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Lettre aux intellectuels pour la souveraineté
LE PARTENARIAT
PENSER et AGIR Le mardi 16 novembre 1999 |
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Les choses changent vite en notre monde et rien ne nous dit que la conjoncture ne tournera pas à lindifférence.
Avons-nous la volonté dagir ? Reconnaissons-nous les obstacles qui nous barrent la route ? Savons-nous bien ce que nous voulons faire ? Pour linstant, nous noccupons pas le terrain et nos objectifs ne sont pas clairs. Il y a beaucoup de confusion: société distincte (la réforme) ? souveraineté ? Meech plus (la réforme) ? nouvelle entente constitutionnelle (la réforme) ? souveraineté -partenariat - politique - structure politique à deux Québec-Canada (sur le modèle européen) ? Toutes ces notions habitent toujours le paysage et aucun consensus ne se fait autour de lune delle. Quelles sont nos forces ? Nous en sommes encore aux palabres interminables. Nous ne savons pas encore où nos leaders vont, ni non plus nos partis et ils cherchent à gagner du temps pour ne pas avoir à emprunter des voies périlleuses, les voies périlleuses des clarifications. Ils sont honnêtes et sincères, personne nen doute et il est vrai quils tiennent profondément à faire avancer le Québec. Mais lidée quils sen font est une illusion dangereuse. Autrement dit, si on veut que la souveraineté prenne le pas sur le fédéralisme et le fédéralisme renouvelé (la réforme), il faut de la clarté. Il faut sassurer au départ que la notion de souveraineté soit la même pour tous et surtout, que tous soient daccord sur la souveraineté que doit atteindre le Québec. La souveraineté nest pas un pis aller quand, lorsque, parce que tout le reste a échoué. Elle est un bien fondamental, un bien en soi. Elle répond à un besoin stable et profond dépanouissement. Dans le cas qui nous occupe, cest M. Bouchard qui a le gros bout du bâton. Il est premier ministre et cest lui qui décide de tout. Le parti, les militants, les souverainistes peuvent bien proposer ce quils veulent, cest M. Bouchard qui en dispose, à son rythme, à sa façon et selon ses propensions. Nous ne savons strictement rien de la souveraineté - partenariat - politique de M. Bouchard. Depuis 1995, 4 ans, M. Bouchard na jamais été clair sur ses intentions en ce qui concerne le concept flou de partenariat. À un certain moment, il voulait « mettre de la chair autour du squelette ». Puis, rien... nest venu. Dernièrement (4 ans plus tard), les propositions damendements présentées par la direction du PQ ne prévoient aucun changement au traité de partenariat avec des institutions politiques communes qui avait fait lobjet de lentente tripartite du 12 juin 1995, et qui avait ensuite été soumis à la population. Ainsi, on y dit clairement que « par voie de référendum, le peuple québécois sera appelé à se prononcer sur la souveraineté du Québec et sur le dépôt dune offre de partenariat avec le Canada . Lentente prévoit quil y aurait trois « institutions communes » auxquelles on ajouterait un « secrétariat permanent » comme organe de soutien: le Conseil du partenariat, lAssemblée parlementaire du partenariat « formée de députés québécois et canadiens désignés par leurs assemblées législatives respectives », le tribunal « pour régler les différends ».
Le Conseil du partenariat Parce que le Conseil (quon pourrait aussi appeler « le Conseil de lUnion Canada-Québec ») aurait un pouvoir décisionnel et que ses décisions devront être unanimes, on a déjà souligné jusquà quel point une telle parité entre deux États aussi inégaux, que le Québec et le Canada-hors-Québec puissent avoir chacun le même droit de veto, était questionnant. Présentement, pour des péquistes de la région de Québec, la nécessité de conclure un traité de partenariat avec le reste du Canada constitue un boulet à la promotion de la souveraineté. Préparant le Congrès national de mai 2000, ces péquistes de la région de Québec étudient la possibilité de biffer cette obligation du programme du parti. « Stratégiquement, loffre de partenariat comme donnée essentielle laisse entendre à la population québécoise que le projet de souveraineté na pas de valeur intrinsèque, alors quelle devrait être présentée comme un bien fondamental. Promouvoir la souveraineté du Québec sans traits dunion, cest croire aux vertus de la souveraineté ». « Le partenariat politique ou autre avec le Canada, nest en rien nécessaire. Le partenariat économique défini par lALÉNA nous suffira amplement ». Mais le concept flou de souveraineté - partenariat - politique relève la tête. Lentourage du premier ministre a mal reçu la charge contre le partenariat. Au huis-clos du conseil national de Drummondville, les ténors du parti ont suggéré avec insistance quun tel traité rassure les Québécois. Quen est-il ? Les intellectuels souverainistes du Québec sont plutôt muets sur la question. Allons voir ce que les Anglais disent. Parmi les Anglais, il y en a qui ne sont pas des énervés, qui nont pas « pogné » les nerfs, qui ne sont pas antipathiques au Québec. Regardons lopinion de deux éminents intellectuels du Canada anglais qui se sont penchés sérieusement sur le Partenariat que nous présentons aux Québécois: Robert A. Young et Richard Simeon. Bien que privilégiant le fédéralisme, ils ont procédé à une analyse en profondeur, sans a priori et sans partisanerie de notre projet. Ils méritent quon sy arrête. Robert YOUNG, qui enseigne les sciences politiques à lUniversité Western Ontario, dans son ouvrage La sécession du Québec et lavenir du Canada, Les Presses de lUniversité Laval,1995, explique froidement la séparation, lobjet des négociations. Fort dune vaste documentation et dune connaissance approfondie du Canada et du Québec, où il a étudié, Young se veut réaliste et présente la réalité, vraisemblable, froidement. YOUNG NOUS DIT: Lorsque la séparation aura pris effet, les deux pays entretiendront alors les rapports normaux de deux États souverains. Entre-temps, cest-à-dire entre le référendum et la séparation, les deux camps négocieront les modalités de la sécession et concluront les ententes relatives à leurs relations futures. Ces ententes deviendront, ipso facto, des traités internationaux. page 178, soulignements ajoutés. Quels seront les objets, à lordre du jour, qui se négocieront:
