Réaction au projet de loi de Dion-Chrétien

À qui pensez-vous faire peur et pour le bon plaisir de qui?

Lettre à Monsieur le Premier ministre Chrétien




PROCURATION

À: Député de Charlesbourg à Ottawa
Monsieur Richard Marceau
richardmarceau@oricom.ca

Date : le 15 décembre 1999

Objet : Lettre à Jean Chrétien



Monsieur Marceau,
Député de Charlesbourg

Je vous autorise à faire publier cette lettre signée de mon nom ou à la faire lire en Chambre par un député (peu importe le parti) pour qui l’expression « respect de la démocratie » signifie encore quelque chose, après le dépôt (13 décembre 1999) du projet de loi Chrétien restreignant les effets du droit de vote des Québécois.

Signé à Québec, le 15 décembre 1999

Cécile Comeau
Charlesbourg

original transmis par télécopie




Québec, le 15 décembre 1999



Monsieur Jean Chrétien
Premier ministre du Canada

Monsieur le Premier ministre Chrétien,

Je vous écris cette lettre en protestation contre le coup de force que vous préparez contre le droit démocratique du Peuple du Québec à proclamer sa souveraineté advenant un vote pour le «oui » obtenu à la majorité absolue, soit 50% +1 des voix exprimées. Je constate qu’au Canada le proverbe latin « Vox populi, vox Dei » devient soudainement « Vox Chretienni y Dionni, vox Dei ». À moins qu’il n’y ait un triumvirat qui s’autoproclame « Vox Chretienni, Dionni y Nanninggi, vox Dei »... Mon latin de cuisine en dit long sur le sentiment d’indignation que m’inspire maintenant tout le Canada.

Je suis une québécoise qui se souvient du décret fédéral imposant la Loi des mesures de guerre, lors de la crise d'Octobre 1970. Par contre, malgré ma bonne mémoire, je ne parviens même plus à me souvenir ni à compter, tellement ils sont trop nombreux, les milliards de dollars de nos taxes retenues par le gouvernement fédéral depuis des années; ces taxes détournées de nos hôpitaux, de nos écoles et des foyers de nos pauvres, de nos vieux parents ou de nos enfants démunis.

Non. Monsieur Chrétien, le Canada n'est pas « le plus beau des pays au Monde » (sic), comme vous vous plaisez à le répéter, en essayant de vous en convaincre vous-même, à défaut de ne pouvoir tromper les gens qui ont encore une conscience dans cet « ad mare usque ad mare » d’injustices économiques et sociales où vous vous complaisez en compagnie de vos âmes damnées. Dans vos abus de pouvoir, vous vous êtes volontairement isolé des gens ordinaires que vous détroussez sans vergogne. Vous avez institué le désordre organisé au pays du Canada qui était si cher à nos grands-parents, eux qui étaient fiers d’être Canadiens français. Aujourd’hui, nous, leurs petits enfants, avons honte d’être Canadiens français, parce que ce pays du Canada bâti par nos grands-parents n’existe plus. Vous l’avez détruit délibérément en désorganisant ses structures les plus élémentaires aux soins de santé, à l’éducation et à la solidarité avec les pauvres, les femmes, les enfants, les jeunes et les personnes âgées.

Vous n’avez aucun respect des compétences provinciales, ni des gens administrés par les gouvernements de ces provinces. Vous n’en avez rien à foutre! Ça ne sert plus à rien d’élire démocratiquement des gouvernements provinciaux dans ce pays du Canada, si ce n’est que pour les voir se faire museler, comme s’ils n ‘étaient que des chiens, et lier les mains par la dictature de votre gouvernement fédéral; un gouvernement fédéral dirigé par un Conseil de ministres fédéraux et un parti gouvernemental majoritaire en Chambre qui ne servent plus que de repères à de petits pignochets sans envergure qui s’évertuent à chercher maintenant un moyen de violer le principe démocratique de la majorité absolue, au lieu de chercher à gouverner et à administrer le pays dans le respect du principe de l’égalité des chances pour tous et pour toutes. Même Maurice Duplessis, que je déteste pour m’en confesser, n’aurait jamais remis en cause une majorité absolue obtenue à la suite d’une consultation du Peuple. Pauvres minables!

