Peut-on gérer l'incertitude ?

  • Introduction
  • Que peut-on faire ?

    Introduction

    Dans la série précédente, nous avons constaté que l'incertitude actuelle origine de facteurs externes et internes qui ont provoqué une coupure avec une vision traditionnelle du progrès, celle des cinquante dernières années.

    Cette vision reposait principalement sur une notion de progrès correspondant à un développement chronologique continue (les années 80 étaient "meilleures" que les années 70, etc.), sur la présence de l'État comme garantie quasi-complète de participation à ce progrès et sur une dé-responsabilisation collective.

    Volontairement ou non, les signes avant-coureurs de la cassure que nous vivons aujourd'hui (crise du pétrole, crise des finances publiques, etc.) ont été ignorés ou masqués par les politiciens qui ont choisi la stratégie de la fuite en avant.

    Essouflés par cette course, nous sommes finalement obligés, à cause du ralentissement économique, des pertes d'emploi, de l'impact sur nos situations personnelles, d'affronter la réalité.

    Un nouveau paradigme se dessine qui nous renvoie à nous-mêmes pour une véritable prise en charge de nos responsabilités devant la crise de confiance majeure qui mine les rapports entre les citoyens, l'État et les hommes politiques qui en vivent.

    Que peut-on faire ?

    D'emblée, il faut distinguer l'insécurité que nous vivons de l'incertitude que nous constatons.

    L'insécurité est affaire personnelle; elle s'atténue par notre capacité à modifier nos attentes à l'égard de la vie en général et par notre ouverture à des façons différentes d'aborder l'incertitude actuelle.

    L'incertitude peut être gérée dans la mesure où nous acceptons de remettre en question le vieux paradigme. C'est dans cet esprit que la présente série se veut une petite contribution à l'apprentissage de nouveaux modes de conception du monde qui nous entoure.

    Nous sommes directement interpelés par la situation actuelle; nos solutions habituelles ne fonctionnent plus. Comme le signale Georges Balandier (1):

    "...les incertitudes et les complexités nouvelles qui en résultent conduisent progressivement à la découverte d'un monde dont l'ordre devient de moins en moins pensable dans les formes inadéquates qui ont été héritées; la conscience de désordre s'intensifie et fait voir toute chose sous les aspects de la dispersion, de l'aléatoire et du peu de maîtrise. Le désordre contemporain est dans les têtes, et non pas seulement dans les situations auxquelles chacun se trouve confronté."

    Plus loin, il rappelle ce que nous-mêmes constations dans les articles précédents (2):

    "...l'incertitude prévaut, le présent est à conquérir sans répit et le cycle de la vie individuelle prend l'aspect d'une course d'obstacles. C'est un temps où rien n'est acquis sûrement, ni le savoir et la compétence, ni l'emploi ou la période d'activité, ni le support social et affectif qui donne son assise à l'existence privée."

    Il suffit de parcourir les journaux qui ne craignent pas d'aborder ce sujet (à cet égard, il est étonnant de constater le silence quasi total des journaux d'ici sur cette question) pour prendre conscience qu'il s'agit d'un état général, prémisse de bouleversements majeurs (3).

    Aussi, nous devons avoir recours à des approches nouvelles pour d'une part, décoder notre environnement et mieux le comprendre, et d'autre part, être en mesure de réduire cette incertitude qui mine sournoisement toute tentative de renouveau.

    Ces approches ont pour nom théorie du chaos et pensée complexe.

    Quel est l'apport de ces approches à la réduction de l'incertitude dans la perspective d'une gestion plus perspicace des organisations ? C'est l'objectif des articles de cette série.

    En terminant, permettez-moi de prolonger cette réflexion en vous suggérant une lecture fort rafraichissante mais combien pertinente sur notre époque : Le compagnon du doute de l'écrivain John Saul, Éditions Payot, 1996.

    (1) Balandier, Georges, Le désordre. Éloge du mouvement, Fayard, 1988, p. 154
    (2) ibid., p. 165
    (3) Ramonet, Ignacio, "Septembre rouge", Monde diplomatique, août 1996
    (4) Analyse de J. Decornoy sur deux ouvrages qui parlent de l'effondrement de l'Occident, Monde diplomatique, janvier 1996


    Raymond Vaillancourt
    4 septembre 1996


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