les forces armées et la fonction publique les deux équipes et les hauts fonctionnaires auront créé le cadre des futures relations bilatérales. pp. 181 à 210 les relations économiques et commerciales: YOUNG nous dit: (...). Jusquà la proclamation officielle de la séparation, lois et règlements existants sappliqueront uniformément dans les deux États. (...). Les choix seront multiples, depuis les relations minimales exigées par le lOffice mondial du commerce OMC (le GATT) jusquà lunion économique. (...) les deux camps ne pourront créer une instance supranationale. (...) le Canada et le Québec ne pourront sentendre sur la nature de telles institutions communes. Ils buteront sur la détermination du mode décisionnel: le Québec nacceptera pas que les décisions soient prises à la proportionnelle (24 %, 76 %), le Canada refusera quelles le soient sur le mode paritaire (50 %, 50%). (...), aucune nouvelle institution ne sera créée. page 198, soulignements ajoutés En outre, nous dit YOUNG, lOuest du Canada sopposerait à toute institution qui accorderait au Québec un mot à dire dans ses affaires. Le camp canadien visera dabord à préserver lunité nationale. Du reste, le fédéral à lui seul ne peut entériner un accord qui, constitutionnellement, influerait sur des domaines de juridiction provinciale. On sera, en outre, en pleine réécriture de la constitution et personne ne voudra y voir dinstitutions supranationales. YOUNG rappelle que monsieur Parizeau était parfaitement conscient de tout cela. Il cite M. Parizeau qui était interrogé en 1993 sur ce problème. M. Parizeau: Il ne faut pas rêver et demander la lune (...). Et, déjà pas très contents que le Québec devienne souverain, ces Canadiens anglais, pour nos beaux yeux, pour nous faire plaisir, pour imiter vaguement ce que certains croient quil se passe, en Europe de lOuest, naccepteraient ainsi de chambarder leur vie politique, eux qui ont toujours refusé daccorder le moindre pouvoir additionnel au Québec et pour qui légalité des provinces est un principe sacré. page 200. Bref, nous dit Young, le Québec et le Canada ont intérêt à instaurer un environnement stable, à conserver les avantages dun espace économique commun et même à voir réciproquement prospérer leur économie (qui représente un important marché). page 200 Les relations économiques Québec Canada auront les caractéristiques dun Accord de libre-échange (ALÉNA): traitement national, libre circulation des capitaux, accès aux approvisionnements public et autres avantages. Un traité qui profite aux deux parties. Mais (la réalité), il ne saurait être question de partenariat - politique, de structure - politique - Québec - Canada. page 203 Voilà qui éclaire. LInstitut C.D. Howe, mai 1998, le think tank du Canada anglais, fait une analyse approfondie ainsi quun commentaire fouillé du Partenariat proposé par le PQ. Richard Simeon est lauteur de cette opinion. Simeon est professeur invité au département des études canadiennes à luniversité Harvard et chercheur auxiliaire à lInstitut C.D. Howe. Il est en congé de son poste de professeur de sciences politiques à lUniversité de Toronto. LInstitut C.D. Howe, cest le milieu financier, la haute finance, du Canada anglais. Cest sérieux. Ils commandent des études pour se faire une opinion. Dans le but dêtre bien éclairé, lorsquils auront, éventuellement, à prendre des décisions. Ils veulent avoir lheure juste. Richard Simeon, donc, analyse froidement les diverses formes de relations qui pourraient se créer, limportance du partenariat pour les souverainistes et les avantages et inconvénients que cela représenterait dans diverses régions et divers secteurs. Il examine également la dynamique politique et économique qui entourerait une sécession et la négociation de nouvelles relations. Il conclut quun partenariat - fondé sur un traité unique et mettant en jeu une série dinstitutions permanentes chargées de prendre des décisions collectives sur des questions débordant les affaires économiques - serait inacceptable pour le reste du Canada comme pour le Québec et quil serait, de toutes façons, à peu près impossible de négocier ou de fonctionner. Il vaudrait mieux, nous dit Simeon, conclure un accord de libre-échange limité et une série dententes spéciales cumulatives et souples là où les besoins communs le dicteraient. Mais des liens ténus de ce genre ne seraient pas le partenariat que beaucoup de Québécois espèrent ou escomptent. Après un « oui » au référendum et après les négociations qui sensuivraient, à quoi pourraient bien ressembler les relations entre le Québec et le nouveau Canada ? Aux pages 32 à 39, Richard Simeon nous dit: « La plupart des discussions sur léventualité dun partenariat entre le Canada et le Québec laissent penser (ou supposer) quil prendrait la forme dun seul document ou traité qui énoncerait dans le détail les secteurs de partage des décisions ainsi que la structure, les pouvoirs et les règles décisionnelles du cadre institutionnel. Il y aurait une seule entente exhaustive (probablement sous réserve de modification selon une formule convenue). Ce Commentaire a cependant montré que ce genre dentente serait quasiment impossible à réaliser. (...) Des ententes spéciales multiples. Une autre approche pourrait se révéler fructueuse. Une démarche cumulative, spécifique et provisoire pourrait passer par non pas une, mais de nombreuses ententes, chacune ayant trait à des questions différentes et conclue avec des participants différents et selon des règles décisionnelles différentes. Il y faudrait un document de base sur les termes de la séparation et sur des questions importantes comme la dette, les employés, lactif, etc. Ce document pourrait également énoncer lengagement général des parties à collaborer dans les domaines qui seraient mutuellement profitables et, peut-être, une entente limitée de libre-échange (ou sur lappui qui serait apporté à laccession du Québec à lALÉNA). Mais ce serait tout. (...) Dans bien dautres domaines, il ne serait pas du tout nécessaire dinstaurer de règles décisionnelles ni de procédures de votes officielles: la consultation et léchange dinformation suffiraient, chaque gouvernement étant responsable de lélaboration et de lapplication de sa propre politique. (...) (...) le fait que beaucoup dententes nexigeraient que la consultation signifie que lon éviterait le plus souvent le problème des règles décisionnelles. Comme on la vu au début, ce problème est quasiment insoluble dans le cadre dune confédération à deux unités. Le partenaire le plus important ne saurait accepter que les deux aient un vote égal, et toute autre solution placerait le moins important dans une position minoritaire permanente. (...) Une règle décisionnelle unanime peut provoquer la paralysie. Chaque partie ayant un droit de veto sur les questions importantes, il y a peu de raisons de trouver des compromis et il ny a aucun mécanisme de déblocage. (...) Le lecteur se demandera peut-être sil na pas déjà vu ce genre dentente quelque part. Il la vue en effet. Les relations entre le Canada et les États -Unis ne sont pas seulement réglées par lALÉNA. Laccord a été précédé et est encore accompagné par une myriade dautres ententes, denvergures variables. Certaines lient les gouvernements du Canada des États-Unis, dautres ont été conclues entre des provinces et des États voisins. Certaines, comme la Commission mixte internationale, existent depuis longtemps, dautres sont temporaires. Linterdépendance et lintégration donnent lieu à toutes sortes de solutions, même en labsence dinstitutions politiques obligatoires pour gouverner le partenariat. Cest peut-être ce modèle qui conviendrait le mieux au Canada et à un Québec indépendant. (...) Jai circonscrit plusieurs raisons pour lesquelles il valait mieux envisager des relations larges. Entre le Québec et le reste du Canada, le degré dinterdépendance et la profondeur des liens - quil sagisse des entreprises, de la main-doeuvre, des marchés financiers, des citoyens ou des groupes - sont de loin supérieurs à ce quil en est des relations de deux pays distincts, même le Canada et les États-Unis. Le maintien et lélaboration de ces relations seraient effectivement