Quelques souvenirs numismatiques de mon enfance me sont revenus à l’esprit. Je me revois chez mon grand-père, à l’âge de quatre ou cinq ans, examinant une boîte de métal jaune contenant un trésor à mes yeux.
Je vois les « drôles « de 5 cents de George V, les 5 cents bruns de 1942 et 1943, un gros dollar avec le Parlement, une série de pièces de 1967 avec des animaux différents, des pièces que je connaissais. Je me rappelle aussi des 5 cents émis durant la guerre avec le « V «. Mon grand-père me parlait de chacune des pièces avec intérêt et ce, même s’il n’était pas numismate mais plutôt « ramasseur « de pièces. Ma grand-mère me montra aussi un petit bracelet fait avec de petites pièces de 5 cents qu’elle me dit avoir porté avec élégance dans sa jeunesse.
Une grande pièce brun chocolat attira mon attention, un « gros deux sous « comme il disait représentant une dame assise avec un bouclier et un trident, tournant le dos à un homme impressionnant que je croyais chauve. Mon grand-père me raconta que cette pièce était utilisée avec une valeur de 2 cents à l’époque.
Quelques années plus tard, j’ai su que cette pièce était un pence britannique 1910 à l’effigie d’Édward VII en état acceptable ( VG ), valant presque rien. Presque rien pour la plupart des gens, mais beaucoup pour moi. En effet, il s’agit de mon plus vieux souvenir numismatique et un de ceux qui a déclenché une passion qui se poursuit 20 ans plus tard. Cette pièce, toujours dans ma collection, a aussi attiré mon attention sur les pièces d’Édouard VII qui ont un attrait particulier pour moi, encore aujourd’hui.
Édouard VII est né en 1841 à Londres. Fils de la reine Victoria, il vécut à l’écart de sa mère durant bien des années. En 1901, il allait accéder au trône à l’âge de 60 ans. Son âge avancé n’allait lui permette qu’un court règne de 9 ans.
Son monnayage allait conserver sensiblement le même aspect que sous le règne de sa mère. Des dénominations de 1, 5, 10, 25 et 50 cents seront produites. Des souverains furent aussi frappés à Ottawa pour la mère-patrie. Certains collectionneurs vont inclure ces pièces dans leurs collection alors que d’autres les rejettent comme étrangères. Le collectionneur est seul maître de ses intérêts de collection.
C’est aussi durant ce règne qu’eut lieu l’inauguration officielle de la monnaie d’Ottawa. Les pièces de 1908 seront les premières pièces décimales authentiquement canadiennes.
10 pièces différentes de 1 cent seront émises sous le règne d’Édouard VII, soit une à chaque année plus 1907 H, frappée par la Heaton’s Mint de Birmigham.
Les pièces sans marque de frappe furent frappées à Londres de 1902 à 1907, alors que les pièces de 1908 à 1910 seront fabriquées au Canada.
La pièce la plus rare est celle frappée à Birmingham avec une frappe de 800.000 alors que les autres oscillent entre 2 et 5 millions d’unités produites.
La série des 5 cents est plus variée comportant quelques pièces intéressantes. Dès la première année de l’émission de pièces sous Édouard VII, trois pièces existent, soit une pièce de Londres, sans marque de frappe et deux pièces avec le « H « de Heaton. Les deux variétés se différencient par la taille de la lettre qui peut être petite ou grande. La pièce au petit « H « est la plus rare des trois, mais est relativement courante. Les pièces de cette année présentent la couronne de St-Édouard et la couronne de feuilles compte 21 feuilles
À partir de 1903, la couronne du revers fut modifiée pour représenter la couronne impériale. La pièce de Heaton de 1903 compte aussi 21 feuilles alors que la pièce de Londres compte 22 feuilles, nombre qui allait être présent sur toutes les pièces suivantes. Il s’agit du seul cas dans l’histoire de la monnaie canadienne où la pièce de Heaton est différente de celle de Londres dans une même année.
En plus de ces deux pièces, les pièces des années 1904 à 1908 seront aussi courantes et ne compteront pas de rareté. En 1909 et 1910, deux variétés existeront, soit avec la couronne de feuilles d’érables et la couronne de feuille de houx. En 1909, les feuilles de houx seront plus rares alors que les feuilles d’érables seront rares en 1910. Toutes les pièces sans marque furent l’oeuvre de la monnaie de Londres.
Moins de variétés agrémentent la série de 10 cents. De 1902 à 1908, les pièces 1902 H et 1903 H sont relativement courantes, à l’exception peut être de 1903 où l’on ne compte que 500.000 pièces frappées. Les pièces de 10 cents sont cependant plus rares que les deux séries précédentes.
Deux variétés existent en 1909, soit la variété avec les feuilles de type victorienne et avec les feuilles larges, la seconde étant plus rare, mais relativement courante. La pièce de 1910 est relativement courante. Tout comme les pièces de 5 cents, les pièces sans marque sont issues de la monnaie de Londres.
Aucune variété dans la série des 25 cents, mais plusieurs pièces assez rares. On dénombre 10 pièces différentes, soit de 1902 à 1910, plus 1902 H.
Plusieurs de ces pièces comptent moins d’un million de pièces frappées, certaines années, moins de 500.000 pièces produites. Les années 1902, 1903, 1905, 1908 et 1909 sont rares alors que les pièces de 1904 sont très rares, pouvant aller chercher jusqu’à $ 2000 à l’état BU-60.
Les pièces de 50 cents sont rares de façon générale et très rares dans certains cas. Une pièce fut frappée toutes les années de 1902 à 1910. Les pièces de 1902 et de 1904 à 1907 sont de londres, la pièce de 1903 avec un « H » provient de Birmingham alors que les pièces de 1908 à 1910 furent le résultat de la production d’Ottawa. Parmi les pièces rares, notons les pièces de 1904 et 1905 qui ne furent frappées qu’à 60.000 et 40.000, respectivement. En 1910, années la plus courante, on retrouve deux variétés, soit celle avec les feuilles victoriennes et les feuilles édouardiennes.
L’inclusion de cette pièce dans une collection de pièces d’Édouard VII est laissée à la discrétion de chacun mais nous prenons la liberté de la présenter ici.
Trois années furent frappées à Ottawa soit 1908, 1909 et 1910. On retrouve St-George tuant le dragon au revers de la pièce et aucune dénomination n’y est inscrite. En Angleterre, elle était évaluée à 1 livre. On retrouve le « C « sur les pièces indiquant la provenance de la pièce. Les frappes furent petites surtout 1908 avec 636 pièces frappées selon les chiffres officiels. Ces pièces spécimens sont naturellement très rares.
Quelques pièces furent émises pour Terre-Neuve et peuvent faire partie de la série de pièce canadienne d’Édouard VII. Il faut noter les pièces de 1 cent de 1904 H, 1908 et 1909, les pièces de 5 cents de 1903, 1904 H et 1908, les pièces de 10 cents de 1903 et 1904 H, le 20 cents 1904 H et les 50 cents 1904 H, 1907, 1908 et 1909. Les quantités émises sont petites, mais le peu d’intérêt pour ces pièces les rendent disponible à prix raisonnable. Toutes les pièces sans marque proviennent de Londres alors que les pièces avec un « H « nous viennent de Heaton’s Mint de Birmingham.
Copyright © Dominic Labbé et ANFC 1996