Bande de « fédéraux » sans conscience, sans âme et sans coeur, d’où sortez-vous au juste. Ici, je n’utilise pas le terme « fédéralistes », ne voulant pas manquer de respect à ma mère de 75 qui est fédéraliste et ne voulant pas salir non plus la mémoire de fédéralistes canadiens qui étaient de grand démocrates comme T. C. Douglas et J. Lewis, tous deux opposés à la Loi des mesures de guerre du gouvernement Trudeau en 1970, gouvernement dont vous faisiez partie aussi, Monsieur Chrétien. Même le Nouveau parti démocratique (NPD) du Canada tourne le dos à la démocratie, aujourd’hui! Même si Madame Vautour a rejoint le Parti progressiste conservateur du Canada, fallait-il que le cocus NPD s’acoquine avec le Parti libéral du Canada ou encore avec le Reform Party pour appuyer un projet de loi aussi antidémocratique? Quel gâchis de la tradition sociale-démocrate léguée par Messieurs Douglas et Lewis.

Toujours est-il qu’en octobre 1970, vous vous êtes comportés en voyou, Monsieur Chrétien, simplement dans le but inavouable que le Parti libéral du Canada obtienne du capital politique, auprès des électeurs et électrices des autres provinces du Canada, sur le dos du Québec. Aujourd’hui, en 1999, à la toute vielle du vingt-et-unième siècle, à l’aube du troisième millénaire, vous vous comportez toujours en voyou. À en voir vos oeuvres et leurs effets, je me demande si vous n’êtes pas sortis tout droit des poubelles de la droite fondamentaliste américaine, des jupes de Madame Tatcher ou de la république de bananes de Duvalier. Étiez-vous leur « fou du roi », avant de siéger comme bouffon de service à la Chambre des communes du Canada, fonctions que vous partagez avec brio avec Dion et Manning? Vous êtes la honte de la race canadienne-française qui donna le jour à nos parents. Si seulement vous aviez eu le dixième de un pour cent (0,1%) du courage de Louis Riel, votre « plus beau des pays au Monde » (sic) s’épanouirait dans l’honneur, le respect et la dignité, bref dans tout ce dont vous êtes incapable de manifester. Le respect, la dignité et l’honneur, ces attitudes qui font que l’on vit dans un pays civilisé, démocratique et prospère doivent être des actes contre nature pour vous. Pauvres « canadians », quel crime ont-ils commis pour vous avoir comme chef de gouvernement. Pour moi, maintenant plus que jamais, le Canada c’est « no thank you, I have ever given, and given too much »!

Le Canada n'est plus mon pays. Non. J’ai trop honte de gens comme vous Monsieur Chrétien, depuis la crise d’Octobre 1970, moment où j'ai ouvert mes yeux d'adolescente de 17 ans, alors que le reste du Canada fermait les siens, à quelques rares exceptions près... Votre « plus beau des pays au Monde » (sic), je n'en veux pas, ni pour moi, ni pour ceux et celles que j'aime. Comment souhaiter la pérennité de votre « plus beau des pays au Monde » (sic) qui, tôt ou tard, s’effondra à cause de votre acharnement contre nos politiques sociales provinciales et l'empiètement de votre administration sur les compétences des quelques gouvernements provinciaux qui ont à coeur de maintenir encore, envers et contre vous, le principe de l'égalité des chances pour les gens de leurs provinces. Tas d'abrutis de fédéraux, magouilleurs et ivrognes d'abus de pouvoir sur les provinces, ce n'est pas le mouvement indépendantiste qui a détruit votre « plus beau des pays au Monde » (sic), vous y êtes très bien parvenus tout seuls, sans notre aide.

