L'idée de cet article m'est venue le soir du 22 mars dernier, au sortir d'une représentation de Transit - Section no 20, par le Nouveau Théâtre expérimental. Le spectacle reprenait la pièce jouée l'année précédente, un grand succès évoquant des scènes de l'histoire du XXe siècle, commentées par deux "bons diables". L'histoire vivante, me disais-je, oui, c'est cela, l'histoire vivante, une pièce qui fait réfléchir, puisque le thème en était: à quoi ça sert de se rappeler tout ça?
J'ai donc pensé que mon mot du président pourrait, cette fois-ci, être consacré à l'histoire vivante: en avons-nous jamais tant vu qu'aujourd'hui? Nous viennent immédiatement à l'esprit les grands médias: le canal Historia, avec une émission quotidienne comme L'histoire à la une, la série hebdomadaire du dimanche après-midi La vie comme une histoire, avec Mario Proulx, à la radio de Radio-Canada, ou la grande télésérie Le Canada: une histoire populaire.
Mais il n'y a pas que cela, vous le savez bien. Nos revues produisent aussi de l'histoire vivante. En voir apparaître une nouvelle est signe de vitalité: je pense ici à Mens, "revue d'histoire intellectuelle de l'Amérique française", lancée par un groupe de jeunes à l'automne 2000 et qui contient dans son 2e numéro un compte rendu du congrès 2000 de l'IHAF, Éducation et société (p. 174-180). Et n'oublions pas nos grandes revues avec, en tête, naturellement, notre Revue d'histoire de l'Amérique française. Nous avons eu le plaisir de recevoir coup sur coup, en mars dernier, les deux numéros d'automne et d'hiver. Un article bien ficelé n'est-il pas une magnifique avancée pour l'histoire vivante?
Pour la suite, je vous invite à suivre mes émotions d'"histoire vivante" pendant un mois.
27 avril: Sommet des Amériques, article de Nicolas Bélanger dans Le Devoir (A9)
Impressionné par cet article qui relate l'expérience de ce jeune à la prison d'Orsainville, où il a pris la plume au nom des détenus, je l'ai été bien plus encore lorsque j'ai appris, à la télévision, qu'il était étudiant en histoire à l'Université Laval. L'histoire qui témoigne, l'histoire qui s'engage: Nicolas voulait filmer le Sommet avec sa caméra vidéo. Son témoignage se termine par cette phrase, aux accents des grands jours: "Car il est des valeurs universelles qui traversent même les murs des prisons et qui sortiront avec nous s'épanouir au grand air de la liberté."
27 avril: concours pour la direction générale des Archives nationales du Québec
Le responsable du Comité des archives, Donald Fyson, adresse une longue lettre à la ministre de la Culture, pour la "réveiller" sur le processus de nomination et les critères de sélection du ou de la directrice générale des ANQ. C'est aussi militer pour l'histoire vivante que de réclamer que le titulaire de ce poste soit, plus qu'un administrateur chevronné, un passionné (compétent) d'archives, d'histoire et de patrimoine!
2 mai: ouverture de l'exposition ?"1701: La Grande Paix de Montréal", au Musée Pointe-à-Callière (du 2 mai au 16 septembre 2001)
Peut-on imaginer contact plus direct avec l'histoire vivante qu'une exposition comme celle-là? Vu l'importance du sujet, j'ai demandé à Louise Pothier de vous préparer un article, que vous trouverez ci-dessous.
10-11 mai: Fête du patrimoine, à Sherbrooke
Imaginez-vous qu'on m'a demandé de présider le jury de cette fête, organisée par un professeur d'histoire, Vincent Ruel, et toute une équipe, dans le cadre des activités de la Fondation Historica, pour promouvoir l'histoire auprès des jeunes de 3e année primaire à Secondaire III. Quatre-vingt dix-huit projets à visiter en deux jours! Que d'initiatives, que d'imagination! Le premier prix est allé à un projet collectif (12 élèves de 4e année) sur la toponymie de Sherbrooke, où chaque personnage des noms de rues était incarné par un petit comédien qui avait fait sur lui (ou elle) une recherche. De l'histoire vivante? ah, ça, oui.
12-13 mai: Salon national d'histoire et de patrimoine, à Trois-Rivières
Il y aurait beaucoup à dire, ici aussi, sur cette 2e édition. Je ne vous signalerai que le travail inlassable de Marie-Josée Dorion, qui a de nouveau accepté d'assurer l'animation du kiosque de l'Institut, ainsi que la conférence de Thierry Nootens, commanditée par l'IHAF qui voulait ainsi porter vers le grand public la recherche du gagnant du dernier prix Frégault.
