalisable, alors qu’il est illusoire, de la politique fiction. L’élément dit souhaitable, ne colle pas à la réalité, n’a aucune chance raisonnable d’aboutir. Autrement dit, personne n’y comprend rien, sinon que c’est un écran de fumée fabriqué de toute pièce pour « rassurer ».

On a voulu tenir les Québécois dans l’ignorance en se disant on ne les informera pas. C’est un procédé qui manque de transparence. Et avec le temps, ça devient plus inquiétant. La population, celle que nous devons rejoindre, informer et convaincre ne rationalise pas, n’analyse pas dans les détails, mais elle sent les choses et elle sent bien qu’il y a quelque chose qui ne marche pas dans la souveraineté - partenariat - politique à 50 - 50.

Est-ce qu’on va faire tous les efforts nécessaires pour éveiller les gens. Comment expliquer, renforcer, dédramatiser, faire avancer une idée, la souveraineté, si on n’est pas ancré dans la réalité.

Malgré que la souveraineté - partenariat - politique soit une invraisemblance, une impossibilité, M. Lucien Bouchard (et l’élite politique) parle encore beaucoup (sans vraiment l’expliquer, ils ne le peuvent pas) de souveraineté - partenariat. Cela inquiète.

Cette idée brumeuse et impossible, à moins qu’elle ne soit présentée dans une très courte durée comme en 1995, sera toujours improductive (à la longue, dans le long terme). À moyen terme et à long terme, elle nous empêche et nous empêchera toujours d’avancer. On peut leurrer tout le monde une fois (à court terme), mais on ne peut pas leurrer tout le monde tout le temps (à moyen terme, à long terme). M. Bouchard tente de noyer la dissidence sous les slogans et il fait du danger appréhendé, si on la mettait de côté, le seul moteur de toute action.

Nous ne savons strictement rien de la direction de M. Bouchard. Dans ce cas, il est extrêmement périlleux pour les souverainistes de se montrer plus généreux que nécessaire, de signer un chèque en blanc et, connaissant l’habileté de M. Bouchard, ils risquent de se retrouver à très court terme Gros-Jean comme devant.

Nous devons avoir le courage de dire à M. Bouchard et à tous ceux qui seraient tentés de le suivre dans cette voie que si, dans son esprit, c’est la souveraineté - partenariat - politique - structure politique Québec - Canada à 50 - 50, nous ne poursuivons pas le même objectif.

En attendant, il faut accorder nos flûtes. Et pourtant, il faudra bien que nous travaillions le terrain ensemble si nous voulons progresser, gagner du terrain. Plutôt que de fabriquer des travailleurs d’élection, il faut former des pédagogues enthousiastes et convaincants. Comment être pédagogue, éclairant, efficace, enthousiaste et convaincant, dans la confusion, l’illusion, la fiction.

Ou bien M. Bouchard partage entièrement notre objectif et il cesse de parler de souveraineté - partenariat - politique, ou alors il s’en tient à cette idée irréelle, stérile, à cette fiction et nous saurons que nous ne sommes pas tout à fait sur la même longueur d’ondes. Dans ce cas, le Parti québécois, au lieu de se fermer les yeux, devra se montrer extrêmement prudent à son endroit.

Nous ne prétendons pas être les détenteurs de la vérité..

Non, ce n’est pas ce que nous disons. Nous croyons, au contraire, qu’on peut penser ce qu’on voudra et qu’on peut croire que la vérité puisse se trouver ailleurs, à tout le moins une partie de la vérité.

Mais nous disons également: UNE ORGANISATION POLITIQUE NE PEUT PROPOSER DES OBJECTIFS FONDAMENTAUX QUI NE RÉSISTENT PAS À L’ANALYSE, À LA RÉALITÉ, NI PLUSIEURS OBJECTIFS FONDAMENTAUX CONTRADICTOIRES À LA FOIS.

Nous répétons que l’objectif doit être absolument clair et que ceux qui ne s’y rallient pas ont le loisir de militer ailleurs en défendant leurs propres objectifs.

Mais nos propos s’adressent surtout aux militants et aux militantes du Parti québécois, comme à ses chefs qui pourraient être - et qui sont - TENTÉS DE SOUS-ESTIMER LA CAPACITÉ DE COMPRENDRE de notre population et de ne pas faire confiance au peuple - il est adulte - sans jamais revenir sur l’inefficacité de défendre et promouvoir une illusion, une fiction.

Nous avons intérêt à nous coller à la réalité. À moyen terme et à long terme, la réalité se comprend mieux que la fiction.

LES INTELLECTUELS SOUVERAINISTES.

