L'histoire de l'or au Canada

par Dominic Labbé

Feuilles d'érable canadiennes en or

Si l’Amérique coloniale était reconnue pour son or, il s’agit surtout de l’Amérique du sud où les espagnols allaient s’approprier d'une fortune en objets d’or pris aux autochtones. Quant à elle, l’économie de l’Amérique du nord se basait surtout sur les fourrures, puis le bois.

L’or allait se manifester pour la première fois en 1858 en Colombie-Britannique où l’on découvrit le métal précieux dans le fleuve Fraser. Bien que de courte durée, cette découverte allait activer la colonisation de l’île de Vancouver et de la terre ferme située tout près. Un petit atelier fut ouvert pour faire les tests sur l’or et frapper de la monnaie. On émit bien quelques pièces épreuves, mais la baisse de la production aurifère ne permit pas à cet atelier de prendre son envol.

Des pièces de 10 et 20 dollars en or ainsi furent frappées en petit nombre et sont aujourd’hui très rares. Une des ces pièces aété vendue pour une centaine de milliers de dollars lors de l’encan de la collection Norweb en 1996. Ces pièces présentent une couronne avec «Government of British Colombia» d’un côté et la dénomination dans une couronne de feuillage de l’autre. Les pièces sont datées 1862.

Si la ruée vers l’or de la Colombie-Britannique fut une fausse alerte, celle qui allait débuter le 16 août 1896 au Yukon allait soulever la frénésie sur tout le continent. C’était le Klondike. On allait demander un établissement pour transformer cet or en monnaie, mais en vain. Il faudrait attendre en 1908 pour voir l’ouverture officielle de la succursale d’Ottawa dans la British Royal Mint, qui allait devenir la Monnaie royale canadienne plus tard.

Les premières pièces d’or frappées à Ottawa n’allaient pas être canadiennes, mais britanniques. En effet, en tant que filiale de la monnaie britannique, la monnaie reçue l’ordre de frapper des souverains d’une livre pour le compte de l’Angleterre, et ce, dès l’année d’ouverture. Les pièces portent un C permettant de le distinguer. On émettra de ces pièces jusqu’en 1919 avec une pause en 1913 et 1915. Ces pièces ne sont pas rares, à l’exception de 1908 où l’on ne frappa que 636 pièces et 1916 où l’on frappa 6111 souverains, presque tous fondus, possiblement aux États-Unis car ces pièces servirent de paiement pour des dépenses militaires.

Si ces pièces étaient étrangères, elles auraient pu être utilisées au Canada, comme les pièces américaines d’ailleurs. Cependant, il semble que le papier-monnaie était plus usité et les souverains n’ont pas connu de succès dans le marché canadien de l’époque.

On frappe aussi des pièces authentiquement canadiennes, soit les 5 et 10 dollars de 1912 à 1914, date où les Mesures de guerre suspendirent l’obligation de rembourser les billets du Dominion en or. On voit le souverain George V sur l’avers et les armoiries du Canada au revers. Ces deux pièces devaient faire partie d’une série plus complète, incluant 2,50$ et 20$, mais elles ne virent pas le jour. Le 5 septembre, on interdit la frappe de pièces en or.

Durant la guerre le Ministère des Finances allait détenir de l’or au compte de l’Angleterre en raison de la guerre et pour faciliter les paiements aux États-Unis. Il y eut même un projet secret où la Monnaie d’Ottawa allait affiner l’or venant d’Afrique du sud pour éviter le risque d’envoyer le précieux métal d’Afrique vers l’Europe en guerre.

La Monnaie n’émit plus de pièces pendant plusieurs années, mais poursuivit son affinage de l’or à une cadence accélérée. Plusieurs années allaient passer avant la reprise du monnayage en or, sous une forme commémorative cette fois.

Nos voisins de Terre-Neuve, alors colonie britannique eurent des pièces de 2 dollars en or pendant quelques années, frappées sporadiquement par la Monnaie Britannique de 1865 à 1888 et par Heaton’s en 1882.

Pour le centenaire du Canada, on émit une pièce de 20 dollars en or .900, ressemblant au 50 cents, et ce, pour faire partie d’un ensemble commémoratif.

En 1976, la coutume d’émettre une pièce de 100 dollars en or débuta avec deux pièces pour les Jeux Olympiques, une en or .583 et l'autre en or .917. On poursuivit cette série en or .917 jusqu’en 87 où l’on revint à l’or .537. Cette série se poursuit encore chaque année, avec un motif commémoratif différent à chaque fois. Les pièces .917 revinrent en 1990 sous la forme d’un 200 dollars commémoratif, une série annuelle aussi. Enfin, en 1992, on émit une pièce de 175 dollars en or pour les Jeux Olympiques dans le cadre d’un projet impliquant 5 nations dont la France.

Outre ces pièces commémoratives, l’or canadien est surtout connu pour les feuilles d’érables. Ces pièces-lingots allaient prendre une part importante du marché mondial dès 1979 avec l’émission d’une once pure à .999, ayant une valeur faciale de 50 dollars. En 1982, on porta la pureté à .9999, soit la pièce la plus pure sur le marché. D’autres pièces s’ajoutèrent : 1/20, 1/15, 1/10, 1/4 et 1/2 once. La valeur des ces pièces n’est fonction que du prix de l’or plus une prime de quelques pourcents. Elles occupent une place de choix auprès des investisseurs en or et dû une partie de son succès au boycott des Krugerrands sud-africains en raison de l’apartheid. On émit une série spéciale en 1989 pour le 10e anniversaire de cette série en frappe épreuve.

L’or continue d’être un chevron de notre Monnaie et l’un des produits d’exportation privilégié. Malgré sa renommée hors-frontière, l’or n’a pas occupé une très grande place dans notre histoire monétaire. La stabilité économique et la confiance envers le papier-monnaie ont fait que l’or n’avait pas sa qualité de valeur refuge que l’on lui connaît en Europe. L’or est aujourd’hui l’objet d’intérêt pour les collectionneurs, mais aussi pour les investisseurs dont certains conservent une place de choix pour ce métal dans leur porte-feuille, que ce soit comme métal proprement dit, mais aussi comme titre. Plusieurs compagnies aurifères sont côtés en bourses, sans oublier les contrats à terme.

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Copyright © Dominic Labbé et ANFC 1996

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