15 mai: l'ACFAS, à Sherbrooke
Le mardi 15 mai était la journée de l'histoire à l'ACFAS. Plusieurs communications à se mettre sous la dent, l'histoire vivante par nos étudiants de maîtrise et de doctorat surtout. J'ai eu le plaisir d'assister à celle de Frédéric Demers, de l'Université Laval, sur "La télésérie Les Filles de Caleb comme récit et miroir de soi", qui a gagné le prix de la meilleure communication étudiante: un régal pour l'intelligence!
25-27 mai 2001: le congrès de la Société historique du Canada, à l'Université Laval
L'histoire vivante allait continuer son tour de piste (mais s'arrête-t-elle jamais?) à l'Université Laval, pour le temps fort du congrès de la SHC. Je ne peux vous signaler tous mes coups de cur: je me limiterai à trois, d'histoire vraiment vivante. Le premier est une coïncidence assez extraordinaire. J'assistais à une communication de Brian Clarke, qui s'extasiait sur le livre de H. V. Nelles sur le tricentenaire de 1908 à Québec, signalant notamment la présence de 2000 orangistes à ce moment-là sur les Plaines d'Abraham. C'est à ce moment précis que j'ai dû quitter la séance, car l'après-midi était si belle que j'avais résolu d'aller me faire guider, par nul autre que le doyen Jacques Mathieu, précisément sur... les Plaines d'Abraham! Visite riche d'histoire vivante, faut-il le dire.
Le lendemain, voici une séance avec deux étudiantes au doctorat, Kathryn Harvey (McGill) et Nathalie Hamel (Laval), qui traitent l'une, de David McCord, l'autre, de la collection Cloverdale. Séance merveilleusement agencée, avec deux sujets complémentaires traitant d'histoire, de musées et de patrimoine. Enfin, comment ne pas signaler la conférence plénière de Robert Muchembled, "Sens du tragique et recherche du bonheur", un véritable délice pour l'esprit. Oui, l'histoire vivante, ce sont aussi nos réflexions les plus poussées sur l'histoire et son sens.
29 mai: 24 candidats pour un poste
Voici que mon département ouvre un poste (XIXe-XXe siècles). Bonheur que nous espérons voir se renouveler ces prochaines années - il y a tout de même eu des départs. On nous disait que les candidatures de qualité se faisaient rares. Détrompez-vous: nous en avons reçu vingt-quatre, avec doctorats, publications, expérience d'enseignement. Pas toutes de même niveau, naturellement, mais voilà des personnes qui ont poussé au plus loin l'expérience de recherche en histoire et qui sont, littéralement, l'histoire vivante.
Oui, l'histoire est bien vivante et nous pouvons reprendre, avec un grand homme, que dis-je, avec notre fondateur, le mot qu'il lançait, dix ans tout juste avant la fondation de cette revue: "Nous sommes de la génération des vivants!"
GUY LAPERRIÈRE
Le défi est de taille. Montréal a séduit les membres de l'Institut qui s'y sont retrouvés nombreux pour le congrès annuel de l'an 2000. Cet automne, Ottawa/Hull entendent bien montrer que la qualité de leur hospitalité vaut bien celle qu'on retrouve un peu plus à l'est.
Le thème du congrès: "Le centre et les périphéries", a su attirer les chercheurs du Québec, du reste du Canada et de l'étranger. L'abondance des domaines représentés témoigne, encore une fois, de la vitalité de notre discipline et du grand intérêt porté par le milieu scientifique à l'histoire de l'Amérique française. Le nombre considérable d'étudiants diplômés et la qualité de leurs propositions renforce notre conviction que l'avenir des études sur l'histoire de l'Amérique française se trouve entre bonnes mains.
Le congrès de 2001 aura comme objectif de susciter la participation de chercheurs de divers horizons pour discuter des approches et des progrès des recherches. Étant donné le contexte géographique et politique de la rencontre, les organisateurs ont décidé d'encourager la participation des chercheurs des régions plus éloignées. Grâce à l'initiative de Robert Boily, le directeur de la Fondation Lionel-Groulx, de Jean-Pierre Wallot, directeur du CRCCF, ainsi qu'au soutien financier de nos commanditaires, les congressistes pourront assister à la table ronde des directeurs de plusieurs centres d'études sur les francophones, situés au Canada et aux États-Unis.
