
Le titre de motif le plus classique revient sûrement au dollar (ou thaler) de Marie-Thérèse au millésime 1780. Frappée sans aucune modification depuis 1781, cette pièce est reconnue mondialement. Voyons donc un peu son histoire.
En 1780, l’Autriche était divisée en plusieurs états qui avaient le droit de battre monnaie comme c’était le cas en Allemagne ou en Italie. Ce droit était partagé avec l’état central qui émettait aussi des pièces. Cette année-là, l’Autriche était dans la dernière année du règne de Marie-Thérèse, veuve de François Ier et mère de Marie-Antoinette, reine de France au début de la Révolution.
L’un des états, le Burgau, aujourd’hui en Allemagne, a donné naissance à cette pièce sous forme d’un thaler en argent. Il s’agit en fait d’une large pièce d’argent servant généralement aux échanges commerciaux internationaux. Les spécifications de la pièce sont d’environ 3/4 d’onces d’argent à .833. Les pièces étaient produites à l’atelier de Gunzberg. On vit aussi des pièces frappées à Prague, Vienne ainsi que par d’autres ateliers régionaux. Ces pièces n'avaient pas cours en Autriche car elles étaient destinées au marché extérieur.
D’un côté, on retrouve le portrait de l’impératrice Marie-Thérèse encore jeune entourée d’une légende donnant ses titres. Au revers, on retrouve l’aigle impériale de la famille Habsbourg, la dynastie auquel appartenait la souveraine. Cette famille allait gouverner l’Autriche de 1278 jusqu’à la fin de la première guerre mondiale en 1918.
Suite à la mort de la grande impératrice, la pièce continua d’être frappée par la monnaie de Vienne pour l’exportation. Elle servait de monnaie d’échange sur les marchés internationaux comme le dollar américain ou l’Euro aujourd’hui. L’arrivée des guerres napoléoniennes firent de l’Autriche la principale source d’approvisionnement en argent-métal. Le dollar de Marie-Thérèse représentait alors une forme acceptée de lingot qui permettait les échanges internationaux.
Au cours du 19e siècle, plusieurs pièces de ce genre circulent dans le monde, principalement en Asie et en Afrique. Les “ trade dollars ” américains sont un exemple tout comme la célèbre pièce de huit reales du monde hispanique. Le dollar de Marie-Thérèse a cependant remporté l’épreuve du temps avec l’arrivée du 20e siècle.
Ainsi, dans la péninsule arabique, on retrouvait de tels dollars marqués de la marque de l’état telle que le Hejad ou le Nedj. Pour combler la demande, la Monnaie de Vienne frappait ces pièces en gardant le même motif et la même année. Il ne faut donc pas se surprendre de voir des dollars en excellent état de conservation malgré leur "âge” annoncé... Souvent, ils n’ont quelques années.
La raison de leur popularité en Arabie serait dû au caractère aux "rondeurs de chère roses" de l'impératrice que les arabes auraient affectionnées comme le mentionnait Petre Kraneveld sur la liste de discutions coins@uni.edu. Comme quoi la popularité peut avoir des origines particulières...
D’autres états ont copié cette pièce pour leurs échanges avec l’Orient. Durant le 20e siècle, des pièces furent produites à Londres, Paris, Rome, Birmingham et même Bombay sous le régime anglais.
Les pièces de Rome datent de la période de Mussolini. Ce dernier aurait demandé à Hitler de lui expédier les matrices nécessaires. L’Allemagne avait en effet annexé l’Autriche et ainsi pris possession de la Monnaie de Vienne. L’Italie avait une forte présence en Afrique du nord avec l’Éthiopie et la Somalie sous sa gouverne, des contrées où le dollar de Marie-Thérèse était une monnaie de choix. Le dollar de Marie-Thérèse servait de monnaie de commerce dans ses coins éloignés, facilement reconnaissable à son motif, donc inspirant confiance. Encore aujourd’hui, plusieurs communautés africaines utilisent cette monnaie d’échange pour des transactions importantes comme la dot d’une épouse.
Sur le marché numismatique, on retrouve ces pièces assez facilement. Il ne faut pas payer guère plus chère que la valeur en métal pour les pièces modernes. En fait, il faut voir ça comme les feuilles d’érable de la MRC, une pièce dont la valeur fluctue essentiellement selon la valeur du métal qui la compose.
Bien sûr les pièces originales de Burghau ont une certaine
valeur tout comme les pièces avec des contremarques originales d’état
ou de marchands qui peuvent commander un bon prix.