Cet article a remporté le prix Jérôme H. Remick III, remis au meilleur article publié dans un bulletin local au Canada. Il est remis par l'A.C.N. Il avait entre autre été publié dans le Numismate du volume 12, numéro 2. Bravo à Yvon Marquis
La pièce de 5 cents, telle que nous la connaissons aujourd’hui, en terme de grosseur et de composition métallique, a vu le jour il y a 75 ans, soit en 1922. Avant cette date, les pièces étaient en argent et étaient plus petites que les pièces de 10 cents.
En effet, depuis sa mise en marché en 1858, et jusqu’en 1921 inclusivement, la pièce de 5 cents était frappée en argent et avait un diamètre de seulement 15.5mm. Son poids de 1.16 grammes était exactement la moitié de celui de la pièce de 10 cents.
En 1919, en raison de la hausse du prix du métal argent, on étudia la possibilité de modifier la pièce de 5 cents. C’était là le début de la fin pour cette petite pièce qui causait quelques problèmes. Non seulement était-elle facile à égarer en raison de sa petitesse, mais sa minceur provoquait aussi une usure excessive des coins de fabrication.
Dans un premier temps, le contenu métallique passa de .925 à .800 argent en 1920. Mais ce n’était là que mesure temporaire, car déjà en 1919 le gouvernement avait demandé à l’Angleterre de proposer des motifs avec l’intention d’émettre une nouvelle pièce complètement modifiée dès que possible. On souhaitait même le faire dès 1920.
Cette nouvelle pièce fut finalement introduite en 1922. Elle était ronde, avait un diamètre de 21.21 mm et était faite de nickel à 100 %. Non seulement le nickel était-il moins dispendieux que l’argent, mais il était reconnu dans le monde entier comme un métal très approprié pour le monnayage. Et de plus, le Canada était le premier producteur mondial de ce métal. C’est donc en 1922 que le nickel fut utilisé pour la première fois pour la frappe d’une pièce de monnaie canadienne.
Parmi les divers motifs soumis pour le revers de la pièce, celui retenu était l’oeuvre de W.H.J. Blakemore. Il montre le mot “ CANADA ” inscrit au haut de la pièce, avec le chiffre “ 5 ” au centre en gros caractère et encadré par les inscriptions “ FIVE ” ( à gauche ) et “ CENTS ” ( à droite ). La date apparaît au bas de la pièce et est séparée du “ 5 ” par deux feuilles d’érable. Ce motif demeura inchangé jusqu’en 1936 inclusivement. Quant à l’avers, il demeura tel que sur les pièces en argent, présentant l’effigie couronnée du roi Georges V face tournée vers la gauche.
De toutes les pièces émises entre 1922 et 1936, seules celles datées de 1925 sont rares. En effet, seulement 201,921 pièces de cette date furent émises. Mentionnons également que deux variétés existent pour l’année 1926. Sur la première variété qui est très courante, la pointe du chiffre « 6 »0 est “ proche ” de la feuille d’érable, alors que sur l’autre variété, beaucoup plus rare, la pointe du “ 6 ” est “ éloignée ” de la feuille d’érable.
Suite à l’accession du roi Édouard VIII au trône d’Angleterre, le Canada décida de profiter de l’occasion pour modifier l’ensemble des motifs ornant le revers de ses pièces de monnaie. Les deux côtés de la pièce de 5 cents furent donc modifiés à compter de 1937. L’avers montre l’effigie non couronnée du nouveau souverain Georges VI qui avait succédé à son frère qui avait entre temps abdiqué. L’effigie fut réalisée à partir d’un portrait de T.H.Paget ( HP sous le buste ).
On avait initialement prévu que le caribou ornerait le revers de la pièce de 5 cents. Mais ce motif fut finalement retenu pour la pièce de 25 cents. Un motif montrant un castor et soumis par Georges E. Kruger-Gray pour la pièce de 10 cents, fut retenu pour la pièce de 5 cents ( voir les initiales K.G. à gauche du castor, au-dessus des lignes d’eau ). Le motif montre un castor sur une motte de terre qui sort de l’eau. Sous les lignes d’eau on retrouve le mot CANADA. Alors que la date apparaissait au haut de la pièce sur le dessin original, on décida de la placer au bas, sous le mot Canada. L’inscription “ 5 Cents ” est au haut de la pièce, encadrée de deux petites feuilles d’érable. Les premiers essais de frappe causèrent quelques problèmes et on envisagea même de produire les pièces avec des revers de direction inverse alors que depuis 1908 les pièces canadiennes étaient frappées avec des revers de même direction que l’avers. Mais on finit pas solutionner le problème sans affecter le motif. Notons également que toutes les pièces de 5 cents datées de 1937 ont un petit point après la date. La raison précise de la présence de ce point demeure toujours un sujet de recherche.
Ce motif très populaire et représentatif du Canada est encore utilisé de nos jours, mais il a cédé sa place à d’autres motifs en quelques occasions. Revoyons donc de manière chronologique, l’évolution de cette pièce et les modifications qu’elle a subi au fil des ans.
