Jetons de marchands du Bas-Canada
par Dominic Labbé
Pour contrer le manque de numéraire, tout en se donnant un excellent véhicule publicitaire, plusieurs marchands du Bas-Canada vont émettre des jetons à Montréal et Québec. De façon générale, ces jetons de cuivre seront plutôt de bon poids. En effet, le but de l’émetteur n’était généralement pas de faire un profit, mais de faciliter les opérations quotidiennes de son commerce. La présentation de ces jetons suivra celle établie par Breton dans son catalogue.
Cette série est particulière car elle n’a pas fait l’objet de recherche de la part de numismates classiques comme Eugène Courteau ou W.A.D. Lees tel les Tiffin ou les jetons « Ships, Colonies & Commerce «. Nous présentons ici les jetons pré-confédération.
Jetons de Duncan et Cie
Deux pièces furent émises en 1830 et 1841 par un marchand de fer de Montréal : Duncan et Cie. De facture très simple, ces pièces sont de bon aloi. Plus tard, un des frères de Duncan allait faire émettre un jeton à l’Île-du-Prince-Édouard en 1855 ( Br.920 ). Des recherches récentes laissent croire que la pièce de 1841 aurait peut-être été destinée à l’Île-du-Prince-Édouard.
Jeton de T.S. Brown
Le quincaillier Brown aurait été mêlé à la rébellion des Patriotes en 1837. Il a par la suite fuit aux États-Unis comme beaucoup de ses comparses. Il fut de retour au pays après l’amnistie de 1844. Cependant, le jeton fut émis bien avant toutes ces péripéties. En effet, il aurait été émis vers 1832 selon Breton.
Jeton Molson
La compagnie Molson, bien connue aujourd’hui pour sa brasserie et son club de hockey, ne date pas d’hier. En effet, la firme est presque aussi vieille que la Colonie Britannique. De plus, elle a oeuvré dans plusieurs types d’activités, du transport maritime au domaine bancaire. Ainsi, la Molson’s Bank a connu ses heures de gloire au cours du XIXe siècle, pour être ensuite absorbée, en 1925, par la Banque de Montréal. Les collectionneurs de papier-monnaie connaissent bien cette institution qui a émis un bon nombre de billets.
Pour ce qui est des jetons, Thomas et William Molson firent émettre, en 1837, un jeton par Jean-Marie Arnault, artisan de Montréal. Frappé en cuivre, ce jeton est aujourd’hui des plus rares. La firme a également fait frapper des pièces en argent comme spécimen. On dit que le revers est inspiré d’un jeton écossais de 1793.
Jeton Mullins and Son
Cette compagnie oeuvrait, comme l’indique le jeton, dans le domaine de la construction maritime. Le jeton aurait été émis vers 1828 et il est relativement courant en bronze et très rare en laiton.
Jeton R.W. Owen
R.W. Owen oeuvrait dans le domaine de la fabrication de câbles. Son usine était située dans l’est de la ville de Montréal. Le jeton fut frappé vers 1824. Très peu de temps après, un concurrent du nom de Converse a acheté l’entreprise de son compétiteur. Cette transaction explique la rareté du jeton qui est très difficile à trouver aujourd’hui.
Jeton de J. Shaw
Frappée en cuivre, cette pièce allait se révéler être plus légère qu’une pièce normale. Alerté par un article publié dans le « Canadien », un journal de l’époque, la population allait protester contre cette émission. Shaw essaya de se défendre en disant qu’il n’y avait pas d’autre numéraire en circulation et qu’il se ferait un plaisir de retirer ses pièces lorsque le besoin ne serait plus aussi important. Avec l’émission, au début de 1838, du sou « habitant », il put justifier sa promesse de reprendre ses pièces et il les échangea sur demande.