très importants après un vote positif au référendum. Il y faudrait plus quune intégration négative telle quelle est stipulée par quelques règles sur la liberté de commerce. On aurait également besoin de mesures permettant de maintenir une intégration positive dans linfrastructure, les communications et les institutions financières. Lintégration positive exige non pas un ensemble unique et définitif de règles, mais plutôt une suite dadaptations évolutives en fonction de la situation, faute de quoi, lintégration économique du Québec et du reste du Canada se détériorerait probablement rapidement. (...) Plus généralement, il serait extrêmement difficile de faire fonctionner une confédération à deux unités. Le problème des règles décisionnelles semble insoluble. (...) La réponse à mon avis, est quil pourrait et devrait y avoir des relations, mais pas sous la forme proposée par le PQ dans sa législation actuelle: il sagit dune sorte dentente-cadre énonçant la liste des fonctions partagées et énumérant série dinstitutions nanties de pouvoirs spécifiques et assortis de règles décisionnelles. La promesse du PQ aux Québécois - que, avec la souveraineté et un partenariat, la vie ne serait pas très différente de ce quelle était auparavant - ne saurait être tenue ni avec ni sans un partenariat de ce genre. (...) Ce genre densemble informel dententes pourrait saccompagner de certaines autres ententes, par exemple: 1) lentente essentielle, conclue dans les premiers jours suivant la séparation et nécessaire pour contenir les premières retombées économiques et politiques dun vote en faveur pour la souveraineté; 2) les termes de la séparation proprement dite; 3) un accord de libre-échange limité sur le modèle de lALÉNA et peut-être intégré à cet accord. En bref, même dans le scénarios le plus optimiste, les relations qui se développeraient après un « oui » ne constitueraient pas un partenariat. Il ny aurait pas dunion Canada-Québec comme il y a une Union européenne parce que lUE traduit un processus délaboration, la convergence de pays auparavant indépendants, alors que le partenariat entre le Canada et le Québec serait le résultat dune défection dans le cadre dune structure fédérale déjà existante. Si semblable que le résultat semble, la dynamique serait fort différente. (...) Certains souverainistes, dont Jacques Parizeau, pourraient être rassurés par cette analyse. Ce genre dentente est tout ce quils veulent vraiment de toutes façons. Mais ce nest pas le partenariat que le PQ a présenté aux Québécois, non plus que cest ce que les Québécois veulent et espèrent sils votent pour la souveraineté. « (...) aux pages 32 à 38, soulignements ajoutés. REMARQUES préliminaires. Il semble, malheureusement, que Richard Simeon a raison, et que Robert Young a raison aussi. Disons que les raisons quils exposent sont claires et convaincantes, les conclusions quils tirent reflètent la réalité. Suite à un « oui clair » à une question claire, il y aura un traité, peut-être un accord de libre-échange économique Québec - Canada, une entente économique qui profite aux deux parties. Il est clair que les Canadiens anglais réagiront avec colère et ressentiment. Nous les comprenons. Mais placés devant un « oui » clair à une question claire, ils accepteront vraisemblablement, pour ne pas compromettre leur propre sécurité financière (ils ont, eux aussi, des fonds de pension, etc.), de négocier lincontournable (division des avoirs et de la dette, circulation des gens et capitaux}, etc., mais le partenariat au sens où le voulait ou le voudrait encore le PQ sera exclu du tableau. Nous le comprenons. De toute façon, une entente à deux fondée sur le modèle de lUnion européenne (lEurope des 15) avec des mécanismes de codécision aurait été et serait impraticable (donc non souhaitable). Contrairement à lUnion européenne des 15, à deux, les consensus (au surplus, dans le contexte dune séparation) auraient été et seraient difficiles à trouver. La règle de lunanimité paralyserait le processus de prise de décision. La réalité, plutôt, suite à un « oui » clair à une question claire, cest quil y aura une entente économique, peut-être une entente de libre-échange économique semblable à lAccord de libre-échange nord-américain. Une entente qui profite aux deux parties. Que faut-il en déduire ? Depuis 1995, 4 ans, M. Bouchard na jamais été clair sur ses intentions en ce qui concerne le concept de partenariat. À un certain moment, il voulait « mettre de la chair autour du squelette ». Puis, rien... nest venu. À la lumière de ce qui précède, on comprend pourquoi. Il ne le peut pas. Limportance de lassociation - partenariat - politique dans cette stratégie est fondamentale. En résumé, selon cette approche, lunion politique canadienne serait radicalement transformée. Lassociation - partenariat serait prise en charge par un nouvel ensemble dinstitutions créées de concert par les gouvernements du Québec et du Canada. Les décisions seraient unanimes et appartiendraient à un Conseil du partenariat composé de ministres (quon pourrait aussi appeler Conseil dUnion Québec - Canada). Il y aurait également lAssemblée parlementaire du partenariat, où le Québec aurait 24-25 % des membres, une cour de justice pour lassociation - partenariat, le tribunal, et un secrétariat permanent coordonnerait le partenariat. Le principe général réglant le processus décisionnel serait la parité. Les décisions du Conseil seraient prises à lunanimité, tandis que la cour devrait être composée dun nombre égal de juges désignés par chacun des gouvernements et dun président nommé par les deux. La mesure dans laquelle ces pouvoirs permettraient au Québec de pratiquer des politiques vraiment autonomes seraient extrêmement entravés par lassociation-partenariat politique. Le «dilemme», pour les souverainistes, était et reste que, pour obtenir lappui population à la souveraineté ils «estiment» quils doivent lassortir de garanties convaincantes concernant le maintien des liens « politiques » avec le Canada. Ce dilemme oriente la stratégie. Alors que si lindépendance, et non lassociation, était lobjectif global, il se réaliserait avec ou sans la collaboration du reste du Canada. Quant aux relations qui seraient nouées, elles dépendraient du besoin du reste du Canada de sadapter, si à contrecoeur que ce soit, à la réalité dun Québec indépendant, du moins pour autant que celui-ci en aurait besoin... dans un accord économique ou un accord de libre-échange économique. Dans un cas, on voudrait se référer et imiter vaguement ce que certains croient quil se passe en Europe (Europe des 15). Dans lautre, on se réfère à lAmérique, à lAmérique du Nord, aux relations politiques et économiques telles quelles ont cours en Amérique, en Amérique du Nord. Ajoutons, à la lumière des analyses de Young et Simeon: non seulement cette approche de souveraineté sans un partenariat - association - politique, avec un accord économique, un possible accord de libre-échange économique est-elle réaliste, mais, en Amérique, en Amérique du Nord, elle est historiquement et sociologiquement juste. Le Québec, cest ici. Et ici, cest lAmérique. Avec des accords économiques et des Accords de libre- échange économique. Il y a une variable psychologique que nous ne sommes