Dans le programme préliminaire du 54e congrès, présenté dans le numéro du printemps 2001 de la Revue, vous trouverez des séances portant sur une riche gamme de sujets: la Nouvelle-France, l'histoire des femmes, l'expansion urbaine, le monde rural ou les questions identitaires, pour ne mentionner que celles-là. L'intérêt de la communauté des historiens régionaux s'est traduit par l'organisation d'une séance sur l'histoire de la vallée de l'Outaouais. Grâce à l'enthousiasme de Michel Prévost, président de la Société d'histoire de l'Outaouais, nous pouvons vous inviter à une visite des lieux patrimoniaux de Hull.
Le comité d'organisation du congrès de Montréal 2000: de g. à dr., Robert Gagnon, Éric Vaillancourt, Jocelyn Saint-Pierre, Karine Hébert, Jean-François Auger, Lyse Roy et Alain Beaulieu
Nous sommes heureux d'annoncer que notre conférencière invitée sera Antoinette Fauve-Chamoux, professeure à l'École des hautes études en sciences sociales à Paris. Madame Fauve-Chamoux présentera la conférence d'ouverture, intitulée "La production familiale au centre et en périphérie: le parcours d'une historienne". Le professeure Fauve-Chamoux, une des meilleures spécialistes en démographie historique, s'intéresse également à l'histoire de la famille, à l'histoire des femmes et à l'histoire de l'enfance. Son remarquable dossier scientifique inclut des dizaines de livres et d'articles publiés en d'autres pays européens ainsi que de notre côté de l'Atlantique.
Le vin d'honneur offert par le recteur de l'Université d'Ottawa, le lancement du Répertoire numérique du fonds Guy-Frégault (Centre de recherche en civilisation canadienne-française, CRCCF), ainsi que la conférence plénière auront lieu dans la grande salle (la chapelle) du Pavillon Tabaret, à l'Université d'Ottawa, le jeudi soir à compter de 19h.
Les informations concernant
la préparation du congrès, les inscriptions, le
programme scientifique, le programme social, sont régulièrement
publiées sur le site Internet du Congrès:
http://www.uottawa.ca/ihaf2001
JAN GRABOWSKI
Université d'Ottawa
Le 4 août 1701 s'est tenu à Montréal un événement diplomatique d'envergure, connu sous le nom de Grande Paix de Montréal. Le traité signé par la France, ses alliés amérindiens et les Iroquois mettait un terme à plus d'un demi-siècle d'hostilités. Le gouverneur général de la Nouvelle-France, Louis-Hector de Callière, le chef huron et représentant des alliés Kondiaronk, et enfin Teganissorens, chef de la nation iroquoise des Onontagués, sont les principaux artisans de cette paix. Il s'agissait alors de pacifier un immense territoire en Amérique du Nord, habité par une grande diversité de nations, alliées ou ennemies.
Pour souligner cet événement important dans l'histoire de la Nouvelle-France, Pointe-à-Callière et la Corporation de la Grande Paix de Montréal 1701-2001 présentent l'exposition 1701 La Grande Paix de Montréal et l'ouvrage La Grande Paix. Chronique d'une saga diplomatique.
Une diplomatie de la forêt
Pendant toute la durée des négociations, en juillet
et en août 1701, Montréal vibre au rythme du protocole
amérindien et du faste "louisquatorzien". L'arrivée
de plus de 1300 délégués amérindiens
dans cette petite ville de 1200 âmes transforme alors Montréal
en capitale de la diplomatie franco-amérindienne.
Nous verrons dans quel contexte les autorités coloniales ont adopté la diplomatie "de la forêt", à l'amérindienne. Les cérémonies protocolaires sont accompagnées des wampums (colliers ou ceintures de coquillages), les audiences chez le gouverneur marquées par les harangues des chefs et des ambassadeurs, les accords sont scellés par des festins et des échanges de présents. On fume le calumet de paix, un rituel qui permet de communiquer avec les ancêtres que l'on prend à témoin pour entériner les décisions politiques des conseils.
Les enjeux politiques de la paix
Rappelons brièvement les faits. Depuis les années
1640, la France et ses alliés amérindiens sont en
conflits intermittents avec les Iroquois, alliés des Anglais.
De part et d'autre, on se fait la lutte pour le lucratif marché
des fourrures, et pour l'accès aux territoires de chasse.
