Catastrophes naturelles et développement humain :
Lourds nuages sombres à l'horizon en cette fin de siècle


La  Croix-Rouge vient de publier son étude intitulée World Disasters Report 1999.

Très sommairement résumée, l'étude constate que le réchauffement du globe, la dégradation de l'environnement et la croissance de la population risquent de mener à une hausse de la fréquence et de la gravité des catastrophes naturelles dans le monde. L'organisation met le monde en garde contre la conjonction de ces phénomènes qui pourrait mener à une période de super-catastrophes.

"Nous prévoyons que la combinaison de problèmes écologiques, tels le réchauffement planétaire et le déboisement, et de problèmes sociaux causés par l'aggravation de la pauvreté et la prolifération des bidonvilles déclenchera des réactions en chaîne dévastatrices qui aboutirons à des catastrophes d'une dimension nouvelle", déclare John Mulvihill, directeur national des services aux sinistrés de la  Croix-Rouge canadienne .

L'année 1998 a été en effet une année record à cet égard comme l'a d'ailleurs aussi constaté le réassureur suisse  Swiss Re dans sa recension annuelle des catastrophes mondiales : Natural Catastrophes and man-made disasters 1998 : Storms, hail and ice cause billion-dollar losses". Bilan : 44 700 morts, des milliers de blessés et de sans-abris, plus de 65 milliards de dollars en pertes dont 17 milliards seulement ont été assurés.

Le rapport de la Croix-Rouge note que

- plus de la moitié des réfugiés le sont à cause de catastrophes naturelles

- 10 millions de gens sont exposés aux inondations dans les zones côtières; les inondations par ailleurs ont créé près de 3 millions de sans-abris

- la désertification menace le Sahel tandis que le déboisement pèse lourd sur les forêts tropicales du monde, en Amérique du Sud et en Indonésie notamment

- en Russie, un habitant sur trois vit avec moins d'un dollar par jour et plus d'un million d'enfants sont sans foyer. L'espérance de vie des hommes : 58 ans.

- en l'an 2025, près de 80% de la population vivra dans les pays en développement

- en l'an 2100, 60% de la population mondiale vivra dans des régions où sévira la malaria ce qui engendrera une augmentation importante du nombre de cas soit entre 50 et 80 millions de nouveaux cas.

La dégradation de l'environnement est étroitement lié à nos modes de vie notamment dans les pays riches. Selon le Rapport 1998 sur le développement humain publié par le  Programme des Nations Unies pour le développement , les dépenses de consommation publiques et privées atteindront 24 000 milliards de dollars en 1998, soit deux fois plus qu'en 1975 et six fois plus qu'en 1950.

Dans les pays industrialisés, la consommation par habitant augmente de manière régulière (à un rythme d'environ 2,3% par an) depuis 25 ans. Elle est aussi spectaculaire en Asie tandis que la consommation d'un ménage africain est en recul de 20% par rapport à il y a 25 ans. Pourtant la pauvreté et le dénuement gagnent du terrain, y compris dans les pays développés. Et cette croissance à tout va de la consommation soumet l'environnement à rude épreuve. "Les rejets et les déchets polluent la planète et détruisent les écosystèmes, tandis que l'appauvrissement et la dégradation des ressources renouvelables mettent en péril les moyens de subsistance" lit-on dans le Rapport de l'ONU.

Les 20% de la population mondiale vivant les pays les plus riches sont notamment responsables de 53% des émissions de dioxyde de carbone.

La consommation est faite par les pays riches et supportée par les pauvres du globe. Aux États-Unis, le revenu jugé nécessaire pour satisfaire le désir de consommation a doublé entre 196 et 1994. "Nous sommes nombreux à nous inquiéter de l'impact de ces tendances sur la société et l'existence humaine" disent les auteurs du Rapport. "Se traduisent-elles par une aggravation de la pauvreté, à mesure que les ménages luttent pour répondre à des normes de consommation de plus en plus exigeantes, faisant passer à l'arrière-plan les dépenses consacrées à l'alimentation, à l'éducation et à la santé ? Ces schémas poussent-ils les individus à passer davantage d'heures au travail, avec pour effet de réduire le temps consacré à la famille, aux amis et à la collectivité ? Et la mondialisation accélère-t-elle ces tendances à la surenchère des dépenses et à l'augmentation des besoins ?"

Dans son dernier rapport (1999), publié en juillet, le Rapport constate à nouveau l'écart grandissant entre pays pauvres et pays riches. "La fortune des trois hommes les plus riches au monde dépasse le produit national brut cumulé des 35 pays les moins avancés et de leurs 600 millions d'habitants". À l'échelle des États, le cinquième de la population vivant dans les pays les plus riches représente 86% du PIB mondial, 82% des marchés d'exploitation, 68% des investissements directs à l'étranger et 74% de l'ensemble des lignes téléphoniques. Le cinquième le plus pauvre ne possède qu'environ 1% de ces ressources. (Source : PNUD; Le Devoir, 13 juillet 1999.

Les Nations Unies s'inquiètent de ce que "la chute spectaculaire des budgets consacrés à l'aide, le recul des gouvernements et les dynamiques divergentes de l'endettement et de la mondialisation laissent les pauvres sur le bord de la route et [que] cette combinaison fatale de mutations de l'environnement, d'injustices économiques et d'inaction politique va maintenant dominer la scène humanitaire."
 
 

La Rédaction
Juillet 1999
 
 
 


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