Il y a tous ceux qui écrivent et qui parlent. Ils sont de toutes les catégories.

Ils n’ont pas écrit et parlé ces dernières années du partenariat - politique au programme proposé.

Ils ont un rôle essentiel à jouer dans la société. Nous attendons toujours, avec attention, la discussion éclairante qu’ils engageront sur nos objectifs et sur le - partenariat - association - politique.

Tout se passe comme s’ils avaient eu un peu peur d’en parler et d’écrire, et qu’ils le connaissent mal. Qu’est-ce que la peur ? Est-ce le mot que nous employons quand nous ne savons pas donner de nom ? C’est une raison de plus pour que notre objectif soit le plus clair possible et qu’il soit présenté résolument sans jouer sur les mots et sans dorer la pilule: un projet, un programme sans équivoque et sans astuce.

Si la souveraineté est chose difficile à conquérir, elle est encore plus difficile à assumer. Tous doivent le savoir dès le départ et le projet de souveraineté - partenariat - politique ne doit plus nous plonger dans les paradis artificiels de la fuite en avant.La souveraineté n’arrivera jamais dans notre vie collective sans beaucoup de clarté et de travail. Ni magie. Ni soudaineté. Ni facilité. La vérité. De la clarté. Et du travail. Du travail incessant, soutenu, du travail à long terme, du travail indépendamment des gouvernements, indépendamment des contextes, du travail dans la clarté.

Beaucoup de Québécois et de Québécoises, depuis 1996, 4 ans, continuent de tourner autour de l’objectif de la souveraineté sans l’adopter vraiment. Nous ne sommes pas là pour pleurer le passé, mais pour préparer l’avenir. Les pièges de la souveraineté-partenariat-politique sont encore nombreux qui peuvent s’ouvrir sous nos pieds. C’est pourquoi le Parti québécois doit devenir extrêmement ferme sur son objectif premier - la souveraineté du Québec - le point de ralliement de la majorité des Québécois plutôt qu’un simple sujet de discussion parmi tant d’autres, plutôt qu’un article parmi d’autres à la table des négociations, plutôt qu’un objet de marchandage.

Notre objectif ne doit jamais être négociable, ni dans les assemblées, ni dans les conseils nationaux, ni dans les congrès de comté, ni dans les congrès régionaux, ni dans le congrès national, ni dans les palabres, ni à huis clos, ni en public, ni dans nos partis politiques souverainistes.

En terminant, je vous pose deux questions:

Voulez-vous que le Québec devienne un pays souverain ?

Voulez-vous que le Québec souverain soit,
dans la mesure du possible,
associé économiquement, avec le Canada,
des relations économiques qui pourraient avoir les caractéristiques d’un Accord de libre échange?

Le Québec doit-il devenir un État indépendant, coopérant avec le Canada ?

Un Québec, État indépendant, qui coopère
dans la mesure du possible,
associé économiquement, avec le Canada
des relations économiques qui pourraient avoir les caractéristiques d’un Accord de libre-échange ?

En somme, voulez-vous que le Québec devienne un pays !

Je vous pose également deux autres questions:
1) Avons-nous bien pensé ? 2) Avons-nous commis une erreur d’orientation ?

Les intellectuels écrivent et parlent. C’est ce que nous devons faire, sans tourner autour du pot et d’une manière respectueuse de la vérité et de la réalité, d’une manière éclairante et convaincante. Que pensez-vous, vous, intellectuels souverainistes de toutes catégories, de tous horizons de cette souveraineté-partenariat-association politique et de ses conséquences ?

Écrirez-vous ? Parlerez-vous ? Nous sommes arrivés à la croisée des chemins. Les carrefours sont dangereux et ils peuvent facilement nous plonger dans la confusion. Cette question de partenariat - association - politique et ses conséquences mérite toute votre attention.

Pensez-y. C’est à chacun de nous, c’est à nous d’agir.

Pierre Cavalo

Note. Le contenu du présent texte puise à plusieurs sources que malheureusement je ne suis plus en mesure d’identifier. Mais je veux rendre leur dù à ces auteurs qui m’ont permis de nourir, d’alimenter, d’enrichir mes réflexions et de faire évoluer ma pensée. C’est un peu innocemment, sans malveillance que certaines parties, des phrases peuvent se retrouver intégralement citées dans mon texte sans qu’il n’en soit fait mention. Loin de vouloir m’approprier la pensée des autres, j’apprécierai beaucoup que l’on puisse m’en faire part et me les communiquer.

Il est permis de reproduire ce texte en incluant la note ci-haut.

Dans l’amitié, la camaraderie et la fraternité qui nous animent, je demeure...