Lorsqu'une pièce de monnaie n'a pas besoin de porter de dénomination ni le nom du pays qui la produit pour être reconnue, on peut-être certain que cette pièce a atteint la notoriété. Le souverain britannique est l'une des pièces avec le plus d'histoire que l'on puisse trouver. Alliant qualité de gravure, style classique et frappe un peu partout dans le monde, cette pièce mérite une place au Panthéon de la monnaie s'il existait.
Le règne de George III fut l'un des plus longs de l'histoire britannique, en fait seule la reine Victoria a eu un plus long règne de 1760 à 1820, il régna sur un royaume qui a connu guerre par desssus guerre: guerre de sept ans, indépendance américaine, guerres napoléoniennes, l'union de l'Irlande mais aussi des points positifs comme la révolution industrielle et l'abolition de l'esclavage. Dynastie d'origine allemande, sa famille régnait aussi sur le Hanovre, un des états allemands. George III, fut d'ailleurs le premier de cette dynastie à naître et être éduqué en Angleterre. La fin de sa vie fut marquée par la folie et le régence de son fils, le futur George IV.
C'est durant ce règne que la production de pièces fut transférée sur les presses à vapeur de Boulton & Watt, augmentant ainsi la cadence de production et la qualité des pièces. Les premières pièces ont été des jetons, mais, dès 1797, les pièces en cuivre de 1 et 2 pence furent frappées par la nouvelle machine à Birmingham. La monnaie moderne venait de naître.
Le souverain est une pièce en or ancienne, datant de 1489. Elle a une valeur de 20 shillings, soit une livre sterling. Elle fut mise en veilleuse au 17e siècle.
Les guerres napoléoniennes avaient fraîné la frappe des pièces britanniques laissant à des jetons privés, frappes royales par des ateliers privées (comme Boulton & Watt) ou par des pièces de la Banque d'Angleterre.
En 1816, après un démanagement de la Monnaie Britannique de la Tour de Londres vers une nouvelle usine équipée des presses à vapeur, on reprit la frappe de monnaie de façon intensive. Parmi les pièces frappées, il y eut la renaissance du souverain en or et on fit appel à un graveur italien, Benedetto Pistrucci, qui a créé le modèle St George tuant le dragon. Une vague de classicisme soufflait alors sur l'Europe et l'Antiquité inspirait beaucoup les artistes. Les grands se faisaient même sculpter ou peindre en tenue romaine et couronne de laurier.
La pièce est en or .917, soit 22 karats et possède une valeur faciale symbolique d'une livre sterling. On y retrouve 7,32 grammes d'or pur alliés à du cuivre, résultant en une pièce d'une jaune caractéristique. La valeur en métal d'une telle pièce est de 70,80 US$ pour un cours de l'or à 300 US$, l'once Troy. Néanmoins, la renommé de ces pièces font qu'elles ecommandent une surprime de quelques 10% sur le prix de l'or la constituant. Outre le souverain d'une livre, on connaît des pièces d'une demi-livre, et de deux et cinq livres. Les pièces frappées en épreuve sont plus dispendieuses.
Plusieurs imitations seront produites, dont celles sur les jetons de la Banque du Haut Canada, émis de 1850 à 1857 par la Banque officielle du gouvernement de la Province du Canada. Sans atteindre la qualité du maître, elles sont quand même maginfiques et plus abordables que les souverains.
Benedetto Pistrucci est un artiste italien né à Rome en 1784. Il a commencé sa carrière très jeune et, en 1814, il a comme mécènes les cours napoléoniennes de Naples et de la Toscane et il est connu à Paris. Avec la chute de Napoléon, un changement d'horizon s'imposait et il se retrouve à Londres en 1816. La British Royal Mint s'attache ce graveur de génie où il allait travailler trente ans dont vingt comme chef médalliste de la monnaie de 1828 à 1848.