Malgré des périodes de paix relative, les hostilités
entre les Iroquois et l'alliance franco-amérindienne reprennent
à la fin des années 1680.
Chez les Amérindiens, les guerres et surtout les épidémies qui sévissent depuis 1630 entraînent une forte diminution des populations, dans certains cas jusqu'à 80%. Pour toutes les nations qui cohabitent en Amérique du Nord, l'équilibre social et politique n'a jamais été aussi précaire. La paix apparaît de plus en plus comme une solution négociée préférable à la politique des armes. Une première trêve survient à Montréal en 1700, au cours de laquelle les Français, leurs alliés amérindiens et les Iroquois conviennent de tenir une grande conférence de paix à l'été 1701, où toutes les nations sont conviées afin de ratifier le traité. Ce sera l'été de la Grande Paix de Montréal.
Le 4 août 1701
Au début du mois d'août, au plus fort des négociations,
un événement dramatique assombrit le déroulement
de la conférence. Kondiaronk, le grand pacificateur huron
et porte-parole des alliés, meurt tragiquement le 2 août,
victime comme d'autres chefs d'une épidémie qui
sévit à Montréal - grippe et fièvres,
semble-t-il. Pendant les funérailles grandioses organisées
par Callière, les représentants amérindiens
et les dignitaires français saluent une dernière
fois leur allié, qui sera inhumé à l'église
Notre-Dame.
Le lendemain des funérailles, dans une plaine située un peu à l'écart de la ville, on prépare une enceinte où se tiendra la signature du traité. Le 4 août, en présence de quelque 1300 chefs et délégués amérindiens, du gouverneur, des interprètes et des représentants de l'élite montréalaise, on signe enfin le traité de paix. Les 39 signatures totémiques sont apposées par les délégués des nations représentées, et Callière signe au nom du roi de France.
Un chroniqueur, Bacqueville de La Potherie
L'exposition est ponctuée de citations d'un chroniqueur
contemporain de l'événement, Claude-Charles Le Roy,
dit Bacqueville de La Potherie. Cet administrateur français
a pris part aux pourparlers diplomatiques; en 1722, il publie
le récit de ce fabuleux événement dans son
Histoire de l'Amérique septentrionale.
En exposition: le traité de 1701
L'exposition présente une magnifique sélection d'objets
amérindiens et français datant des XVIIe et XVIIIe
siècles, pour la plupart rarement ou jamais présentés
au Canada. L'un des objets les plus spectaculaires est le traité
de 1701, dont la seule copie de l'époque est aujourd'hui
conservée en France au Centre des Archives d'Outre-Mer.
Au total, plus de 130 objets négociés en exclusivité auprès d'une vingtaine de musées en France, aux États-Unis et au Canada sont d'ailleurs exposés. On y retrouve notamment plusieurs objets issus du cabinet de curiosités du roi de France, maintenant conservés au Musée de l'Homme à Paris, tel l'extraordinaire wampum offert à Samuel de Champlain par les Hurons, en 1611, en guise de première alliance commerciale et politique. On pourra aussi découvrir des coiffes amérindiennes, des fusils de traite et des médailles offerts aux chefs en guise de cadeaux diplomatiques, des haches de guerre et des casse-têtes en bois finement sculptés, un canot miniature avec des personnages, et trois dictionnaires anciens en français et en langues amérindiennes.
Un livre de référence
La Corporation des fêtes de la Grande Paix de Montréal
vient également de faire paraître, en co-édition
avec Libre Expression, un ouvrage sur la Grande Paix de Montréal
écrit par l'historien Alain Beaulieu et l'anthropologue
Roland Viau. Le livre, abondamment illustré, raconte les
enjeux de l'événement et présente les acteurs
ayant pris part à cette saga diplomatique. L'illustrateur
Francis Back, spécialisé dans les reconstitutions
historiques, a réalisé une douzaine d'illustrations
originales. La vue de Montréal en 1701, conçue à
partir des travaux du Groupe de recherche sur Montréal,
au Centre canadien d'architecture, constitue un document visuel
saisissant de la ville à cette époque. Enfin, le
traité de paix de 1701 est également publié
dans son intégralité et commenté. En bref,
il s'agit d'un ouvrage incontournable sur la Grande Paix de Montréal,
sur les relations franco-amérindiennes et sur la Nouvelle-France.
