DEVINS & BOLTON:
une firme qui a marqué la numismatique

par Dominic Labbé

pièce contremarquée par Devins& Boltonjeton de Devins & Bolton

Si aujourd’hui, les pharmacies les plus connues ont pour nom Jean-Coutu ou Uniprix, on ne connaît guère celles d’autrefois. Cependant, certains numismates peuvent sûrement en nommer une assez aisément DEVINS & BOLTON.

La pièce Br 569, un jeton publicitaire, fait en effet la promotion d’une pastille contre les vers vendue par leur commerce. Dans les écrits de P.N. BRETON, on peut lire l’historique de cette pièce. On raconte que le dénommé DEVINS s’est informé au sujet de la possibilité de faire frapper des pièces au nom de son commerce montréalais. Comme réponse, les douanes communiquèrent avec lui pour lui dire qu’ils retenaient une série de pièces qui lui étaient destinées.

Le fabricant anglais étant décédé dans l’intervalle, DEVINS ne put jamais avoir l’explication de cet envoi. Ce lot de jetons fut gardé par les douaniers d’où certains collectionneurs purent s’en procurer. Le gouvernement se rendit compte de ce manège et fit fondre la balance des pièces. On ignore donc combien des ces pièces furent frappées ou même combien ont survécu. Cette pièce n’a donc pas circulé, mais il peut être intéressant de la collectionner, et ce même si elle ne possèdait pas de valeur marchande. Elle était sûrement destinée à servir de carte d’affaires métallique. Elle est aujourd’hui assez rare et commande un prix relativement élevé. Cependant, la principale raison qui nous fait connaître DEVINS & BOLTON, c’est la grande quantité de pièces contremarquées qui portent le nom de leur firme. Des auteurs leur ont décerné la palme pour le plus grand nombre de pièces ainsi modifiées.

Voyons d’abord ce qu’est une pièce contremarquée. On peut considérer que c’est une pièce composée de deux parties: la pièce-mère et la marque. La première est la pièce telle qu’elle existe normalement, par exemple un jeton habitant, alors que la deuxième est la marque en elle-même. Généralement, elle est faite à l’aide d’un ou plusieurs poinçons. On la retrouve donc sous forme d’un creux dans la pièce. Il s’agit alors d’un médium publicitaire qu’un marchand utilisait pour se faire connaître ou faire connaître un des ses produits.

Il ne faut pas confondre ce phénomène avec les pièces surfrappées comme les sous bouquet de Jean-Marie ARNAULT. Dans ce cas-là, il s’agit plutôt d’une frappe sur un flan qui n’est pas vierge, sur une pièce qui a déjà été frappée. Le nouveau motif recouvre entièrement l’ancien car on utilise une matrice conventionnelle pour ce faire, et non un poinçon, comme dans le cas qui nous préoccupe.

Il y a eu deux marques: celle de BOLTON’S et celle de DEVINS & BOLTON. On peut présumer, étant donné qu’elle est plus grossière, que la première est antérieure à la seconde. Il y aurait donc eu association de BOLTON avec DEVINS, et ainsi, une modification de la marque. On retrouve ces marques sur une variété de pièces, surtout la deuxième. On peut penser aux sous habitants, jetons «Ships, Colonies & Commerce», 1 cent américain ou à plusieurs autres pièces de l’époque. Aujourd’hui, on peut se procurer ces pièces assez facilement.

Il est intéressant d’obtenir des exemplaires où la pièce-mère est en bon état et sur lesquelles on retrouve une marque assez nette. Cependant, on trouve souvent la pièce-mère très usée, ce qui est normal compte-tenu de l’état du numéraire et de la période tardive de contremarquage, possiblement vers 1850-1865. Un objectif intéressant pourrait être de se spécialiser à faire une collection de pièces contremarquées par DEVINS & BOLTON. On aurait ainsi à accumuler une bonne quantité de pièces très représentatives de la monnaie en circulation après 1850. Voilà donc un objectif intéressant pour les collectionneurs à la recherche d'un nouveau défi.

Copyright © Dominic Labbé et ANFC 1995

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