Motifs classiques : La Semeuse de Roty

par Dominic Labbé

2 francs à la semeuse de Roty

Certaines pièces atteignent un statut particulier par la longue période où elles sont produites, comme les souverains britanniques avec St George et le dragon, d’autres par la quantité de pièces produites telle le cent Lincoln. La Semeuse de Roty est devenue un classique par la beauté de son motif, un véritable petit chef d’œuvre.

En décembre 1895, la France commanda des nouveaux motifs à trois artistes établies. Dupuis fut chargé des pièces en bronze et Chaplain les pièces en or. Les pièces en argent furent la tâche de Louis Oscar Roty, un graveur français. Né à Paris le 11 juin 1846, il a connu une carrière remplie d’honneur dont le prix de Rome, l’Académie des Beaux-arts et il a reçu la Légion d’honneur. Sa production de médailles fut reconnue par tous, en France comme à l’étranger. Il a ainsi immortalisé plusieurs de ses contemporains dans le métal.

Les pièces courantes dataient de 1848 et du nouveau s’imposait dans une nation habituée aux nouvelles pièces amenées par les changements politiques nombreux. Roty produisit donc le dessin d’une femme semant son blé sous un soleil traversant l’horizon. La position du corps montre bien le mouvement énergique, des détails plus habituels dans une médaille que dans une pièce de monnaie, souvent limité par les contraintes de production. De l’autre côté, la simplicité domine avec une branche d’olivier, la dénomination et la date.

Les premières pièces furent produites en 1897, soit le 50 centimes, une petite pièce d’argent .835 de 18 mm. Seule 88.000 pièces furent frappées, en faisant la principale rareté. La frappe se poursuivra jusqu’en 1920, sans interruption. L’inflation mit fin à cette émission et fit place à une monnaie fiduciaire émise au nom de la Chambre de commerce de France.

L’année suivante, en 1898, on débuta la frappe des pièces d’un et deux francs. Dans le cas de la pièce d’un franc, deux pièces sont à noter soit la pièce de 1900 qui est rare et celle de 1914 avec un C qui est très rare. Cette dernière fut frappée à Castelsarrasin, une ville du sud de la France où l’on avait établi un atelier de fortune au cas où la guerre avec l’Allemagne amène un siège de Paris. On reconnaît les pièces par le C que l’on trouve au-dessus de la date.

Les deux francs furent aussi produits jusqu’en 1920, mais avec des interruptions en 1903, 1906 et 1907. Castelsarrasin a aussi produit des deux francs en 1914, mais en plus grande quantité, la rendant ainsi accessible aux collectionneurs.

La frappe de Semeuse fut mise en veilleuse pour être reprise avec les premières émissions de nouveaux francs dès 1960. Après quelques essais en 1959, on lança la production avec une frappe de plus de 400.000.000 de pièces pour remplacer les pièces en anciens francs. On frappe encore de ces pièces de nos jours avec quelques interruptions pour des pièces commémoratives.

On procéda aussi à l’émission de pièces de 5 francs en argent, reprenant les essais de Roty. On note une modification au dessin avec la branche d’olivier remplacé par un bouquet d’olivier, chêne et de blé. Cette frappe a eut lieu jusqu’en 1969 pour devenir une pièce en cupronickel l’année suivante. Comme bien des pièces de la Cinquième République, la frappe pour la circulation est souvent interrompue par manque de demande.

En 1965, la production de demi-franc en nickel débuta et se poursuit encore de nos jours, sans créer de véritable rareté hormis l’essai de 1964. Par ailleurs, une pièce de 2 francs en nickel fut créée en 1977 et mise en production en 1979 avec un motif légèrement différent. D’abord, le dessin de la Semeuse fut épuré en enlevant des détails dans la robe. La dénomination, un gros “2”, fut superposée sur le bouquet. Un motif donne une impression d’octogone sur la pièce.

Parallèlement à ces pièces, la Semeuse est apparue sur des billets de nécessité durant la Première guerre mondiale. Par ailleurs, plusieurs timbres avec la semeuse ont été produit depuis 1903.

Le lancement de l’Euro perpétuera la Semeuse comme un des modèles pour le côté national. Les amateurs de belles pièces seront sûrement tentés par une collection thématique ayant pour sujet la Semeuse de Roty, un des motifs classiques dans l’histoire monétaire récente.

Sources: Diot, Prieur, Schmitt, Le Franc II, argus des monnaies, Les Chevau-Légers, Paris, 1997 Guilloteau, Victor, Monnaies françaises, Versailles, 1943

Médaille à l'image d'Oscar Roty

Copyright © Dominic Labbé 2000

Retour à l'index des articles

Retour à la page principale