LOUISE POTHIER
Chargée de projets, Pointe-à-Callière
Musée d'archéologie et d'histoire de Montréal
L'exposition
1701 La Grande Paix de Montréal
Pointe-à-Callière, Musée
d'archéologie et d'histoire de Montréal
Jusqu'au 16 septembre 2001
Pour informations: (514) 872-9150
info@musee-pointe-a-calliere.qc.ca
www.musee-pointe-a-calliere.qc.ca
Le livre
Alain Beaulieu et Roland Viau, La Grande Paix. Chronique d?une
saga diplomatique (Montréal, Libre Expression/Corporation
des fêtes de la Grande Paix de Montréal, 2001), 128
p., 24,95$. Illustrations originales Francis Back.
Sous l'aimable férule de notre secrétaire, France Normand, l'Institut mène, au printemps et à l'automne, une vigoureuse campagne de recrutement, qui vise à garder le membership au même remarquable niveau de 900 membres et, si possible, de l'augmenter jusqu'à 1000 (chiffre magique).
La campagne du printemps consiste à relancer nos anciens membres qui, souvent par omission, n'ont pas renouvelé leur adhésion. C'est un suivi que nous essayons de rendre personnalisé, par des courriels adressés à ces aimables personnes par l'un ou l'autre membre de l'exécutif.
La campagne de l'automne est beaucoup plus importante et vise avant tout les étudiantes et étudiants diplômés de nos universités québécoises ou francophones du Canada. Des professeurs qui animent des séminaires de maîtrise ou de doctorat acceptent de relayer le message et de transmettre le matériel fourni par la secrétaire. Un des attraits principaux, outre l'abonnement à la Revue et les activités de l'Institut, est la participation au congrès annuel, pour laquelle l'Institut rembourse une bonne partie des frais. De la sorte, nous espérons que le congrès puisse devenir, pour les étudiants d'histoire, une véritable fête annuelle.
Il faut cependant une logistique serrée. Le premier cours n'a souvent lieu que vers le 10 septembre et, pour que les réservations puissent être faites et les remboursements annoncés à temps, la date-limite pour les demandes de remboursement a été fixée au vendredi 28 septembre. Il nous faut donc des étudiants éveillés et alertes, mais en existe-t-il d'autre sorte à l'IHAF?
Cette campagne annuelle permet à l'Institut de toujours renouveler son membership étudiant, plus mobile par définition. Merci à tous ceux et celles qui y collaborent, et surtout à France Normand qui l'anime.
Bon nombre d'entre vous avez aimablement complété les données pour notre prochain Répertoire des historiens et des historiennes de l'Amérique française: grand merci! Certains oiseaux rares se font encore tirer l'oreille: vous comprenez que la responsable, Christine Hudon, tient à avoir un répertoire aussi complet que possible. Et si vous saviez à quel point elle tient à ce qu'il soit de maniement pratique!
Une des nouveautés de ce répertoire est qu'il sera aussi disponible sur Internet, et qu'on pourra régulièrement le mettre à jour. Comme vous savez, un travail de ce genre est long et coûteux. Aubaine extraordinaire pour l'Institut: France Normand a accepté de le faire bénévolement, à titre de secrétaire de l'Institut. Heureux Institut, qui a eu la bonne idée de s'élire une telle secrétaire!
Le "lancement" - si on peut parler de lancement pour un répertoire! - est prévu pour le prochain congrès, à Ottawa. On se demande s'il faut inviter, pour le présider, le premier ministre Chrétien, qui vient, comme France, de la Mauricie!
Lors de la dernière réunion du Conseil d'administration à laquelle elle participait, le 24 novembre dernier, Michèle Dagenais a livré ses réactions au Rapport Arpin, sur la politique du patrimoine culturel. Voici l'essentiel de cette réaction.
L'Institut d'histoire de l'Amérique française a accueilli très positivement le rapport du Comité Arpin. L'Institut se réjouit de constater que ce rapport reprend l'essentiel des recommandations contenues dans le mémoire qu'il a présenté lors des audiences du Comité Arpin. En particulier, plusieurs des orientations proposées dans le rapport rejoignent tout à fait nos propres recommandations.
La première et la troisième orientations traitent de la responsabilité de l'État en matière de patrimoine, qui doit s'exercer en concertation avec les organismes locaux, les associations, les citoyens, tout en insistant sur le rôle de coordonnateur et de leader du gouvernement en la matière. Bref, il s'agit de doter le Québec d'un véritable réseau du patrimoine et de lui donner les moyens de se réaliser.