pas encore arrivée, par notre travail, notre pédagogie, nos stratégies et tactiques, à résoudre. Lassociation - partenariat politique illustre le fait que beaucoup de Québécois, même souverainistes, continue déprouver un attachement profond pour le Canada. Yvon Deschamps la dit: ce que les Québécois veulent vraiment, cest un Québec indépendant dans un Canada fort et uni. Ou encore Louis Balthazar: Nous voulons être avec vous, sans faire partie de vous. Face à cette difficulté, quelle est notre approche ? Un exemple. Au Bloc québécois, le représentant officiel sur la question, depuis 1995 M. Daniel Turp a dit et écrit à plusieurs reprises que « les Québécois sont également déterminés à créer de nouveaux liens avec le pays voisin, avec lequel ils désirent créer une forme nouvelle dunion, amicale et paisible, que lon pourrait appeler, pour les besoins de lhistoire et de la continuité, lUnion canadienne. Pensez-y bien... Les propositions qui voudraient définir le nouveau Canada (la réforme) traînent dans le paysage... Naïveté ? Opportunisme ? Manipulation de la part de nos élites politiques ? Cynisme ? Ne faisons pas de procès dintention. Mais si lobjectif est dordre économique, pourquoi y adjoindre les éléments politiques ? Quelles sont les conséquences dune telle approche ? Il y a beaucoup de confusion sur les objectifs du Partenariat - association - politique. Et la confusion ne peut pas, à moyen terme et à long terme, nous faire avancer. Les Québécois se voient comme une communauté distincte, ont conscience dêtre une communauté distincte mais ne voient pas, ne tirent pas toutes les conclusions et conséquences qui en découlent. Cest-à-dire être présent et agir, sans collectivité interposée, à lintérieur et à lextérieur, dans nos relations avec les autres, les autres sociétés, les autres cultures, les autres nations, les autres pays, le monde, dans nos échanges économiques, politiques et culturels. La question du Québec souverain, nos stratégies et nos tactiques, mettent lemphase sur notre lien avec le Canada. Tout se passe comme si un statut de société distincte, un statut particulier, un fédéralisme décentralisé (la réforme) serait suffisant, nous accorderait une plus grande autonomie, une autonomie qui serait suffisante. Cela crée et maintient une attente dautonomie provinciale, qui nest pas une véritable autonomie interne et cela évacue lessentiel qui est lautonomie externe combinée à lautonomie interne. Quand nous ne mettons pas lemphase sur cet aspect essentiel de la souveraineté, lautonomie externe, nous entretenons le rêve des Québécois francophones, redevenus canadiens-français ou pas loin, de recevoir lattention, la reconnaissance quils recherchent du Canada anglais. Or, par la souveraineté, nous cherchons à nous sortir de cette quête dattention, de reconnaissance du Canada anglais. Parce que, même si le Canada anglais nous traitait avec attention, justice et attention, reconnaissance, nous naurions pas lessentiel qui est lautonomie interne et lautonomie externe, qui est dagir par soi-même, à lintérieur et à lextérieur, et, à lextérieur, lautonomie externe, il sagit dêtre présent soi-même, dagir par soi-même, dans nos relations avec les autres, les autres sociétés, les autres cultures, les autres nations, les autres pays, le monde, dans nos échanges économiques, politiques et culturels, et ce, sans collectivité interposée. Les sondages ne font pas lopinion, mais ils la reflètent à un moment précis. Il leur arrive de ne refléter que des caprices passagers mais aussi, il leur arrive quils reflètent des opinions véhiculées, par les élites politiques, souverainistes y compris, qui se maintiennent alors de consultation en consultation, et finissent par agir sur lesprit des gens. Un grand nombre de Québécois pensent que, une fois le Québec souverain, ils continueront denvoyer des députés au Parlement du Canada (rien de fondamental naurait changé).
Daprès un sondage Léger et Léger en 1996,
À la veille du vote doctobre 1995,
À la veille du vote, Ces Québécois croient donc que la souveraineté - partenariat nest quun changement mineur, alors que, en fait, tout aurait changé. En un sens, dans lesprit de beaucoup délecteurs québécois, le fédéralisme renouvelé (qui suppose la reconnaissance du Québec comme société distincte nantie de pouvoirs spéciaux) et la souveraineté - partenariat sont des solutions qui ont beaucoup en commun. Ces réponses traduisent une confusion, qui traduit peut-être (?) le résultat de notre pédagogie, de nos stratégies: beaucoup de Québécois ne sont donc que des souverainistes partiels et réticents. Conséquences de la stratégie de la souveraineté-association-partenariat-politique Dans ces conditions, après un « oui », à la souveraineté - partenariat - politique, le camp fédéraliste sera tenté de trouver les moyens dexplorer les significations et les nuances du vote (les « conditions gagnantes » existent-elles ?, les conditions gagnantes existent-elles toujours ?) de façon à ce que les négociations qui sensuivraient ne porteraient pas - du moins initialement - sur les conditions de la séparation avec ou sans partenariat, mais seraient loccasion denvisager une série de possibilités, dont certaines nont peut-être pas encore été envisagées. Dans ces conditions, autre répercussion de la souveraineté - partenariat - politique. Il sera dans lintérêt des fédéralistes de procéder par étape, afin dintégrer au processus suffisamment de stades ou déléments décisionnels pour quil soit possible de reconsidérer les options et les alternatives, réévaluer les conclusions, envisager de nouvelles avenues et suivre et laisser sexprimer les réactions des citoyens... En ce sens, un vote positif pourra être considéré, voire sera considéré par les fédéralistes non pas comme une fin mais comme le début dun processus dexploration de divers types de modèles de fédéralisme renouvelé. À cet effet, rappelons un passage, généralement passé inaperçu chez nos intellectuels souverainistes et notre élite politique souverainiste, du Renvoi de la Cour suprême fédérale du Canada du 20 août 1998, Renvoi relatif à la sécession du Québec: No 151, page 30: (...) « Les négociations qui suivraient un tel vote porteraient sur lacte potentiel de sécession et sur ses conditions éventuelles si elle devait effectivement être réalisée. Il ny aurait aucune conclusion prédéterminée en droit sur quelque aspect que ce soit. » (...). Cest lopinion politique dune Cour suprême fédérale du Canada anglais qui parle, pour le Canada anglais. Vous décidez, vous votez démocratiquement la sécession, et vous devez négocier, non pas les modalités daccession à la souveraineté, mais lacte potentiel de sécession. Et il ny a aucune conclusion prédéterminée. Obligation de négocier, cela, ou autre chose. On pourrait négocier autre chose. On ne peut pas être plus colonisé que ça. Il y en a qui croient naïvement que, après un « oui », le Canada anglais laisserait tomber toute résistance et se plierait de bonne grâce au diktat du Québec. Les fédéralistes pourront saccrocher et saccrocheront à cette bouée de sauvetage. Un référendum. Obligations pour le Québec: une question claire, une réponse claire. Il ne peut pas dès lors faire sécession. Il faut aller voir le maître colonisateur, qui