La première modification majeure survint en 1942. En raison des besoins de nickel suscités par la Seconde Guerre Mondiale le gouvernement décida de ne plus utiliser ce métal pour la frappe de la monnaie, et ce, pour toute la durée de cette guerre. On pensa tout d’abord utiliser un alliage contenant une faible quantité de métal argent pour frapper la pièce de 5 cents, comme avaient fait les États-Unis, mais cette idée fut rejetée en partie en raison de son coût. On regarda également la possibilité d’utiliser le cupro-nickel, mais on décida finalement d’utiliser le “ TOMBAC ”, un alliage à base de cuivre. Autre modification, la pièce qui avait toujours été ronde depuis 1922, fut modifiée pour devenir dodécagonale ( à 12 côtés ), ceci pour éviter la confusion avec la pièce de 1 cent. La nouvelle forme fut inspirée par la forme de la pièce de trois pence introduite en Grande Bretagne en 1937.
Pour ce qui est du motif, on pensa ajouter un petit “ V ” sous chacune des feuilles d’érable pour rappeler que le changement s’inscrivait dans l’effort de guerre. Mais finalement le motif arborant le castor ne fut aucunement modifié sur les pièces de 1942. Notons que les deux types de pièces, soit la pièce ronde en nickel et celle dodécagonale en tombac furent émises en 1942. Plusieurs personnes thésaurisèrent ces dernières pièces croyant qu’on les démonétiserait après l’émission et qu’elles deviendraient rares.
Pendant ce temps, on continua à travailler sur de nouveaux motifs pour l’émission de 1943. Le but était de promouvoir les efforts de guerre. On en créa plusieurs qui avaient tous le fameux “ V ” pour Victoire, tel que popularisé par Churchill. Donc, on réutilisa le tombac comme alliage pour le 5 cents de 1943, mais le motif au revers de la pièce fut complètement modifié. Le nouveau motif montre au centre une torche superposée à un grand “ V ” symbole de la victoire. Le “ V ” indiquait également la dénomination de la pièce en chiffre romain. Le mot CANADA est au haut de la pièce et le mot “ CENTS ” est au bas entre deux feuilles d’érable. La date est répartie de chaque côté du motif central. Ce motif est l’oeuvre de Thomas Shingles ( TS à da droite du V ).
Fait à noter, un message inscrit en code morse apparaît tout autour de la pièce. Ce message “ WE WIN WHEN WE WORK WILLINGLY ” ( Nous gagnons lorsque nous travaillons avec ardeur ) visait également à souligner le centenaire du code Morse ( de l’inventeur Samuel B. Morse ) dont le brevet avait été obtenu en 1843.
Ce motif fut utilisé également sur les pièces de 1944 et 1945, mais le tombac fut remplacé par l’acier chromé. Les raisons de ce changement de métal variaient selon qu’elles venaient de la Monnaie ou du Gouvernement. On s’entendit donc pour annoncer publiquement que le changement était provoqué par une pénurie de cuivre et de zinc.
En 1946, comme la guerre était terminée, le motif du “ castor ” fut réutilisé et les pièces furent à nouveau fabriquées en nickel. Toutefois, la pièce continua à avoir 12 côtés, cette forme étant devenue populaire. On commença alors à retirer de la circulation les pièces en tombac.
En 1948 la légende apparaissant sur l’avers de la pièce dut être modifiée comme ce fut le cas pour les autres pièces, en raison du fait que l’Inde avait obtenu son indépendance. Il fallait donc enlever les inscriptions “ ET IND: IMP: ” qui signifiaient “ ET EMPEREUR DE L’INDE ”. Comme ce changement demanda plusieurs mois, et que la demande pour le numéraire persistait, il fallut frapper en 1948 des pièces datées de 1947. Pour indiquer que ces pièces avaient été frappées en 1948, on ajouta une petite feuille d’érable après la date. Certaines pièces, plus rares, montrent un petit point après la date.
En 1950 on planifia l’émission ( pour 1951 ) d’une pièce de monnaie pour commémorer le bicentenaire de l’isolation et de l’appellation de l’élément NICKEL par le chimiste suédois A.F. Cronstedt en 1751. Bien que jusqu’à cette date, les deux seules pièces de monnaie canadiennes commémoratives étaient des pièces d’un dollar, il fut quand même décidé que ce serait la pièce de 5 cents qui commémorerait l’événement. L’une des raisons était que le cinq cents était la seule pièce canadienne faite en nickel.
Le motif de la pièce commémorative fut choisi suite à un concours populaire ouvert au public. Le dessin retenu montre une raffinerie de nickel avec de petits édifices entourant une haute cheminée. Le mot CANADA est au haut de la pièce, alors que l’inscription « 5 Cents » est à la droite de la cheminée, et les inscriptions “ NICKEL 1751-1951 ” sont à gauche. Au bas de la pièce, il y a trois petites feuilles d’érable. Le motif est l’oeuvre de Stephen Trenka dont les initiales “ ST ” sont à droite de la pièce, sous l’édifice. Malheureusement, on dut interrompre subitement la frappe de cette pièce commémorative en raison de la Guerre de Corée qui suscita une forte demande de nickel. On revint donc avec des pièces en acier en les recouvrant cette fois d’une mince couche nickel, puis de chrome, arborant au revers le motif du “ castor ” montrant de légères modifications. Les deux types de pièces furent émises en 1951, dont environ neuf millions de pièces commémoratives.