La deuxième orientation du rapport insiste aussi sur la nécessité d'adopter une définition du patrimoine souple et évolutive, tout comme l'IHAF le recommande.
La troisième orientation reconnaît aussi l'importance de doter le Québec d'outils pour la protection et la diffusion du patrimoine. Les recommandations associées à cette orientation suggèrent de procéder à un relevé des inventaires dans le domaine patrimonial et de reconnaître les archives comme partie intégrante de notre patrimoine, tout comme l'IHAF l'a aussi recommandé.
La cinquième orientation, concernant la recherche et la formation en matière de patrimoine, rejoint aussi les préoccupations de l'IHAF.
Fort satisfait du contenu du rapport Arpin, l'IHAF souhaite vivement que le gouvernement du Québec s'inspire largement de celui-ci pour enfin adopter une politique du patrimoine et passer à l'action. Notre patrimoine, il n'est pas nécessaire de le rappeler, requiert plus que jamais l'attention et le respect de tous et les moyens nécessaires pour être mis en valeur.
MICHÈLE DAGENAIS
Université de Montréal
Les ANQ, pour qui l'ignorerait, ce sont les Archives nationales du Québec. Elles se cherchent un directeur, pour remplacer Robert Garon, parti à la retraite. Dans l'annonce publiée dans les journaux du 7 avril dernier, la description du poste était très générale, sans aucune spécificité archivistique ou historique.
L'Institut a senti le besoin de réagir. Le responsable du comité des archives, Donald Fyson, toujours aux aguets, après avoir consulté moult personnes compétentes en la matière, a composé une lettre substantielle, qui, munie de sa signature et de celle du président, est partie vers le bureau de la ministre de la Culture, lui transmettant notre point de vue sur le processus de nomination et les critères de sélection d'un nouveau directeur général. Vous pouvez d'ailleurs lire ce document in extenso sur le site de l'Institut:
www.cam.org/~ihaf/dossiers/DGdesANQ.html
Logiquement, on aurait pu réfléchir d'abord sur les recommandations du rapport Arpin, notamment celle qui recommande que "les Archives nationales [fassent] l'objet d'une évaluation globale et intégrée", et chercher à les appliquer en utilisant la nomination d'un nouveau responsable comme levier de la direction nouvelle à donner à ce service public. Le milieu aurait pu être consulté, comme on l'a fait pour les ANC, vu l'importance de cette nomination qui aura d'importantes conséquences.
Quant aux critères de sélection,
il faut que le poste voie son importance reconnue comme celui
de responsable d'un grand organisme d'État. Une expérience
dans le domaine de l'histoire et/ou des archives paraît
s'imposer. Beaucoup de défis attendent cette personne:
le caractère patrimonial des archives, l'implantation des
nouvelles technologies, la numérisation, la diffusion sur
Internet... La liste se prolonge et l'Institut conclut en se disant
à la disposition du comité de sélection pour
lui fournir toute lumière additionnelle. À suivre,
donc.
L'IHAF a été reçu à
la Commission parlementaire sur la culture vendredi le 15 juin
dernier, à 17h30, pour les consultations sur le projet
de loi 122 (archives). Il était représenté
par Donald Fyson et Guy Laperrière. L'audition a été
rapide, puisque nous étions les derniers à passer...
Notre mémoire a été bien reçu. On
espère que le projet de loi sera (enfin!) adopté
à l'automne
Vous vous souvenez du grand congrès
qui avait réuni toutes les sommités de l'histoire
à l'Université McGill à l'automne 1999. L'Association
d'études canadiennes se lance dans une deuxième
aventure du genre, du 19 au 21 octobre prochain, à Winnipeg.
Le thème retenu est le suivant: "Enseigner, apprendre
et communiquer l'histoire du Canada: défis et solutions".
Le 20 octobre 2000, dans le cadre de son 53e congrès annuel, tenu à l'Hôtel Delta, à Montréal, l'Institut d'histoire de l'Amérique française procédait à la remise de ses prix littéraires.
PRIX LIONEL-GROULX - FONDATION YVES-SAINT-GERMAIN
Doté d'une bourse de 5000$, le Prix Lionel-Groulx - Fondation Yves-Saint-Germain est le plus prestigieux des prix offerts par l'Institut. Il récompense le meilleur ouvrage paru en 1999, portant sur un aspect de l'histoire de l'Amérique française et s'imposant par son caractère scientifique.