peut dire non (si le fédéral ne veut pas dun Québec souverain). Celui-ci peut négocier nimporte quoi, y compris la sécession, mais il na pas lobligation darriver à la conclusion de la réponse conforme à la question claire. Plus colonisé que ça, on meurt. Le Canada anglais a lobligation de négocier de bonne foi. Cela veut dire dans son propre intérêt. Au plan juridique, sa position de négociateur de bonne foi est la suivante: ce nest pas ça quil faut, voici pourquoi; il peut dire non, expliquer pourquoi et lobligation est satisfaite, au plan juridique. Une partie est de bonne foi, si elle défend bec et ongles son intérêt. Et leurs intérêts sont différents de nous. La vision juridique de la Cour suprême est à leffet que nous sommes une colonie. Ici, il y a une colonie intérieure, le Québec, où le maître colonisateur na aucune obligation de négocier les modalités daccession à la souveraineté après un vote démocratique, dune majorité démocratique, au Québec, qui veut, décide et dit AU MONDE, voici ce que nous voulons, démocratiquement. Cest écrit noir sur blanc. « Les négociations qui suivraient un tel vote porteraient sur lacte potentiel de sécession et sur ses conditions éventuelles si elle devait effectivement être réalisée. Il ny aurait aucune conclusion prédéterminée en droit sur quelque aspect que ce soit. « (...). Au plan politique, la seule chose qui comptera pour nous au Québec, cest la fermeté de lopinion publique québécoise qui maintiendra oui cest ce que nous voulons, la souveraineté. En outre, cette opinion de la Cour suprême fédérale du Canada a un autre intérêt: la reconnaissance de la part de la Cour que le Québec peut déclarer unilatéralement son indépendance, la souveraineté, mais que cela ne va marcher que sil obtient la reconnaissance internationale. Il est clair et évident, au jour daujourdhui que ça ne se fera jamais autrement. Impossible de penser que cela pourra se faire par la négociation. Une chose intéressante, limportance daller chercher des alliés à létranger. Tout milite donc en faveur de la nécessité dune position claire, sans ambiguïté. Le jour de la négociation, les fédéralistes ont une arme supplémentaire. La négociation, nous dit le renvoi de la Cour suprême porte dabord sur lACTE potentiel DE SÉCESSION, aucune promesse de résultat. Les juges tiennent compte que la majorité est difficile, si les fédéralistes utilisant larme de la Cour suprême, font traîner les choses... GALLUP va leur dire que la majorité a changé. Le jour où la menace sera réelle, le jour où le Québec choisira la Souveraineté, on verra au Canada anglais une levée de boucliers sans précédent. La très grande majorité des Anglo-Canadiens croit au Canada et voit dun très mauvais oeil la séparation du Québec. Le partenariat politique nous place dans une position vulnérable. Avec la souveraineté - partenariat - politique, à mesure que les répercussions de leur vote deviendront plus claires, beaucoup de Québécois risquent de vouloir reconsidérer les choses et de demander quon leur en donne loccasion. Et la camp fédéraliste poussera dans cette direction... On menacera, on exigera lentrée en scène de la Gendarmerie royale et de larmée, on parlera de blocus économique, on criera à la trahison, on multipliera les pressions internationales et on déchirera ses vêtements sur la place publique. En somme, on fera tout ce quil est possible de faire pour stopper le projet. Les propositions qui voudront renouveler le Canada (la réforme) traîneront dans le paysage. Aucun premier ministre du Canada nacceptera sans se battre farouchement la déclaration dindépendance du Québec. Soyons plus réalistes, mon Dieu Seigneur ! Ne sous-estimons pas le camp adverse. Nous sommes toujours entourés dadversaires puissants qui nhésiteront pas à tout mettre en oeuvre pour bloquer le projet souverainiste Cela ne nous empêchera pas davancer si, et seulement si, nous avons toujours été très clairs et avons été clairement compris. Alors, si nous avons été clair et si restons fermes dans notre décision, rien ne pourra nous arrêter. Mais nous devons prendre conscience dès maintenant quon nous opposera une force considérable et que nous devrons être prêts à y faire face. Nous devons surtout nous y préparer psychologiquement plutôt que de nous complaire dans le rose bonbon de nos conversations de salon, entretenant lillusion du partenariat-association-politique. Que nous faut-il faire ? Il faut simplifier les objectifs. En même temps, il faut sentir lurgence de la situation. Cest maintenant quil faut agir. Il ne doit y avoir quun seul objectif et cest celui de la souveraineté du Québec. Si on le répète encore aujourdhui, cest que la chose nest pas aussi évidente quelle le paraît. Il faut simplifier les objectifs... Voilà longtemps, notamment cela fait déjà quatre ans, quon tourne autour du pot en souhaitant que la pensée magique de la souveraineté - partenariat - politique nous plonge tous, un jour, dans un pays souverain. Nous ne sommes pas là pour pleurer le passé, mais pour préparer lavenir. La souveraineté narrivera jamais dans notre vie collective sans beaucoup de clarté et sans beaucoup de travail. Ni magie. Ni soudaineté. Ni facilité. La souveraineté. De la vérité. De la clarté. Et du travail. Du travail soutenu, incessant, à long terme, dans la clarté. En réalité, tous ceux qui ont suivi ce dossier savent très bien que cette superstructure, boiteuse, échafaudée à la sauvette, navait aucune chance de se concrétiser au lendemain dune victoire du oui. Cétait simplement une astuce. Reconnaît-on que la souveraineté - partenariat - politique est née de faux-fuyants, de fuite en avant et a fini par jeter les troupes et la population dans la confusion la plus totale. Le Centre de recherche et dinformation sur le Canada (nos adversaires, une excroissance du Conseil pour lunité canadienne) a confié à la maison CROP le mandat de sonder les Québécois et à la firme Environics Research Group le soin de sonder les Canadiens. Cette enquête dopinion a été réalisée après de 1000 personnes entre le 9 et le 21 septembre 1999. La souveraineté - partenariat plonge les Québécois dans la confusion. Il en ressort que les Québécois nont pas une idée très claire de ce que signifie le concept de souveraineté - partenariat: dans lhypothèse où la démarche amorcée par le gouvernement Bouchard aboutissait à la souveraineté - partenariat
52 % comprennent que le Québec quitterait le Canada en reformulant la même question qui fut posée au référendum de 1995 sur la souveraineté - partenariat
48 % NON répartition au prorata 56 %
au Canada anglais En outre, les résultats du sondage nous disent:
63 % des Québécois préféreraient le maintien du statu quo à lindépendance complète. Or, si lidée de souveraineté régresse et narrive plus à avancer depuis 1995, cest quelle est toujours encombrée de toutes sortes de variantes qui nous empêchent de la voir dans toute sa clarté. Nous devrions être tristes de la confusion qui règne dans notre camp. Notre camp, cest celui des souverainistes. Il y en a de toutes sortes et ils sont loin de partager le même objectif. Cest la grande illusion. Tous croient marcher dans la même direction alors que cest complètement faux. Il y a ceux qui ont peur de lindépendance.