D’un prix raisonnable, cette pièce est cependant plus rare qu’on peut le croire. Un bel exemplaire est assez difficile à trouver. Il est à noter que le « w » central est généralement frappé très faiblement : on ne doit donc pas en tenir compte dans l’évaluation de l’état de préservation. Les détails à remarquer pour l’évaluation regroupent les détails dans les outils et la qualité du lettrage. La partie vierge de la pièce est aussi un bon indicateur de l’état.
On ne sait guère où fut frappée cette pièce, mais il semble certain que c’est au même endroit que la pièce de T.S. Brown ( Br561 ), ainsi que des pièces de la province du Haut-Canada ( Br727 et Br731 ). Cette dernière possède d’ailleurs les mêmes outils que la pièce de Shaw.
Jeton Maysenholder & Bohle
La maison Maysenholder & Bohle, qui était située au coin de St-Vincent et Notre-Dame, oeuvrait dans le domaine de l’orfèvrerie. On note sur la pièce qu’elle fut fondée en 1849 et l’on sait qu’elle a quitté les affaires peu de temps après. La légende, semblable à celle des jetons de forgerons, raconte qu’un employé aurait frappé de telles pièces pour satisfaire ses goûts pour l’alcool. D’autres chercheurs mettent en doute l’origine de ce jeton, émettant l’hypothèse que ce serait une fabrication postérieure pour vendre les pièces aux collectionneurs.
Jeton « Hunterstown »
Hunterstown est un petit village de la région de Shawinigan. Cette pièce, émise vers 1850, servait de « bon » pour le magasin d’un commerce de bois, la Hunterstown Lumber Co qui a aussi émise des bons de marchands. On utilisait ces jetons pour la paie des employés, les obligeant à acheter au magasins de la compagnie. Elle aurait eu la valeur de 1 sou.
Jeton Devins & Bolton
Daté de juillet 1867, on peut supposer que cette pièce est la dernière pièce de l’époque coloniale canadienne. Son statut monétaire est discutable. C’est plutôt une pièce commerciale, une carte d’affaire métallique. La présence du nom « Devins & Bolton » en contremarque sur d’autres jetons est très répandue ( Voir chapitre sur les contremarques ). L’histoire de cette pièce, selon Breton2 est assez intéressante. On dit que M. Devins s’était renseigné auprès d’un fournisseur britannique pour le prix de ces pièces et qu’en réponse il aurait reçu une cargaison de pièces. Les douanes ont cependant intercepté les pièces qui, par la suite, furent très en demande auprès des collectionneurs. Comme le fournisseur anglais décéda durant l’intervalle, Devins ne put jamais obtenir d’explications sur cet envoi.
Jeton R. Sharpley
Très peu de choses sont connues sur ces pièces. On dit qu’elles furent frappées à Birmingham en 1865 et qu’elles étaient vendues comme jetons pour les jeux de cartes. Elles devenaient alors une excellente publicité pour le commerce de Sharpley.
Jeton J.H. Roy
L’épicier Montréalais Joseph Roy allait faire fabriquer un jeton au nom de son commerce par Jean-Marie Arnault. Cependant, les pièces fournies allaient soulever l’ire du public et surtout de la presse. Le scandale provient du fait que les jetons étaient plus légers que les pièces bancaires. Monsieur Roy, conscient de l’importance des critiques de la presse sur son commerce, retira les pièces de la circulation. Les deux variétés de pièces sont aussi aujourd’hui assez rares.
Les jetons de marchands étant peu connus et surtout peu étudiés, il existe sûrement des variétés qui ne demandent qu’à être découvertes. Les chercheurs en herbe n’ont donc qu’à sortir leur loupe et trouver des pièces rares.
Sources:
- Breton, P.N., Histoire illustrée des monnaies et jetons du Canada, Montréal: P.N Breton & Cie, 1894
- Charlton Press, The Charlton Standard Catalogue of Colonial Tokens, 3e édition
Copyright © Dominic Labbé et summary="Tableau des récipiendaires du prix de la recherche" 1997
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