Devant la qualité du cru 1999, le comité a tenu à accorder, dans un premier temps, deux mentions honorables. La première est décernée à Andrée Lévesque pour son livre Scènes de la vie en rouge. L'époque de Jeanne Corbin 1906-1944, paru aux Éditions du remue-ménage. Avec une grande finesse, ce récit de la courte vie d'une militante de premier plan mélange les genres, combinant l'histoire du Parti communiste canadien, celle des femmes et celle de la classe ouvrière. C'est néanmoins Jeanne Corbin, protagoniste oubliée et presque évanescente, qui occupe toute la place dans ce livre. L'autre mention honorable est décernée à René Hardy pour son livre Contrôle social et mutation de la culture religieuse au Québec 1830-1930 paru aux Éditions du Boréal. Cet ouvrage écrit avec élégance présente une réflexion longuement mûrie sur l'histoire du phénomène religieux au Québec. L'auteur de cette étude incontournable allie une perspective critique sur le contrôle social et d'amples recherches qui explorent de façon habile, voire ingénieuse, les pratiques des fidèles et l'encadrement qu'en fait l'Église.
Le gagnant du Prix Lionel-Groulx - Fondation Yves Saint-Germain s'amuse, lui, à démonter, pour le plus grand plaisir du lecteur, une commémoration riche en enseignements divers, celle, tenue en 1908, de la fondation de Québec. Sous la plume de cet historien, un sujet à première vue anecdotique finit par embrasser toute une époque. Shakespeare à l'appui, l'auteur opère une véritable mise en scène de ces Fêtes du tricentenaire, tout en répondant aux impératifs tant historiens que littéraires (voire anthropologiques, ajouterions-nous, devant les traces discrètes d'emprunts faits à cette discipline voisine). Sa description des préparatifs, du déroulement et de certaines suites de l'événement dénote une rare maîtrise de l'art du récit analytique. L'emblème de ce livre qui exploite à fond l'iconographie d'époque est sans conteste la vue panoramique - celle des hauteurs d'Abraham, où se déroulaient les parades et les spectacles historiques commémorant, finalement, davantage la fin du Régime français que ses débuts. Tour à tour, personnages et groupes se détachent de la masse pour donner un sens chaque fois différent à l'événement. Se construit ainsi une analyse à voix multiples. On objectera que certaines de ces voix sont mieux maîtrisées que d'autres, que le panorama présenté rapetisse tel ou tel groupe dont les préoccupations, vues d'une telle hauteur, perdent de leur netteté si ce n'est de leur bien-fondé. N'empêche: ce livre exhale l'imagination et l'érudition. En attendant la traduction que prépare actuellement Hélène Paré, c'est la version originale du livre de Henry Vivian Nelles qui reçoit le prix Lionel-Groulx - Fondation-Yves-Saint-Germain 2000: The Art of Nation-Building: Pageantry and Spectacle at Quebec's Tercentenary, paru aux Presses de l'Université de Toronto. Henry V. Nelles est professeur au département d'histoire de l'Université York. Il est récipiendaire de plusieurs prix pour ses publications.
PRIX GUY-FRÉGAULT
Offert par la famille Frégault et d'une valeur de de 1000$, le Prix Guy-Frégault couronne le meilleur article publié dans le volume 53 (1999-2000) de la Revue d'histoire de l'Amérique française. Ce volume contient plusieurs excellents articles aux saveurs variées qui ont rendu la tâche du comité à la fois difficile et passionnante. L'article retenu se signale d'abord par son approche. Utilisant les archives de l'interdiction judiciaire du district de Saint-François au tournant du siècle, l'auteur donne aux familles et aux communautés un rôle de premier plan en matière de "gestion" des troubles mentaux. Il rappelle que les asiles, qualifiés d'institutions totales sinon totalitaires par une histoire peut-être trop philosophique, ne sauraient survivre s'ils ne répondent pas au moins partiellement à certains besoins. C'est ainsi que l'auteur est amené à concevoir la pratique d'interdiction des personnes atteintes de "folie" comme une stratégie familiale ou communautaire plutôt que strictement institutionnelle. Bien écrit, bien documenté et bien ciblé, ce travail présente en outre une histoire plus complète de la question des troubles mentaux au Québec. Le Prix Guy-Frégault 2000 est décerné à Thierry Nootens pour son article "Famille, communauté et folie au tournant du siècle" paru dans le numéro d'été 1999 de la Revue. Thierry Nootens est étudiant au doctorat à l'Université du Québec à Montréal.