De 100 % soustrayons 27 %: résultat: 73 % 27 % souveraineté, indépendance De 38 % soustrayons 27 %: résultat: 11 % souveraineté-partenariat-politique - souveraineté « pure et dure », indépendance Entre 38 % et 27 %, il y a 11 %. Quelques-uns de ces 11 % sont sans doute souverainistes, indépendantistes, mais la grande majorité, de ces 11 %, cherche encore une solution qui ne va pas si loin. Quel est leur objectif ? On nen sait trop rien. Il y a ceux qui ont peur de lindépendance. Qui naffirmeront jamais quil faut la faire. Au contraire, ils vont continuer jusquà la dernière minute, à cause des élites politiques, notamment souverainistes, à chercher le moyen de dire quelle est rétrograde. Or, souveraineté et indépendance sont synonymes. Pourquoi sen cacher. Pourquoi ne pas faire leffort de la pédagogie. Un vrai pédagogue explique, dissipe la confusion, ne fuit pas lexplication. Sinon, nous navançons pas. Curieusement, le vice-premier ministre du Québec M. Bernard Landry, octobre 1999, affirme: « Même moi, je ne suis pas sûr si je répondrais oui à une question qui porterait sur lindépendance, parce que ce que je veux, cest la souveraineté-partenariat ».
Dissipons un moment la confusion. Rappelons ce que nos élites politiques, nos élites intellectuelles, et nous tous qui sommes souverainistes devons dire et faire comprendre. Lindépendance et la souveraineté sont toujours limitées. Même la nation la plus forte doit tenir compte des autres nations. Maurice Séguin, dans Les Normes, Guérin, 1999, aux pages 163 et 233 nous dit: « Ambiguïté des termes indépendance et souveraineté. Indépendance ne saurait vouloir signifier « ne pas dépendre » dune manière absolue - ne pas avoir à tenir compte des autres, ne pas subir dinfluences, ne pas être limités par les autres. Définition de lindépendance: tenir compte des autres, mais agir par soi-même. Indépendance nest pas synonyme dagir sans les autres. Lessence même de lindépendance cest dagir par soi-même. Souveraineté doit être également entendu comme sappliquant à une autorité rencontrant certaines restrictions. Même les « souverains absolus » étaient limités à lintérieur et à lextérieur. Définition de la souveraineté: tenir compte des autres, mais agir par soi-même. Souveraineté nest pas synonyme dagir sans let autres. Lessence même de la souveraineté cest dagir par soi-même. » Agir par soi dans la collaboration. Les deux mots importants sont: PAYS et SOUVERAIN. On peut ergoter longtemps sur la signification réelle de ces deux mots, mais je pense quils veulent dire la même chose pour la plupart des gens. Mais si on veut sassurer quils ne fassent pas lobjet de définitions diverses, il suffit de leur donner le sens que Larousse leur accorde:
« PAYS: territoire dune nation, nation, État. » On ne peut être plus clair. On ne peut même pas continuer à entretenir la confusion entre les mots souveraineté et indépendance, puisque lindépendance est partie intégrante de la souveraineté. Non seulement la définition de Larousse est-elle claire, mais elle est historiquement et sociologiquement juste. La définition du dictionnaire ne devrait plus laisser de doute dans lesprit de personne et cest celle que nous devons retenir tous, y compris nos élites politiques, pour éviter que chacun y aille de sa propre définition, de ses propres concepts, de ses propres préjugés... Il est facile de dénoncer les adversaires du Québec, mais il est beaucoup plus difficile de dénoncer M. Bouchard qui croit honnêtement que le Québec a intérêt à conquérir sa souveraineté. Pourtant, il faut le faire car personne dautre que M. Bouchard ne peut freiner avec autant defficacité le mouvement souverainiste. Il laisse traîner les choses en longueur, sans aucun travail (du travail continu, soutenu sur la souveraineté elle-même, du travail à moyen terme, à long terme, du travail, indépendamment des contextes), de la base militante sur le terrain, puis il proposera une solution qui aura les apparences de faire avancer le Québec. Car nous sommes dans un cercle vicieux. On constate que la souveraineté est une idée largement appuyé, mais quon hésite beaucoup à faire le saut sans lassurance dune association. On propose un « nouveau partenariat économique et politique » entre un Québec souverain et le reste du Canada (qui a été signée le 12 juin 1995). Cest en vertu de sa souveraineté que le Québec serait en mesure de discuter « de peuple à peuple, dégal à égal avec ses voisins du Canada anglais ». Personne, chez les souverainistes, névalue le caractère plausible et faisable du projet de partenariat... Une fois que les souverainistes auront obtenu leur majorité - autrement dit, une fois les poissons dans le filet -, lidée du partenariat aura fait son temps et sera rapidement abandonnée. Et, nous nous retrouvons dans une situation extrêmement vulnérable. Cela aurait pu marcher, à court terme (de juin 1995 à octobre 1995), mais ne peut pas marcher à long terme: on peut leurrer tout le monde une fois (court terme), mais on ne peut pas leurrer tout le monde tout le temps (à moyen terme et à long terme). Quand la moitié de la population est davis quil faudrait donner une dernière chance au fédéralisme, quand une majorité de Québécois disent non à lindépendance, quand un grand nombre de voteurs ayant voté « oui » croient quun Québec souverain - partenariat serait encore une province du Canada, il y a un problème pour les souverainistes que les fédéralistes peuvent très bien exploiter. Il ny a pas eu de riposte du gouvernement québécois aux plans fédéraux au cours des dernières années pour une simple et unique raison. Le gouvernement québécois ne pouvait pas répondre. Pourquoi ? Il est prisonnier de sa stratégie. Tout ce que le fédéral avait à faire cest de souffler sur le château de cartes échafaudé autour du partenariat - politique. Donc, le fédéral a la partie belle. Tout ce quil a à faire: dénoncer lambiguïté et dire la vérité: les Québécois majoritairement ne veulent pas lindépendance. Cest vrai. Le Québec indépendant ne sera plus une province. Cest vrai. Les Québécois, majoritairement, préfèrent le statu quo à lindépendance. Cest