Bibliothécaire. Terme à double résonance.
Il nous amène d'abord dans le monde des livres, dans le silence feutré des bibliothèques ou dans l'animation des bibliothèques publiques, dans l'univers de la recherche. Nous avons des images de rangées bien ordonnées d'étagères sur lesquelles reposent, aussi bien rangées, des milliers de reliures multicolores de livres.
Or, il nous transporte de plus en plus dans l'univers virtuel : banques de données, Internet, CD-Roms. Parce que les bibliothèques et les bibliothécaires sont de plus en plus des acteurs de l'univers virtuel non seulement en utilisant ses ressources mais aussi en en créant.
Alors, comme bien des professions à l'aube du IIIe millénaire, les gens du milieu s'interrogent: doit-on changer le nom de la profession afin qu'il reflète davantage la réalité technologique et devenir des cybérothécaires ? D'un autre côté, comment conserver une certaine image de la "culture" qui est transmise par le terme plus vieillot de "bibliothécaire" ? Comment réconcilier le goût de la lecture et la navigation de plus en plus rapide sur les nouveaux outils de recherche ? Dans certains milieux, un simple changement de nom peut faire la différence entre "être et ne pas être": dans les entreprises, par exemple, où la bibliothèque est de plus en plus un centre d'information virtuel tourné vers l'information stratégique.
Le débat n'est pas clos; voici quelques signes de piste pour l'éclairer:
Internet, les banques de données, les CD-Roms et leurs émules constitueront de plus en plus l'univers des "bibliothèques", du moins sur la première ligne de service.
en entreprise, le centre de documentation devient virtuel, branché sur l'autoroute de l'information (Internet, banques de données, Intranet) et la veille stratégique est à l'ordre du jour
les bibliothèques publiques doivent être des acteurs de l'autoroute de l'information en facilitant l'accès et l'utilisation des ressources qui y sont disponibles. Faute de bibliothèques scolaires dignes de ce nom (honte à nous !), elles jouent un rôle à la fois pédagogique et culturel.
les bibliothèques (Bibliothèque Nationale, bibliothèques publiques et universitaires) ont la responsabilité de la mémoire collective, de la mémoire culturelle d'ici - d'aujourd'hui et d'hier. Que cette mémoire soit numérisée, c'est tant mieux. Le principal défi n'est pas là. Il se situe dans l'octroi des ressources pour permettre l'accès au vaste réservoir de connaissances d'ici (création de banques de données, de sites Internet, de supports multimédias, etc.). L'avenir se dessine ici.
Monique Dumont
Éditrice et M.Bibl.
Date: 7 juin 1996
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