Comme l’utilisation de l’acier nécessita quelques ajustements, on retrouve deux variétés de pièces de 1951 arborant le castor. Alors que la plupart des pièces ont un relief bas, quelques exemplaires, rares et dispendieux, sont connus avec un haut relief.
La pièce continua d’être fabriquée en acier jusqu’en 1954 inclusivement. Entre temps, l’effigie de la nouvelle souveraine Élizabeth II remplaça celle de Georges VI en 1953, et comme pour les pièces des autres dénominations, il y eut des pièces montrant l’effigie avec ou sans bretelle sur l’épaule. La nouvelle effigie était l’oeuvre de Mary Gillick ( MG au bas du buste ).
C’est finalement en 1955, que l’on recommença à utiliser le nickel pour frapper la pièce de 5 cents, mais la pièce était toujours de forme dodécagonale. Ce n’est qu’en 1963 que la pièce redevint ronde, et elle continua de l’être jusqu’à aujourd’hui.
En 1965, une nouvelle effigie d’Élizabeth II fut introduite sur toutes les pièces de monnaie canadiennes. Cette nouvelle effigie fut réalisée à partir d’un portrait d’Arnold Machin. Il est à noter que les initiales du dessinateur n’apparaissent pas sur la pièce.
Au milieu des années 60, le gouvernement avait décidé que pour commémorer le centenaire de la Confédération Canadienne en 1967, six nouveaux motifs seraient utilisés au revers des pièces de monnaie canadiennes. Un concours fut ouvert à tous les artistes, sculpteurs et dessinateurs canadiens. L’importance du prix offert ( 2500 $ ) et la composition du jury témoignaient de l’importance que l’on accordait aux nouveaux motifs. Parmi les membres du jury se trouvait le regretté J. Douglas Ferguson, numismate de renom. On évita les symboles ayant déjà servi et on retint des espèces de la faune canadienne pour toutes les pièces. Tous les dessins retenus avaient été soumis par l’artiste canadien Alex Colville.
C’est le lapin, représentant la fertilité, le renouvellement de la vie et l’espérance, qui fut choisi pour la pièce de 5 cents. Outre le lapin en course qui orne le centre de la pièce, on retrouve au haut de la pièce l’inscription “ 5 CENTS ” et au bas, le mot CANADA et les dates 1867-1967. Le motif régulier du castor fut ramené dès 1968 et fut utilisé à chaque année depuis.
En 1979, afin d’uniformiser la présentation des pièces, l’effigie de la reine fut modifiée de manière à la rendre proportionnelle à la grosseur de la pièce. Une autre modification importante s’est produite en 1982 alors que la composition métallique de la pièce passa de 100 % nickel à 75 % cuivre et 25 % nickel. Cette modification résultait du fait que la production de la pièce de 5 cents coûtait près de six cents à produire, ce qui ne pouvait durer. Puis, en 1990, comme sur toutes les autres pièces canadiennes, une nouvelle effigie de la reine Élizabeth II, selon un portrait de l’artiste canadienne Dora de Pedery-Hunt, fut introduite sur l’avers de la pièce de 5 cents.
Puis, comme cela se retrouve sur toutes les autres pièces de monnaie canadiennes de 1992, on retrouve les dates 1867 et 1992 sur les pièces de 5 cents de cette année. Rappelons que 1992 marquait le 125e anniversaire de la Confédération Canadienne, événement que le Gouvernement décida de souligner par divers programmes de monnaie-souvenir.
Selon les prévisions, la composition métallique de la pièce de 5 cents sera à nouveau modifiée en 1997 alors que la pièce sera fabriquée en acier avec un placage de nickel. Ceci toujours dans le but de réduire les coûts de production.
Ceci complète notre rétrospective de la pièce de 5 cents “ en nickel ” et autres métaux. Cette série constitue une collection très intéressante et ce, pour diverses raisons. Tout d’abord il y a eu des pièces émises à chaque année, et à l’exception de la pièce de 1925 et de trois variétés ( 1926 “ 6 éloigné ”, 1947 avec point, 1951 haut relief ), toutes les pièces sont accessibles à faible coût, ce qui permet de les acquérir dans un bon état de conservation et les rend accessibles à tous les collectionneurs quel que soit leur budget. Il y a également le fait que la série ne s’étend que sur 75 ans et qu’elle regroupe plusieurs pièces différentes, tant au niveau des motifs que des métaux utilisés. Finalement, comme on peut le voir, l’histoire de notre « gros 5 cents ” est en lien direct avec les événements d’importance qui ont marqué les 75 dernières années.
Sources :
La Monnaie Canadienne, son histoire, sa collection, Y. Marquis, Unitrade Press, 1985
Pièces à l’Appui, James A. Haxby, Monnaie Royale Canadienne, 1983
Le Catalogue Standard Charlton des Monnaies Canadiennes, W.K. Cross, The Charlton Press, 1996 ( Édition française )