Georges Soros ou le capitalisme menacé


En février 1997, le financier George Soros publiait dans le magazine américain The Atlantic Monthly un exposé où il tentait de démontrer que le capitalisme qui repose sur l'idéologie totalitaire représentée par la "loi du marché" est un capitalisme appelé à disparaître.

Le capitalisme du laissez-faire ne veut rien savoir de l'intervention de l'État, aussi minimale soit-elle, et ne croit que dans les forces du marché pour réguler les distortions et maintenir l'équilibre.

Or, George Soros n'y croit pas tout en sachant que personne n'a la vérité des choses. Il craint pour le capitalisme alors que tout semble se dérégler, notamment dans les nouveaux pays émergents, identifiés comme l'avenir du capitalisme, la Russie et les tigres de l'Orient. Et récemment, George Soros est revenu à la charge, cette fois devant la Commission bancaire de la Chambre des représentants américaine.

Qui est George Soros ?

Tout de go, disons que George Soros connaît bien les rouages du capitalisme. Grand spéculateur - il s'est fait connaître en spéculant sur la livre britannique et plus récemment, les milieux financiers le pointait du doigt dans la débâcle de la monnaie malaisienne - George Soros gère plusieurs milliards de dollars à travers le Soros Fund Management. Né en Hongrie en 1930, George Soros émigre en Angleterre. Il termine ses études à la London School of Economics puis se tourne vers les États-Unis où il devient un as du placement et y accumule sa fortune.

George Soros se dit influencé dans sa pensée par le philosophe Karl Popper dont il retient le concept de l'"open society" qui favorise le débat des idées et un rôle important des institutions. Sa fortune, George Soros l'utilise pour financer une multitude d'oeuvres de bienfaisance, de programmes humanitaires et de fondations qui sont actives dans près de 31 pays. C'est aussi un auteur et un conférencier et il aime bien se mêler de la chose publique.

D'où cette intervention devant la Chambre des représentants américaine qui lui a permis de présenter sa vision des dangers qui menacent le capitalisme.

Ils se manifestent, à son avis, de trois manières :

d'abord, la crise en Russie a mis au grand jour les faiblesses du système financier international et notamment du système bancaire. Les risques de faillite de banques sont ainsi croissants notamment parce que les banques utilisent des produit financiers (comme les produits dérivés) difficiles à contrôler en période d'instabilité. Le risque est grand d'une contraction du crédit susceptible de faire mal à l'ensemble des économies des pays industrialisés.

ensuite, plusieurs pays quittent l'orbite du système capitaliste : il cite l'Indonésie, la Malaisie et la Russie de même, dans une moindre mesure certes, Hong Kong, autrefois le fleuron financier de l'Asie. Les investisseurs et les financiers quittent ces pays quand ils le peuvent...ce qui n'est pas toujours le cas surtout lorsque les autorités gouvernementales décident de bloquer les fonds, une catastrophe pour quelqu'un comme George Soros

enfin, il y a l'incapacité du Fonds monétaire international à régler la crise et à intervenir de façon efficace. George Soros en appelle à une intervention internationale musclée supportée par les pays industrialisés les plus aptes et les plus capables d'enrayer cette spirale qui peut mener, selon lui, à la désintégration du capitalisme. Le capitalisme est menacé par l'indiscipline des marchés et il faut une intervention des États pour enrayer la crise : c'est une question d'intérêt public.

La crise en Russie aurait fait perdre à George Soros quelque 4 milliards de dollars sur les 21 milliards et demi que gère l'homme, selon le journal Le Monde. D'autre part, la correction subie par les marchés boursiers ces dernières semaines a fait perdre - sur le papier espérons-le - des milliers de dollars à de petits et moyens investisseurs qui ont envahi cette dernière année le marché boursier, anxieux de faire profiter leur pécule de rentes à l'aube d'une pré-retraite ou d'une retraite qui s'annonçait heureuse et prospère.

George Soros prône à un niveau national et international une intervention rigoureuse des institutions en place. Qu'en est-il du petit actionnaire ou de l'investisseur institutionnel ? N'a-t-il pas aussi un rôle à jouer dans la gouverne des entreprises dans lesquelles il investit ?

Cette question est au coeur d'une tendance qui se dessine de plus en plus fermement à l'aube du XXIe siècle : le gouvernement d'entreprise qu'on pourrait définir comme "le processus utilisé par les actionnaires pour se faire représenter et faire valoir efficacement leurs intérêts" (Revue Gestion, Numéro spécial Le gouvernement d'entreprise, Volume 23 numéro 3, automne 1998).

Les petits et moyens investisseurs ont plutôt tendance à se délester de leurs obligations et responsabilités entre les mains des gestionnaires de fonds communs de placement. Le temps n'est plus loin où "l'analphabétisme financier" des investisseurs ne sera plus de mise et où il faudra bien qu'ils se prennent en main. "Une bonne régie d'entreprise sert indéniablement l'intérêt public" écrivent les éditeurs du numéro spécial de Gestion à l'ère de la mondialisation croissante du commerce et des changements rapides en matière de technologies de l'information.

Tout comme George Soros demande des comptes à la communauté internationale, les actionnaires - petits ou grands - devront bientôt faire valoir leurs revendications légitimes et accepter de devenir des acteurs plutôt que des observateurs passifs de la scène économique. La survie du capitalisme est peut-être à cette condition.


La rédaction
Septembre 1998



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