La prospective

  • Un nouveau paradigme
  • La motivation en échec
  • La pensée magique
  • Un changement d'attitude

    La conjugaison des facteurs externes et internes provoque l'émergence d'un nouveau paradigme c'est-à-dire une façon différente d'aborder la réalité qui, nécessairement, engendre un bouleversement des valeurs.

    Ce nouveau paradigme se pointe à l'horizon alors que nous ne sommes pas totalement sortis de l'ancien paradigme valorisé par ceux qui, jusqu'à maintenant, en ont tiré profit.

    Cette période d'entre-deux, dont nous ignorons la durée et les étapes par lesquelles il nous faudra passer, nous conduit dans une de ces "périodes troubles où la vision du monde, les valeurs, les structures politiques et sociales, la technologie et l'art, entre autres, connaissent un changement abrupt et durable", selon Léon Courville (1).

    Nous sentons bien que nos moyens traditionnels de gérer les crises ne suffisent plus - ainsi, la crise d'Oka et la crise constitutionnelle - tandis que l'approche budgétaire et comptable conduit à un cul-de-sac - compressions des dépenses dans le secteur public, aplatissement des structures dans le secteur privé.

    L'absence de leadership, dont nous avons de plus en plus de difficulté à tout simplement en définir la portée, se fait cruellement sentir. Elle a des retombées importantes sur l'un des facteurs déterminants du travail: la motivation.

    En même temps, nous avons l'impression qu'il faut nous battre contre un système qui n'est plus ajusté à la situation mais qui n'en finit plus de survivre à coup d'expédients de plus en plus coûteux.

    Il est difficile de nous débarrasser de cette pensée magique qui nous fait espérer que tout ceci ne soit qu'un cauchemar dont nous allons bientôt nous réveiller. Nous cherchons des recettes, des méthodes qui nous permettraient de récupérer la situation sans changer rien qui soit fondamental, comme les politiciens savent si bien le faire.

    Nous sentons bien que nos efforts sont vains. La réalité nous fait peur car elle nous laisse face à nous-mêmes. Le système est impuissant et toute pression additionnelle ne fait que miner davantage sa fragilité.

    Nous sommes les seuls à pouvoir faire quelque chose et c'est là le changement le plus important auquel nous avons à faire face: ne compter que sur nos propres moyens.

    C'est en acceptant que les choses vont aussi mal qu'elles en ont l'air que nous arriverons à cette conclusion. Nous sommes donc conviés à un changement d'attitude. L'incertitude est engendrée par ce virage à 180 degrés.

    Nous avons appris à nous projeter dans le futur selon les règles du passé en faisant appel à la tradition, aux règlements, aux manières habituelles de faire en sacrifiant parfois la créativité et l'imagination.

    La crise actuelle est à multiples facettes : crise financière, crise politique, crise de leadership, crise sociale, crise familiale, finalement, crise de confiance.

    Pour y voir clair, nous devrons emprunter des approches totalement différentes telles les approches reliées au chaos et à la complexité. C'est ce que nous verrons dans les prochaines chroniques.

    (1) Courville, Léon, "La stabilité est remplacée par l'éphémère, le chaos" in Le Devoir, 13 octobre 1992 p. A-7

    Raymond Vaillancourt
    12 août 1996

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