Durant la guerre de Sécession, les États-Unis ont fait l’expérience d’un manque important de numéraire. Pour ce faire, plusieurs substituts monétaires ont fait l’apparition: jetons patriotiques, jetons et bons de marchands, billets fractionnels, etc. Ainsi les timbres-poste ont même servi de monnaie, sous leur forme régulière, sous forme de billets échangeables pour des timbres ou sous forme de timbres encastrés (encased postage stamps). Plusieurs commerçants et industriels américains vont profiter de cette opportunité pour commander de telles pièces à John Gault, l’inventeur du procédé breveté.
Un timbre encastré est un timbre recouvert d’une couche de mica et placé dans une enveloppe métallique de laiton. Les timbres pouvaient ainsi durer plus longtemps, mais ils permettaient surtout à l’émetteur de profiter du verso de l’enveloppe métallique pour y placer sa “carte d’affaires” ou message publicitaire. Une compagnie canadienne a fait de même: Weir et Larminie qui opérait dans le domaine des banques et du change. Les raisons de cette émission ne sont pas clairement connues, on ne peut qu’émettre que des hypothèses. Certains avancent qu’il ne s’agissait que d’un caprice de l’émetteur, d’autres que c’était un moyen de faire de la petite monnaie pour les échanges avec les États-Unis. Une théorie est souvent citée: on dit que la firme en question aurait eu un présentoir démontrant la monnaie américaine de l’époque dans toutes ses formes: monnaies gouvernementales, jetons, bons de marchands et les fameux timbres encastrés faits pour l’occasion. Enfin, il est difficile de faire un choix parmi les hypothèses présentées, mais une chose est certaine, les pièces existent. Le fait qu’il n’y en ait qu’une quarantaine d’exemplaires, toutes dénominations confondues, rejette cependant l’hypothèse d’un but de circulation.
Si le nom de Larminie n’évoque pas grand chose, le nom de William Weir est plus connu. On le retrouve à plusieurs endroits dans l’histoire économique de Montréal. Durant la guerre de Sécession, il fut l’agent du gouvernement chargé de retourner les nombreuses pièces d’argent américaines envoyées au Canada pour profiter de la différence entre le cours de ce métal et de l’or entre les deux pays. Il fut aussi administrateur de deux banques canadiennes-françaises: la Banque Jacques-Cartier et la Banque Ville-Marie. Il fut d’ailleurs accusé d’avoir agit de façon illégale dans la faillite de cette dernière, histoire pour laquelle il fut condamné pour fraude et dut purger une sentence en prison.
On retrouve les pièces des Weir et Larminie en quatre dénominations: 1 cent, 3 cents, 5 cents et 10 cents, dénominations les plus courantes en ce qui a trait aux timbres encastrés. Le timbre de 1 cent représente Benjamin Franklin et il est de couleur bleue. Le timbre de 3 cents et celui de 10 cents montrent George Washington: le premier étant rose, le second jaune-vert. Le timbre de 5 cents, quant à lui, représente Thomas Jefferson en brun-rouge. Une pièce de 10 cents fut adjugée pour 420$ lors de l’encan Torex tenu à Toronto au printemps 95, ce qui fut une des rares occasions de se procurer un timbre encastré canadien. Ce genre de pièce permet de faire le lien entre deux domaines de collection: la philatélie et la numismatique.
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