L’année 1820 est un moment particulier dans l’histoire monétaire des colonies britanniques. En effet, le gouvernement de sa Majesté allait faire émettre une série de pièces pour faciliter le commerce dans les colonies. Destinée d’abord à l’île Maurice, la monnaie « ancre « circulera ensuite dans les Antilles et, dans une certaine mesure, en Amérique du Nord britannique. Dans les années qui suivent, plusieurs colonies vont recevoir le droit de battre monnaie, comme le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse ou le Bas-Canada.
Ces pièces étaient-elle canadiennes? C’est une question qui a été soulevée plusieurs fois dans l’histoire et la réponse n’est pas encore coulée dans le béton.
D’un point de vue, on peut affirmer que cette monnaie n’est pas canadienne si on se fit aux critères habituels, soit : avoir été frappée pour le Canada, avoir été officiellement exportée ici, avoir été importée en lot par des Canadiens, avoir été modifiée pour circuler ici ( surfrappe, par exemple ). Aucun de ces critères n’est ici rencontré. Un bel exemple qui se qualifie ainsi : les jetons Wellington qui furent importés en quantité pour être mis en circulation ici et dont les preuves de ces événements sont irréfutables.
Une autre façon de voir la situation est la notion de cours légal ou de circulation dûment constatée. En effet, on peut considérer comme canadiennes les pièces qui correspondent à ces critères. Avec cette vision, la monnaie ancre se qualifie car on constate qu’elle a circulé ici en raison du commerce triangulaire entre le Canada actuel, l’Europe et les Colonies britanniques des Caraïbes. On ne parle pas de circulation massive, mais enfin, elle a circulé.
Cette deuxième option qualifie la pièce comme canadienne, mais à ce moment là, il faudrait inclure une quantité faramineuse de pièces comme les réales espagnols, les pièces de la France, les pièces américaines et bien d’autres.
Une troisième façon de voir les choses est de regarder la littérature et les coutumes numismatiques. En effet, il arrive que l’on considère une pièce comme canadienne en raison qu’elle soit inclue dans un ouvrage de référence ou qu’elle ait été collectionnée depuis des générations. Un bel exemple, les souverains frappés au Canada qui étaient des pièces britanniques et qui sont considérées comme telle en Grande-Bretagne, mais qu’on considère aussi comme canadiennes et que plusieurs incluent dans leurs collections.
Dans cette façon de voir les choses, notons que Breton les inclue dans ses ouvrages en citant qu’il le faisait parce que d’autres l’avaient fait avant lui. Une raison bien faible, mais qui a fait que cette pièce fut numérotée et que beaucoup l’inclut dans leur collection depuis un siècle jusqu’à aujourd’hui.
Devant ce dilemme, le collectionneur peut choisir sa façon de voir et décider de l’inclure dans sa collection ou une présentation numismatique tout en mentionnant les réserves nécessaires.
Si l’on revient aux pièces, notons que quatre dénominations allaient être frappées : 1/16 de dollar, 1/8 de dollar, 1/4 de dollar et 1/2 dollar. La plus recherchée aujourd’hui étant cette dernière. La dénomination est dénotée par un chiffre romain qui représente la fraction de dollar. Elle est située de part et d’autre de l’ancre.
Parmi les variétés, notons plusieurs pièces avec des années surfrappées. Les pièces les plus courantes sont celle datées 1822. On rapporte que les pièces furent pour les Îles Maurice, mais les pièces 1822 furent envoyées aux Antilles suite au passage de l’Ile Maurice au système sterling. Le tableau présente les pièces et les quantités frappées.
Ces pièces furent les premières pièces britanniques avec une dénomination en dollar, idée qui sera suivie par plusieurs colonies par la suite. La raison en est bien simple, on espérait compétitioner avec les "dollars" espagnols qui étaient la norme dans le commerce international de l'époque, comme l'est le dollars américain aujourd'hui. On frappa ces pièces en argent .892 et on les trouve souvent bien usées aujourd'hui en raison de leur circulation importante. Néanmoins la quantité frappée ne permettra pas à ces pièces de remplacer les pièces espagnoles.
| Br | Frappe | Dénomination | Année |
| 860 | 162.000 | 1/16 Dollar | 1820 |
| 860 | avec 1822 | 1/16 Dollar | 1822/1 |
| 860 | 142.000 | 1/16 Dollar | 1822 |
| 859 | 120.000 | 1/8 Dollar | 1820 |
| 859 | avec 1822 | 1/8 Dollar | 1822/0 |
| 859 | avec 1822 | 1/8 Dollar | 1822/1 |
| 859 | 142.000 | 1/8 Dollar | 1822 |
| 858 | 100.000 | 1/4 Dollar | 1820 |
| 858 | avec 1822 | 1/4 Dollar | 1822/1 |
| 858 | 71.000 | 1/4 Dollar | 1822 |
| 857 | 89.000 | 1/2 Dollar | 1822/1 |
| 857 | avec 1822 | 1/2 Dollar | 1822 |