Maintenant et plus que jamais, je veux un pays à nous, le Québec dans lequel nous ne serons plus dirigés et administrés par une puissance étrangère outre-outaouaise. Je veux mon pays du Québec dans lequel nous pourrons au moins décider de ce que nous ferons avec nos taxes payées par les Québécois, soit les utiliser là où l'éthique nous le commande pour les êtres humains qui vivent ici, chez nous, au Québec. Mais au fait, savez-vous ce que signifie le terme « être humain » ? Savez-vous qu'ils existent, ces êtres humains, dans « votre plus beau des pays au Monde » (sic) ou êtes-vous inculte et inhumain à ce point?

Monsieur Chrétien, qu’allez-vous faire à notre Peuple, advenant un vote majoritaire pour le « oui » à la souveraineté du Québec qui serait obtenu à la majorité absolue des votes, soit 50% + 1 des voix exprimées? Proclamer la Loi des mesures de guerre, comme en 1970 et nous envoyer l’armée pour l’occupation de notre territoire et l’incarcération de personnes, sans mandat d’arrestation, sans chef d’accusation ni procès, actes antidémocratiques que vous avez si bien autorisés en 1970 et maintenus, sans vous soucier que même des enfants avaient été emprisonnés sous le coup de cette loi?

En effet, Il y a eu des enfants arrêtés et mis en prison à Montréal, simplement parce qu’ils étaient en visite chez des amis dont les parents ont été arrêtés. Il y a eu les étudiantes du secondaire qui étaient pensionnaires d’un couvent dans la région de Trois-Rivières qui ont été séquestrées dans leur pensionnat pendant toute une fin de semaine, avec l’interdiction d’aller prendre l’air dehors dans la cour du couvent, et tenues à résidence surveillée pendant plus deux semaines par une division blindée de l’armée canadienne qui bloquait toute la route autour du couvent, empêchant les parents d’aller chercher leurs adolescentes et les adolescentes d’aller rejoindre leurs parents venus les chercher pour la fin de semaine. Ces couventines de moins de 18 ans représentaient probablement une menace terroriste terrible pour le Canada et la division blindée canadienne qui était si démunie devant autant de candeur. N’est-ce pas Monsieur Chrétien, vous qui avez dit pendant la dernière campagne électorale qu’il fallait un contrôle des armes (...) des enfants ayant déjà la « bombe atomique ». Savez-vous quelle insécurité ont vécu ces adolescentes séquestrées par des moyens aussi démesurés proportionnellement à leurs âges? Y a-t-il des « Canadians » siégeant à la Chambre des communes qui connaissent cette partie de l’histoire du Québec?

Si nous disons oui à notre pays du Québec, allez-vous nous faire matraquer, comme cela fut le cas, lors du samedi de la matraque à Québec, en 1967? Allez-vous nous faire asperger de poivre de Cayenne, comme on l’a fait sur les étudiants et étudiantes de Colombie-Britannique qui manifestaient contre un dictateur de renommée mondiale. Avez-vous appris suffisamment pendant la présence si courte de ce dictateur en sol canadien, pour vous comporter comme lui en refusant de reconnaître la majorité absolue du suffrage universel au Québec et les pouvoirs que nous voulons conférer à nos élus de l’Assemblée nationale? Quels épouvantails allez-vous ressortir des placards, à part celui de votre propre personne et de votre ministre Dion? À qui pensez-vous faire peur et pour le bon plaisir de qui?

Nous n’avons plus rien à perdre, vous nous avez pris ce que nos grands-parents et parents, si fiers d’être Canadiens français, ont construit dans ce pays qui était le Canada. Même eux qui ont construit ce pays du Canada, vous les détroussez, maintenant qu’ils sont vieux et malades. Certains ne veulent plus se faire soigner, de peur de ne coûter trop cher au système de santé de leurs provinces. Ces systèmes de santé, vous en êtes le fossoyeur, « canadian one », mais fossoyeur quand même.

Cécile Comeau
Charlesbourg

c.c. à qui mon député de Charlesbourg à Ottawa voudra bien la transmettre.