vrai. Il a suffi que les fédéralistes dénoncent et utilisent lextrême contradiction quil y a à vouloir proposer de se mettre en état de dépendance vis-à-vis de celui dont on veut être indépendant. Il a suffi que les fédéralistes expliquent que la souveraineté, cest lindépendance, la séparation, la rupture, la sécession. Les campagnes fédérales depuis 1995 montrent indubitablement lexistence et lefficacité à dénoncer un projet souverainiste qui ne veut pas dire clairement son but. Quand on sy arrête, on comprend combien ces facteurs ont miné lardeur de souverainistes les plus convaincus à défendre la souveraineté, à la porter dans leur famille, auprès de leurs amis, dans leur voisinage, dans leur milieu de travail, détudes et ainsi informer, expliquer, consolider et renforcer lopinion. Les objectifs ne sont pas clairs. Comment expliquer une fiction, une illusion ? Et répondre dune manière convaincante quand on doit expliquer une fiction ? Certes, les souverainistes convaincus (30 % à 35 %) sont restés fidèles à leurs convictions, mais ils ne sont plus des propagateurs. En fait, la volatilité de lopinion, la fragilisation de notre option est liée à labsence de profondeur et de clarté de lidée telle que véhiculée. La prise qua indéniablement la thèse fédéraliste est proportionnelle à la crise qui affecte lourdement la cause souverainiste. On est et on sera dautant sensible aux dernières chances, aux dernières, dernières chances du fédéralisme (la réforme), à la reconnaissance du Québec, même symbolique (sans aucun nouveau pouvoir spécifique), même momentanément, que le fond de nos convictions, de la thèse que nous avons dû, et devons défendre est fissurée. En fait, la séduction quexerce le camp fédéraliste est proportionnelle à la faiblesse du discours des souverainistes. Et cette faiblesse est la conséquence des fissures, des failles, absence de clarté, peur de ne pas y arriver (sous-estimer la capacité de comprendre des convaincables), peur de nommer, peur de dire, peur des mots, peur de dire la vérité, qui traversent les convictions du camp souverainiste. Les souverainistes doivent retrouver leurs moteurs, premièrement, le sens des mots, dire la vérité, une argumentation authentique, vraie, qui, plutôt queffleurer les questions essentielles, saccrochant à des accidents, à un discours masquant, revienne à lessentiel, et, deuxièmement, lexplication, la promotion de leur projet, un programme, un projet sans équivoque et sans astuces. On nous trouve intransigeants, mais cest parce que nous savons que lobjectif doit être défini avec une clarté absolue et que cest avec cette clarté absolue quon doit sy rallier, et y travailler, sans quoi on ne voit pas pourquoi les gens nous suivraient dans une direction que nous nosons pas prendre nous-mêmes. Par contre, nous ne rejetons personne, bien au contraire. La souveraineté - partenariat - politique est une invention passablement brumeuse qui tend à faire croire à la population quon peut faire lindépendance sans se retirer du Canada. Cest une idée démagogique, qui masque lenjeu véritable de la souveraineté sans trait dunion. Cest un discours masquant, au détriment dune explication, dune pédagogie attentive basée sur la réalité. Ce nest pas une question sémantique et ce nest pas une question de nuances. La différence entre les deux (2) objectifs est fondamentale. On ne parle ici que de lobjectif. Dans un cas, on fait de lassociation politique (institution politique à 50 - 50) avec le Canada un élément souhaitable et réalisable. Dans lautre cas, cette association est économique, nest que le fruit dun Traité de deux États voisins, nest quun accessoire au choix fondamental que les Québécois doivent faire entre la souveraineté et le fédéralisme canadien. Qui plus est, on fait de lassociation politique (institution politique à 50 -50) un élément souhaitable et réalisable, alors quil est illusoire, de la politique fiction. Lélément dit souhaitable, ne colle pas à la réalité, na aucune chance raisonnable daboutir. Autrement dit, personne ny comprend rien, sinon que cest un écran de fumée fabriqué de toute pièce pour « rassurer ». On a voulu tenir les Québécois dans lignorance en se disant on ne les informera pas. Cest un procédé qui manque de transparence. Et avec le temps, ça devient plus inquiétant. La population, celle que nous devons rejoindre, informer et convaincre ne rationalise pas, nanalyse pas dans les détails, mais elle sent les choses et elle sent bien quil y a quelque chose qui ne marche pas dans la souveraineté - partenariat - politique à 50 - 50. Est-ce quon va faire tous les efforts nécessaires pour éveiller les gens. Comment expliquer, renforcer, dédramatiser, faire avancer une idée, la souveraineté, si on nest pas ancré dans la réalité. Malgré que la souveraineté - partenariat - politique soit une invraisemblance, une impossibilité, M. Lucien Bouchard (et lélite politique) parle encore beaucoup (sans vraiment lexpliquer, ils ne le peuvent pas) de souveraineté - partenariat. Cela inquiète. Cette idée brumeuse et impossible, à moins quelle ne soit présentée dans une très courte durée comme en 1995, sera toujours improductive (à la longue, dans le long terme). À moyen terme et à long terme, elle nous empêche et nous empêchera toujours davancer. On peut leurrer tout le monde une fois (à court terme), mais on ne peut pas leurrer tout le monde tout le temps (à moyen terme, à long terme). M. Bouchard tente de noyer la dissidence sous les slogans et il fait du danger appréhendé, si on la mettait de côté, le seul moteur de toute action. Nous ne savons strictement rien de la direction de M. Bouchard. Dans ce cas, il est extrêmement périlleux pour les souverainistes de se montrer plus généreux que nécessaire, de signer un chèque en blanc et, connaissant lhabileté de M. Bouchard, ils risquent de se retrouver à très court terme Gros-Jean comme devant. Nous devons avoir le courage de dire à M. Bouchard et à tous ceux qui seraient tentés de le suivre dans cette voie que si, dans son esprit, cest la souveraineté - partenariat - politique - structure politique Québec - Canada à 50 - 50, nous ne poursuivons pas le même objectif. En attendant, il faut accorder nos flûtes. Et pourtant, il faudra bien que nous travaillions le terrain ensemble si nous voulons progresser, gagner du terrain. Plutôt que de fabriquer des travailleurs délection, il faut former des pédagogues enthousiastes et convaincants. Comment être pédagogue, éclairant, efficace, enthousiaste et convaincant, dans la confusion, lillusion, la fiction. Ou bien M. Bouchard partage entièrement notre objectif et il cesse de parler de souveraineté - partenariat - politique, ou alors il sen tient à cette idée irréelle, stérile, à cette fiction et nous saurons que nous ne sommes pas tout à fait sur la même longueur dondes. Dans ce cas, le Parti québécois, au lieu de se fermer les yeux, devra se montrer extrêmement prudent à son endroit. Nous ne prétendons pas être les détenteurs de la vérité.. Non, ce nest pas ce que nous disons. Nous croyons, au contraire, quon peut penser ce quon voudra et quon peut croire que la vérité puisse se trouver ailleurs, à tout le moins une partie de la vérité. Mais nous disons également: UNE ORGANISATION POLITIQUE NE PEUT PROPOSER DES OBJECTIFS FONDAMENTAUX QUI NE RÉSISTENT PAS À LANALYSE, À LA RÉALITÉ, NI PLUSIEURS OBJECTIFS FONDAMENTAUX CONTRADICTOIRES À LA FOIS. Nous répétons que lobjectif doit être absolument clair et que ceux qui ne sy rallient pas ont le loisir de militer ailleurs en défendant leurs propres objectifs. Mais nos propos sadressent surtout aux militants et aux militantes du Parti québécois, comme à ses chefs qui pourraient être - et qui sont - TENTÉS DE SOUS-ESTIMER LA CAPACITÉ DE COMPRENDRE de notre population et de ne pas faire confiance au peuple - il est adulte - sans jamais revenir sur linefficacité de défendre et promouvoir une illusion, une fiction. Nous avons intérêt à nous coller à la réalité. À moyen terme et à long terme, la réalité se comprend mieux que la fiction. LES INTELLECTUELS SOUVERAINISTES. Il y a tous ceux qui écrivent et qui parlent. Ils sont de toutes les catégories. Ils nont pas écrit et parlé ces dernières années du partenariat - politique au programme proposé. Ils ont un rôle essentiel à jouer dans la société. Nous attendons toujours, avec attention, la discussion éclairante quils engageront sur nos objectifs et sur le - partenariat - association - politique. Tout se passe comme sils avaient eu un peu peur den parler et décrire, et quils le connaissent mal. Quest-ce que la peur ? Est-ce le mot que nous employons quand nous ne savons pas donner de nom ? Cest une raison de plus pour que notre objectif soit le plus clair possible et quil soit présenté résolument sans jouer sur les mots et sans dorer la pilule: un projet, un programme sans équivoque et sans astuce. Si la souveraineté est chose difficile à conquérir, elle est encore plus difficile à assumer. Tous doivent le savoir dès le départ et le projet de souveraineté - partenariat - politique ne doit plus nous plonger dans les paradis artificiels de la fuite en avant.La souveraineté narrivera jamais dans notre vie collective sans beaucoup de clarté et de travail. Ni magie. Ni soudaineté. Ni facilité. La vérité. De la clarté. Et du travail. Du travail incessant, soutenu, du travail à long terme, du travail indépendamment des gouvernements, indépendamment des contextes, du travail dans la clarté. Beaucoup de Québécois et de Québécoises, depuis 1996, 4 ans, continuent de tourner autour de lobjectif de la souveraineté sans ladopter vraiment. Nous ne sommes pas là pour pleurer le passé, mais pour préparer lavenir. Les pièges de la souveraineté-partenariat-politique sont encore nombreux qui peuvent souvrir sous nos pieds. Cest pourquoi le Parti québécois doit devenir extrêmement ferme sur son objectif premier - la souveraineté du Québec - le point de ralliement de la majorité des Québécois plutôt quun simple sujet de discussion parmi tant dautres, plutôt quun article parmi dautres à la table des négociations, plutôt quun objet de marchandage. Notre objectif ne doit jamais être négociable, ni dans les assemblées, ni dans les conseils nationaux, ni dans les congrès de comté, ni dans les congrès régionaux, ni dans le congrès national, ni dans les palabres, ni à huis clos, ni en public, ni dans nos partis politiques souverainistes. En terminant, je vous pose deux questions: Voulez-vous que le Québec devienne un pays souverain ?
Voulez-vous que le Québec souverain soit, Le Québec doit-il devenir un État indépendant, coopérant avec le Canada ?
Un Québec, État indépendant, qui coopère En somme, voulez-vous que le Québec devienne un pays !
Je vous pose également deux autres questions: Les intellectuels écrivent et parlent. Cest ce que nous devons faire, sans tourner autour du pot et dune manière respectueuse de la vérité et de la réalité, dune manière éclairante et convaincante. Que pensez-vous, vous, intellectuels souverainistes de toutes catégories, de tous horizons de cette souveraineté-partenariat-association politique et de ses conséquences ? Écrirez-vous ? Parlerez-vous ? Nous sommes arrivés à la croisée des chemins. Les carrefours sont dangereux et ils peuvent facilement nous plonger dans la confusion. Cette question de partenariat - association - politique et ses conséquences mérite toute votre attention. Pensez-y. Cest à chacun de nous, cest à nous dagir. Pierre Cavalo Note. Le contenu du présent texte puise à plusieurs sources que malheureusement je ne suis plus en mesure didentifier. Mais je veux rendre leur dù à ces auteurs qui mont permis de nourir, dalimenter, denrichir mes réflexions et de faire évoluer ma pensée. Cest un peu innocemment, sans malveillance que certaines parties, des phrases peuvent se retrouver intégralement citées dans mon texte sans quil nen soit fait mention. Loin de vouloir mapproprier la pensée des autres, japprécierai beaucoup que lon puisse men faire part et me les communiquer. Il est permis de reproduire ce texte en incluant la note ci-haut.
Dans lamitié, la camaraderie et la fraternité qui nous animent, je demeure...
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