PRIX MICHEL-BRUNET
D'une valeur de 1000$, le Prix Michel-Brunet couronne le meilleur ouvrage publié depuis moins de deux ans par un historien québécois ou une historienne québécoise de moins de 35 ans. Le livre primé nous éloigne du Québec tout en nous rapprochant d'une actualité des plus brûlantes. L'auteur pose un regard lucide sur l'histoire récente d'une région connue hier encore sous le nom de Yougoslavie. Dans une analyse sans complaisance, ni pour les participants immédiats, ni pour leurs voisins européens, l'auteur analyse des conflits qui sont, non pas le fruit d'automatismes ataviques comme on le dit trop souvent, mais plutôt le résultat des calculs politiques opérés ces dernières années. Voici un livre intelligent, un livre très utile pour qui veut comprendre cette histoire qui se déroule sous nos yeux. Le prix Michel-Brunet 2000 est décerné à Tristan Landry pour son ouvrage La Bosnie hier, le Kosovo aujourd'hui et demain? Les pourquoi de la guerre dans les Balkans, paru en coédition aux Presses de l'Université Laval et aux Éditions L'Harmattan. Tristan Landry est docteur en histoire (Université Laval); il a été stagiaire au Centre d'études et de recherches internationales de la Fondation nationale des sciences politiques à Paris et est actuellement post-doctoral fellow à l'Institut d'ethnologie de l'Université libre de Berlin.
L'équipe du Comité des prix de
l'Institut (prix Lionel-Groulx/Fondation Yves Saint-Germain, prix
Guy-et-Lilianne Frégault, prix Michel-Brunet) a été
entièrement renouvelée cette année. Thomas
Wien et Bettina Bradbury avaient terminé leur mandat; Aline
Charles, devenue professeure à l'Université Laval,
a demandé de céder sa place. Nous les remercions
tous et toutes.
La nouvelle équipe est composée d'Andrée
Lévesque (McGill), qui la présidera, de Béatrice
Craig (Ottawa) et de José Igartua (UQAM). Ils seront à
l'ouvrage tout l'été et nous dévoileront
le résultat de leurs délibérations au congrès
d'Ottawa. S'il s'en trouve, il y aura - nouveauté de cette
année - des finalistes au prix Lionel-Groulx (meilleur
ouvrage d'histoire de l'an 2000). Bons travaux!
Pour un reportage photographique sur le congrès de Montréal 2000, monté habilement par Marc Vallières sur le site Internet, voyez: www.cam.org/~ihaf/congres2000images.html
Au banquet du 20 octobre 2000, Joanne Burgess (à dr.), qui a été secrétaire de l'Institut de 1993 à 1997, puis présidente de 1997 à 1999, remet à Fernande Roy un cadeau-souvenir et des fleurs, à l'occasion de sa fin de mandat à la direction de la RHAF (1996-2000)
Nouvelle bibliothécaire
au Centre Lionel-Groulx
En avril dernier, le Centre Lionel-Groulx a
pu engager une nouvelle bibliothécaire, madame Mélanie
Couture, qui travaillera à demi-temps. De plus, pour
mettre en uvre plus rapidement le rapport sur la bibliothèque
(acquisitions, classement, élagage), le Centre bénéficiera,
grâce à une subvention, de mai à octobre des
services à plein temps de madame Édith Tremblay.
Vous prendrez plaisir à les rencontrer si vous venez au
Centre.
Le prix Gérard-Parizeau
décerné pour la première fois à un
historien
Établi par le Fonds Gérard-Parizeau,
le prix Gérard-Parizeau honore chaque année, alternativement,
une personnalité dans le domaine de l'assurance et dans
le domaine de l'histoire. Pour l'histoire, c'est le Québec
du XIXe siècle qui est privilégié. Le concours
en histoire est administré par le département d'histoire
de l'Université de Montréal. Le prix est doté
d'une bourse de 30 000$. Il a été décerné
en 2001 à Gérard Bouchard. Félicitations!
Nouveau membre
au Conseil d'administration
À la suite du départ de Michèle
Dagenais en novembre dernier, le Conseil d'administration a procédé
à l'élection d'un nouveau membre. Il s'agit de Jacques
Paul Couturier, de l'Université de Moncton (campus
d'Edmundston). Le Conseil était particulièrement
heureux de son acceptation, car il n'avait plus en son sein de
représentant des francophones du Canada ou de l'Acadie,
ce qui est de tradition à l'Institut. Nous nous réjouissons
donc de ce retour à la normale.