Malgré son indéniable talent, ses relations avec la British Royal Mint ne furent pas toujours agréables. Un des principal sujet de discorde fut probablement la médaille de Waterloo qui devait célébrer la victoire des Alliés sur Napoléon. Les circonstances firent qu'il lui fallut plus de vingt ans pour terminer les matrices de la gigantesque médaille. Lorsque ce fut complété en 1852, la taille des matrices ne permit pas la frappe. Seuls des électrotypes furent produits et la frappe n'eut lieu que tout récemement, au début des années 1990. De toute façon, les récipiendaires potentiels étaient tous décédés! Cette médaille demeure une des plus belles qui puisse exister.
Le motif de St George tuant le dragon fut inspiré de pluieurs autres artistes. La Russie compte de multiples icones qui présentent ce sujet. St George est un personnage légendaire qui aurait tué le Dragon auquel une princesse devait être sacrifiée. Son culte fut d'abord oriental, mais au retour des Croisades, il se répandit en Europe. Il est devenu le saint Patron de l'Angleterre.
Sur la pièce, on le voit nu, portant seulement une cape et un casque sur son cheval et terrasssant le dragon à ses pieds. Un motif bien progressif quand on sait que même au début du siècle, la Monnaie des États-Unis a eu des difficultés avec sa pièce de 25 cents où l'on voyait un sein.
Selon les versions, il utilise un bâton ou une épée pour affronter le diabolique animal. Sa première utilisation remonte à 1817 sur le souverain avec une jarretière autour de la pièce et la devise de l'ordre du même nom: "Honni soit qui mal y pense". D'autres pièces d'or porteront le même motif, tout comme les couronnes en argent. Le revers présente George III selon Pistrucci. On voit la tête massive du souverain portant seulement une couronne de laurier.
Le motif de St George a d'abord alterné avec le blason sur les pièces en or suivant les époques tout en faisant des apparitions sur les couronnesen argent de façon occasionelle. Dès la seconde partie du règne de Victoria,. il avait gagné sa place sur les souverains de façon quasi exclusive. L'expansion de l'Empire Britannique permit la frappe de cette pièce sur tous les continents. Les différentes succursales de la Monnaie Britannique ont frappé des souverains pour la Mère-Patrie, transformant l'or local en monnaie internationallement reconnue. Une marque de frappe, située sous le sol portant le cheval, identifie l'atelier lorsu'il ne s'agit pas de la Monnaie de Londres. La Monnaie d'Ottawa (C) en frappa de 1908 à 1919, sauf en 1912 et 1915. Les Monnaie de Melbourne (M) et Sydney (S) l'avait précédé en 1872, tout comme Perth (P) en 1899 Outre ces trois monnaies australiennes, les ateliers de Bombay (I) en Inde en 1918 et Prétoria (SA) en Afrique du Sud dès 1923 produiront aussi des souverains.
La renommée de cette pièce en fait un outil indispensable au commerce international avant l'instauration de moyens d'échanges plus modernes. La reconnaissance de cette pièce est telle que les soldats britanniques en mission en reçoivent une pour servir au cas où il serait en difficulté en territoire adverse.
La plupart des pièces n'ont qu'une valeur proportionnelle à leur poids en or, mais certaines pièces, plus rares, commandent un prix élevé. Les souverains de 1916 frappés à Ottawa sont les plus rares, car malgré la quantité de 6111 pièces frappées, seule une cinquantaine sont connues aujourd'hui. Leur valeur? De quinze à soixante-quinze mille dollars canadiens selon l'état de conservation.
Avec le prix de l'or qui se tient à des niveaux très bas, les amateurs de pièces en or peuvent en profiter pour acquérir des souverins, une des pièces les plus connues de l'histoire de la monnaie. La Monnaie royale britannique fabrique annuellement ces pièces dans les quatre dénominations. Les moins fortunés pourront chercher les couronnes en argent ou encore les jetons en cuivre de la Banque du Haut Canada.
Sources:
Le Catalgoue Standard Charlton des Monnaies Canadiennes, 50e édition
The Stanrdard Catalogue of Britsh Coins, 26 Edition, 1991
Te Numismatist, A.N.A., May 1967
http://www.nga.gov/cgi-bin/pbio?562702